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Anotherwhiskyformisterbukowski Le blog musical qui ne prend pas les enfants du bon dieu pour des canards sauvages

Chroniques à brac par

Dites 33

dimanche 28 juillet 2013 - Commentaires : 2

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grossesse-Caroline-Bequet-photographe-a-alençon

Par @SandG_

33 semaines.

33 semaines, c’est long, et très court à la fois. On se rapproche de l’échéance, on souffle, parfois on n’en peut plus et on voudrait que ça s’arrête: les chevilles qui gonflent, la peau qui tire, les vergetures qui apparaissent, le souffle court quand on monte trop vite les escaliers.

A d’autres moments, bliss.

Ce mot quasi intraduisible, que j’aime aussi pour sa sonorité: il glisse, comme une caresse, il laisse juste un sourire comme trace de son passage.

La grossesse est un état impermanent, heureusement. Ou tristement, d’ailleurs.

Je ne fais pas partie de celles qui la vivent de bout en bout comme une extase épanouissante. Je ne me sens pas particulièrement épanouie tous les jours, et les gens qui me parlent de « porter la vie et de ce don merveilleux » m’évoquent plus souvent des images de sectes, et de drogues diverses afférentes. Parfois oui, parfois non.

Je déteste qu’on touche mon ventre sans me l’avoir demandé. De quel droit peut-on s’approprier ainsi mon ventre? Non. C’est intime, c’est à moi, je ne veux pas qu’on y pose les mains, à moins que je l’aie sollicité. C’est presque aussi violent qu’une main aux fesses, et non, je n’exagère pas.

Il m’est arrivé de pleurer, beaucoup. Souvent. Sur moi, sur ce bébé à venir, sur les relations qu’on aurait ou pas. Une fille.

Abriter une fille dans son sein, quand on a un rapport compliqué à sa propre mère et donc à la maternité, ça n’a rien d’évident.

Mon premier-né m’a apaisé sur ma capacité à être mère. Bonne mère, je ne sais pas. La moins mauvaise possible, j’essaie. Nous verrons dans vingt, trente ans.

Aimer ses enfants est un travail de longue haleine, ça se gagne, pas à pas. Au fur et à mesure qu’ils grandissent.

Les aimer depuis le ventre… Oubliez ce qu’on vous dit: on n’aime pas forcément cette créature qui bouge en nous de façon inconditionnelle, dès qu’on sait. Non. Je ne trouve pas ma fille belle sur les échographies: je suis rassurée de voir qu’elle est conforme à un bébé normal. Poids/taille, deux bras, deux jambes. Bonne formation des organes, de la colonne.

Je ne suis pas gaga de voir des images floues en noir et blanc, d’ailleurs à moins qu’on ne m’explique expressément ce qu’on me montre, je ne décèle rien (au test de Rorschach, je ferai sans doute de bien piètres résultats).

Non, je ne suis pas amoureuse de ce bébé. Pas encore. C’est plus ambivalent que ça. Nous avons une relation interdépendante. Je sais qu’elle a besoin de moi. Et je fais ce qu’il faut pour qu’elle ne manque de rien. Mais parfois, c’est pesant, aussi. Cette sensation de toute-puissance obligatoire.

Je me mets mettre à souhaiter qu’elle ne soit plus là, un court instant. Pas longtemps. Poser ce ventre encombrant, et profiter de 12h, une nuit sans coups de pieds, de 24 h un jour sans ses mouvements qui me rappellent que je ne suis plus seule dans mon corps.

Le plus pesant sans doute. J’ai beau être un animal social, j’ai besoin de me retrouver seule. Pas longtemps. Juste entre moi et moi. Lire, écouter de la musique, ou mes pensées. Ceux qui vivent près de moi le savent: je suis une solitaire qui ne peut vivre sans les autres, c’est bien là tout mon paradoxe.

Plus tout à fait seule non plus dans ma tête: le bébé est là. On s’observe, sans discontinuer. Le moindre changement, la moindre variation, et c’est l’inquiétude qui naît.

« Si je n’avais pas fait ce qu’il faut, si il y avait un souci, si… ».

S’inquiéter de, est-ce déjà aimer? Probablement. Dans sa forme la plus sauvage. La moins aboutie. Naturelle, instinctive? Embryonnaire, peut-être.  Il faut bien ces 40, 41 semaines pour conscientiser cet enfant qui pousse. Et je sais, pour l’avoir vécu avec mon fils, que la sensation d’avoir un étranger dans les bras peut persister quelques semaines après la naissance. A certains moments, on n’est même pas sûre de pouvoir le reconnaitre si on le dissimulait parmi d’autres bébés. Le tic tac de la mauvaise mère, l’ombre d’être celle qu’il ne faudrait pas. De ne pas aimer comme il faut. Ça finit par passer. On s’apaise.

Les premières semaines de cette grossesse ont été les plus angoissantes: à mon anxiété naturelle, à la précédente qui s’est terminée bien trop tôt, se rajoutaient des facteurs de risques pour la trisomie. Il a fallu supporter l’examen, et l’attente des résultats.

