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WHISKY OR NOT WHISKY #2

mercredi 12 juillet 2017 - Commentaire : 0

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 » This one is for you Clay Jensen »

WHISKY…

Mon whisky de l’été est du côté d’un bourbon. Un breuvage qui, d’habitude, est très prisé des Rock stars.

Parce qu’il s’agit d’un véritable « one shot » de Jack Daniels, ce bourbon est pour la série 13 Reasons Why, produite par Netflix.

Parce que les treize épisodes qui composent cette saison unique peuvent se boire « cul-sec » dans les soirées débridées des 15-25 ans.

13 Reasons Why, c’est d’abord – et avant tout – un concept. Une méta série qui, j’espère, n’aura pas de suite. Adapté du roman éponyme de Jay Asher, 13 Reasons Why nous raconte le suicide d’une adolescente du nom d’Hannah Baker. En voix-off, Hannah nous explique, à travers 13 cassettes audio (d’où le titre) les raisons qui l’ont conduit à foutre sa vie en l’air.

Le « post-âge » ingrat. Les années lycée. Une réputation de fille facile qui se construit lentement. Et Hannah en vient à se taillader les veines.

Naturellement, les 13 cassettes s’adressent à des personnes en particulier. Son réseau social d’amis – ou de connaissances – du lycée. Plus particulièrement, la toile des différents protagonistes se tisse peu à peu autour du personnage de Clay Jensen, jeune ado à priori timide et du genre intello.

Au fil des épisodes, Clay écoute la voix d’Hannah dans son walkman (oui, vous avez bien lu « walkman »), ce qui l’amène à revivre des souvenirs qu’il a en commun avec cette ancienne amie dont il était secrètement amoureux. Les cassettes lui permettent de visiter à nouveau divers lieux qu’il a fréquenté dans son environnement proche. Elles lui permettent surtout de découvrir et connaître une triste vérité qui entoure le quotidien d’Hannah.

Comme dit précédemment, chaque cassette est dédiée à un protagoniste en particulier, qui a – plus ou moins – marqué la vie d’Hannah. On découvre donc treize tranches de vie : Jessica Davis, Courtney Crimsen, Alex Standall, Justin Foley, Bryce Walker… Tous sont liés par un fait marquant à la vie d’Hannah.

En écrivant cette chronique, je suis forcément conscient que cette série vise un public très précis : les lycéens, majoritairement, et les 18-25 ans. Néanmoins, et si j’en parle, c’est qu’elle mérite vraiment que tout adolescent, ou jeune adulte, y attarde un coup d’œil.

Sans en spoiler l’intégralité, je ne vous cacherais pas que le script est sans surprise et que nous y retrouvons certains clichés. Le psy du lycée qui ne sert pas à grand-chose pour aider les jeunes, les pom-pom girls, les sportifs musclés, le photographe « post-puber » qui est introverti, l’ado en marge au style gothique… Cependant, la thématique qui domine dans 13 Reasons Why est intelligemment traitée : Les stéréotypes, les préjugés et les jugements peuvent effectivement briser les futurs adultes.

L’adolescence reste cet âge où chacun, et chacune, construit ou déconstruit une identité. C’est un âge de soumission ou de rébellion à un monde adulte que nous remettons en question. Que nous avons souvent envie de profondément changer. C’est bien la période de la crise identitaire qui sera déterminante pour l’âge adulte et la construction de son propre futur. Beaucoup de choses s’y jouent et peuvent se casser violemment dans des expériences – souvent « extrêmes » – de la vie.
C’est aussi un âge décisif sur la découverte et la première expérience de la sexualité : suis-je homosexuel(le) ? Suis-je hétérosexuel(le) ? Le genre existe-t-il ?…

13 Reasons WhyC’est ici le copieux contenu sociologique que 13 Reasons Why aborde à travers ses personnages. A travers ces Flash-Back et cette voix-off. Les cassettes deviennent alors la mise en abyme d’une dissertation imagée de l’âge ado.

En ce sens, 13 Reasons Why est une vraie chronique sociale qui peut participer à l’éducation des adolescents. Montrez là dans vos cours en seconde, en première ou en terminale.

Elle mérite un visionnage pédagogique et une vraie analyse en profondeur.

