Menu & News

Anotherwhiskyformisterbukowski Le blog musical qui ne prend pas les enfants du bon dieu pour des canards sauvages

Cinéma / Série par

La la land / la critique

mardi 31 janvier 2017 - Commentaires : 2

Accueil » La la land / la critique

Lalaland

                                                  Singing in the sun

Avec Whiplash qui évoquait les turpitudes d’un jeune batteur avec fougue et nervosité, Damien Chazelle avait su prouver sa virtuosité de metteur en scène et directeur d’acteur. Ce métrage maîtrisé, narrant le combat aussi psychologique que physique d’un aspirant artiste, détonnait déjà par sa sobriété et sa maturité, étonnantes chez un cinéaste d’à peine trente ans. S’inspirant de ses propres déboires, lui qui n’a pu devenir musicien à cause de son trac et qui a dû chercher des producteurs pour ce scénario durant cinq ans, le réalisateur revient sur son thème phare, l’envoûtante et désenchantée quête artistique, dans ce nouveau film, La la land. Empruntant ici les sentiers plus pétillants et légers de la comédie musicale, Chazelle met en scène Emma Stone et Ryan Gosling, qui interprètent une comédienne et un pianiste rêvant à la réussite. Désigné partout comme le feel-good movie de l’année et incarnant le reflet nostalgique des comédies musicales de l’âge d’or hollywoodien, Lalaland est-il à la hauteur de nos attentes ?

Désignant en anglais le quartier de Hollywood ou un monde imaginaire, Lalaland s’inscrit dès les premières minutes du métrage dans la lignée de ses ancêtres honorables, comme Chantons sous la pluie de Gene Kelly, où la bonne humeur, la danse , la couleur et les coulisses du septième art sont au rendez-vous. Chazelle s’impose dès cette scène, avec le Cinémascope et sa caméra volante, dansante et maîtrisée, comme un excellent cinéaste. Car il faut bien le préciser, avant même l’ambition musicale ou dansante, c’est le septième art qui montre une recherche dans son langage ici. La caméra, de ses longs mouvements fluides en intérieurs à ses cadres stylisés, de ses poursuites de personnages aux plans du ciel, épouse le scénario avec une grâce impressionnante. Les décors de Los Angeles, offrent un arrière fond stylisé, tout en néons, routes et collines et créent une atmosphère punchy et un peu craspec à cette ruche d’artistes rêveurs. Linus Sandgren, directeur photo de David O Russel, sublime les intérieurs du film et offre à cette bonbonne à rêves une vraie patte esthétique.

Les deux acteurs choisis, parviennent, il est vrai à créer avec subtilité leurs personnages et leur osmose : pétillante comme une bulle de champagne, Emma Stone ne cesse de virevolter, faisant danser ses gambettes tout autant que ses zygomatiques, pour le plus grand plaisir du spectateur. Ryan Gosling, quand à lui est comme à son habitude, plus mutique mais parvient tout de même à s’imposer face à elle. Partageant le rêve de leurs arts et sans cesse rattrapés par la réalité, le film narre leur passion avec humour et finesse. Malgré l’optimisme ambiant du métrage, l’aigreur et le désenchantement , présents dans Whiplash, sont aussi éclairés par les projecteurs et permettent de nuancer la trame narrative parfois trop mièvre des comédies musicales.

Lalaland

Malheureusement, malgré toutes ces qualités, et même si certains crient au chef d’œuvre, quelques défauts apparaissent. Tout d’abord, quelques longueurs ou raccourcis gênent parfois le rythme du métrage: des changements de vie trop rapides et des lenteurs inutiles viennent parfois légèrement enrailler la mécanique générale. Ensuite, chose assez grave pour un film musical, les musiques hormis celles du thème qui revient et de la musique d’ouverture manquent de brio : paroles pas terribles comme dans les mauvaises chansons Disney, mélodies qui ne restent pas en tête ou qui ne créent pas de rythme endiablé..Seul le thème au piano, morceau symbolique de leur histoire, transcende le métrage. Et enfin, les deux acteurs, malgré leurs talents, ne dansent et ne chantent jamais comme des véritables shows-mans, et leurs voix fluettes et leurs pas de danse esquissés nous font regretter l’époque de Gene Kelly.

Damien Chazelle nous livre ici , avec un travail de mise en scène impeccable et un scénario intelligent, un très bon métrage et une bonne comédie musicale.

Vous avez aimé ? Vous aimerez aussi

«

»

  • C’est exactement ça

    Un bon film mais auquel il manque un truc en plus pour arriver aux génies des films auquel il rend hommage

    Je pense simplement qu’il sort au bon moment. Les gens veulent autre chose, s’évader, avoir des références pop et colorées.

    Il serait sorti y a deux, trois ans, il n’aurait pas eu cet impact

    Les gens veulent du rêve, notamment, avec ce qu’il arrive un peu partout. Et ce que nous promet l’avenir (notamment avec Trump)

    Bon film, divertissant mais pas LE film qu’on nous vend

  • Je suis dans l’ensemble assez d’accord avec votre critique. Cependant, j’aimerais souligner deux points. Tout d’abord, critiquer ce film car les acteurs ne sont pas des show men est un compliment : c’est le but recherché. Le réalisateur ne voulait pas d’une comédie musicale gonflée de talent et de technique, mais plus humaine, avec des voix parfois mal tenues, en équilibre… C’est ce qui donne le charme et l’humanité du film. De plus, le réduire à un hommage aux anciennes comédies musicales est une erreur, si la première partie pleine de couleurs nous la rappelle, l’ensemble dechante vite et nous assistons à la chute des deux personnages, triste et sans trop d’espoir. C’est aussi une réflexion sur la place du rêve dans notre société, comme vous l’avez souligné en dressant un parallèle avec Whiplash. Enfin, le film n’est à mon avis pas reconnu pour son côté divertissant, certes il nous transporte dans un monde fantaisiste d’où il est difficile de sortir même après la fin du film, mais les réflexions qu’il engendre ne sont pas dénuées d’intérêt, elles peuvent d’ailleurs rappeler les questions que se posait Vian dans l’ecume des jours. Je trouve d’ailleurs ces deux œuvres relativement proches, et Chazelle réussit même mieux à retranscrire au cinéma les réflexions de Vian que ne l’aura fait Gondry avec l’adaptation degeulasse de l’Ecume des Jours.

  • Laisser un commentaire

    Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *