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Un jour dans la vie de Billy Lynn/la critique

mercredi 8 février 2017 - Commentaire : 0

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Le Jour le plus long

Il est des films dont la sortie passe étrangement inaperçue, Un jour dans la vie de Billy Lynn fait partie de ceux-là. Très peu distribué, quasiment pas exploité dans son format d’origine ( 3D /124 images par secondes), le dernier Ang Lee sorti en novembre dernier aux Etats-Unis, ne brille carrément pas sous les feux de la rampe. Après le succès de l’épopée merveilleuse l’Odyssée de Pi, Lee continue à explorer des styles cinématographiques éclectiques et s’attèle cette fois à raconter une journée d’un soldat américain revenu d’Irak en héros. De la très bonne adaptation d’un Jane Austen (Raison et Sentiments )au film de super héros (le discutable Hulk) en passant par la fresque historique chinoise (l’insipide Tigres et Dragons) et le western gay (l’étonnant Secret de Brockeback Mountain), le cinéaste s’amuse à varier ses sources d’inspiration et à livrer des œuvres maîtrisées visuellement et jouées impeccablement. Que peut-on attendre de ce dernier petit opus méprisé et bridé par un reformatage technique ?

Joe Alwyn, inconnu au bataillon, qui apparaît pour la première fois à l’écran ici, incarne donc Billy Lynn, jeune soldat médiatisé grâce à une vidéo youtube du front, rentrant effectuer une tournée de  « promotion » avec son régiment. Adapté du roman Fin de mi-temps pour le soldat Billy Lynn, le métrage a pour ambition de sonder cette Amérique post-Irak , que l’on n’a plus vraiment l’occasion de voir au cinéma. Car ici , bien que la guerre apparaisse régulièrement en flash-backs, c’est bel bien et la société américaine et ses dérives qui explose à l’écran. Confronté aux civils, le régiment va révéler la crise dont souffre le pays, entre jeunes sans avenir (bosser à Burger King ou s’engager dans l’armée), familles se refermant autour d’un traditionalisme putride, ou autres adultes abreuvés de sports, donuts et télé-réalités. Toute l’ambiguïté de l’Amérique semble désignée subtilement dans cette série de rencontres, pays accroché à sa coolitude légendaire et à son  « show must go on », qui n’est plus que l’ombre de lui-même. Le personnage de la cheerleader, lolita parlant de Jésus et de son rêve de sortir avec un héros de la guerre, incarne à merveille ce pays paumé entre un puritanisme nauséabond et un fantasme de gloriole de supermarché.

Le régiment, se retrouve ainsi confronté dans cette journée à l’univers du spectacle, qui apparaît tout aussi absurde que leurs champs de bataille. Bataillant pour les droits d’adaptation de leur histoire grâce à leur agent (génial Chris Tucker), ridiculisés sur scène en marionnettes dansantes des Destinys Child, humiliés par un business-man donaltrumpesque (le trop rare mais génial Steve Martin), les soldats vont se trouver assez vite dégôutés par cette mascarade puante. Le spectacle sur le stade, moment du film certainement plus intense dans les conditions visuelles d’origine, nous est livré en montage parallèle avec les champs de batailles : la grandeur délirante du show qui héroïse bêtement les soldats apparaît écoeurante et vide de sens. Les artistes et danseurs semblent bouger sur scène comme des marionettes sans âmes. Car c’est bien l’absurdité de la société qui est mise en relief ici, le vide insufflé par ces publicités mouvantes qui font oublier au peuple leur misérable existence. Le mythe du soldat américain so cool sauveur de l’humanité doit subsister pour légitimer une guerre que le régiment lui-même ne comprend pas.Un jour dans la vie de Billy Lynn

Car ce sont bien sur ses soldats que reposent le film et le cinéaste s’est reposé sur un casting audacieux et solide : le héros Joe Alwyn impose très vite son charisme de jeune recrue à l’écran, épaulé par Garrett Hedlund, très convaincant en sous-off paternaliste, et entouré avec brio et énergie par Arturo Castro, Mason Lee (fils de) et Beau Knapp en soldat qui pète les plombs. Le très Xploité Vin Diesel réussit à faire oublier ses navets en campant un lieutenant original et Kristen Stewart incarne avec subtilité (pour une fois) la sœur gaucho du héros. C’est grâce à cette équipe de choc et à leurs dialogues plein de justesse que le film ne bascule jamais dans la caricature et propose une réflexion sur le statut particulier de soldat, entre héroïsme accidentel et fuite en avant de la vie civile.Un jour dans la vie de Billy Lynn

Bilan : Un film parfaitement maîtrisé, incarné par des acteurs brillants qui nous livre un portrait lucide et acerbe de cette Amérique désaxée qui a voté pour Trump.A voir.

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