Le soulagement de courte durée.

L’angoisse de perdre ce bébé, encore.

Puis le cap psy des 20 semaines qui passe. Et enfin, on souffle. Je respire à nouveau sans contre-temps.

Parallèlement, il y a les injonctions médicales: votre poids madame. Votre poids est un problème.

Je n’y avais jamais réfléchi jusque là: je baladais ma carcasse et mes kilos comme mon foutu caractère et mes failles de ci de là. Sans me sentir particulièrement déplaisante ou diminuée à cause d’eux, sans en faire une maladie. Sans me sentir magnifiquement belle, non plus.

Je suis grosse, je ne l’ai pas toujours été, mais je n’en ai jamais fait un problème. Ça ne m’a jamais empêché de faire, de dire, de séduire. J’ai mis les hommes que je voulais dans mon lit, j’ai obtenu ce que je voulais obtenir. Mes déceptions n’ont jamais été imputables à mon poids.

La grossesse vous rappelle à votre corps.

De l’enfance à la fin de l’adolescence, j’étais obnubilée par lui. Son enveloppe, son apparence. La danse classique me fournissait un prétexte, pour m’observer sans cesse. Beaucoup trop de seins, trop de fesses, trop de hanches, trouvais-je… Aucun plaisir à en tirer, si ce n’est du plaisir coupable. Jouir et le dissimuler, toujours.

Puis, doucement, les kilos viennent, et on se surprend à vivre mieux. Ce moelleux, ce corps qui bouge autrement, ces rondeurs… Du coup, on grossit sans se voir. Sans se culpabiliser. Parce qu’on est bien comme ça. Autre phase, autres amours.

Et vous êtes enceinte, paf, un docteur vous assène qu’il faut maigrir. On se lance, parce qu’au fond, tout au fond, on n’est pas complètement stupide. On sait bien qu’il a raison. Qu’au final, la graisse, les artères, le cœur, … Pas tout de suite, là ça va. Mais dans 10 ans? Dans 20?

Les résultats sont là. A 33 semaines, je suis à 7 kilos en dessous de mon poids avant grossesse. C’est bien. Pas assez, mais bien. Et ce n’est pas si dur qu’on le pense. Un peu comme arrêter de fumer, tiens.

Je me demande si, au fond, ce n’est pas le point de réconciliation avec mon corps. Oh, nous n’étions pas vraiment fâchés: il me fournissait beaucoup de plaisir, en échange je lui foutais la paix. Mais sans trop l’écouter non plus. En écoutant ce bébé qui pousse, je me remets à m’écouter moi.

Curieux, non?

33 semaines.

Ça file à pas lents. Je suis très proche de la délivrance. J’ai toujours trouvé ce terme déplaisant.  Parce que non, être enceinte n’est pas qu’un fardeau. Parfois, c’est compliqué, les restrictions que cela impose, les transformations physiques, les hormones.

La décision de garder ce bébé, on l’a prise il y a longtemps, viscéralement et intellectuellement, mais ça n’a pas empêché les coups de blues.

Et aussi les moments « bliss ».

Il y a ce moment où mon fils pose sa main sur mon ventre qui bouge, et chante une berceuse à sa sœur, pour la calmer.

Il y a les matins tous doux, où nue, j’observe mon nombril qui prend des formes bizarres.

La libido qui grimpe au plafond, et vous confirme que vous êtes une femme, toujours, capable d’aimer physiquement, d’avoir des orgasmes, de pleurer et de rire en même temps.

Bientôt ce gros bidon ne sera plus qu’un souvenir: voilà pourquoi j’aime le fixer en photos. Ma peau est plus jolie, plus douce. J’ai coupé mes cheveux, ces cheveux si longs derrière lesquels je me cachais, et je m’aime avec ses cheveux courts. Au besoin, je peux toujours et encore me cacher derrière l’humour.  Je me sens jolie, et je porte du rouge à lèvres.

Parce que cette période ne fabrique pas juste un autre enfant.

Elle me change moi aussi, profondément.

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  • C’est très joli et très honnête…

    Quand je suis devenu père j’ai compris que mes enfants n’étaient pas moi. Qu’ils étaient eux.
    Il n’y a pas eu cet amour incommensurable qu’on attend d’une partie de soi qui naitrait devant vous… mais chaque jour qui a passé près d’eux, à grandir en même temps qu’eux, s’est développé un véritable amour incommensurable avec le même doute de ne pas être le père idéal. Avec l’impression que ce sont eux qui m’apprennent quelque chose plutôt que l’inverse …

    Tout le meilleur pour la suite …

    PE

  • Une magnifique aventure que vous seule savez ; )
    Mme si ça fait peur aussi, mal aussi, et bizarre toujours d’avoir une vie en soi.
    Que l’accueil de ce nouvel être puisse se faire sereinement,(prépondérant) et un « conseil » faites comme VOUS voulez lors de l’accouchement (et dans la position que VOUS souhaitez). Ce moment très spécial ne doit pas vous être dicté…
    Bien à vous…

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