… NOT WHISKY

… Ce qui m’amène à décerner mon Not Whisky des vacances. A la politique Netflix et ce débat controversé sur le Tout-Culturel et son hyper-consommation depuis l’arrivée du streaming et du téléchargement.

En effet, nous ne pouvons que constater que la stratégie de Netflix – au départ alternative et parfois même contre-culturelle – est devenue ultra-normative. Comprenez : c’est avec une certaine amertume que la chaîne payante s’est pliée aux lois très strictes et normées de la finance et du tout-venant.

Récemment, Netflix a déclaré qu’elle mettait fin à deux brillantes séries : Sense8 – série LGBTQ et transgenre réalisée par les « sœurs » Wachowski – ainsi que The Get Down, une excellente saga Hip Hop co-produite par Baz Luhrmann.

Quelle est la raison de l’arrêt soudain de ces deux séries ? Dans le cas de Sense8 (notamment), les thématiques abordées y sont-elles dérangeantes ? A mon sens, le positionnement est clair : Netflix a fait le choix de se « ranger » du côté de la norme commerciale et bien-pensante dans une société où, pourtant, il demeure primordial de combattre l’homophobie et la transphobie.

 

Nous pouvons même élargir le débat au film Okja, présenté à Cannes et destiné à la télévision. Peut-on parler de « cinéma » lorsque nous évoquons Okja, produit par Netflix ? En quoi cette histoire de « super cochon digital » – qui prône vaguement l’importance de défendre la condition des animaux – a-t-elle sa place dans un tel Festival ?

Cela me rappelle ce débat que j’avais dans les années 2000 lorsque j’étais étudiant en Arts du Spectacle : le format numérique est-il l’avenir du cinéma ? Serait-ce la fin du film de cinéma en pellicule ? Le Nikon remplacera-t-il la caméra ?

C’est un vaste débat où nous avons chacun et chacune une position. Mon point de vue est le suivant : l’essor considérable de Netflix, et qui plus est dans une société de l’écran et de l’image, est quelque chose de nocif pour la création. Pour la qualité de la création et le combat politique de l’art et essai.

C’est le fourre-tout du meilleur comme du pire, dont l’hygiène télévisuelle Ultra HD nuit à l’esthétique du 7ème Art. Je ne suis pas pour la culture élitiste mais pour sa popularisation. Toutefois, je ne suis pas pour la surconsommation des images et surtout pour la publicité qui va avec.

Si certes Netflix permet de démocratiser la création à moindre coût, la chaîne ne doit pas pour autant en profiter pour devenir le concept ultra-libéral de la commercialisation de la « culture ».

Ainsi, n’oublions pas que Netflix est destiné à vendre des abonnements. Ni plus ni moins. Un concept qui s’est changé en une vulgaire chaîne à péage dont le seul objectif est de consommer en masse ; et cela en créant le besoin de consommer toujours plus d’images et d’intrigues.

Quelle est la raison de réaliser des Spin Of par exemple ? Si ce n’est de rallonger le succès commercial d’une série. N’allez pas me faire croire que Better Call Saul a été créé pour donner une seconde vie à l’univers du brillant Breaking Bad

Les personnages y sont vides ; ils ont perdu leur aura et leur charisme qui était le leur dans la série originelle : Gus Fring, Mike, Don Hector et donc – et surtout – Jimmy Mc Gill… Ils ne sont qu’une pâle copie et une pâle imitation de ce qu’ils incarnaient dans Breaking Bad. Le scénario est d’autant plus médiocre et banal. Il nous plonge au cœur d’un conflit familial vu et revu dans les soap opera. L’intrigue n’est qu’un prétexte brouillon pour nous raconter la vie de Saul Goodman avant Saul Goodman.

Better Call Saul est la sous-marque d’un whisky de base, genre Label 5. Un Old Kentucky de LIDL. Le whisky discount des magasins Breaking Bad.

Je conclurais notamment cette chronique sur AMC et le très faible Spin Of de Walking Dead. Le titre, d’ailleurs, n’est autre que Fear The Walking Dead. Le pitch (classique) : avant Rick et sa communauté, comment le virus s’est-il répandu ?…

Nous avons ici l’exemple même du concept qui s’essouffle par sa longueur… Qui n’a pas su faire son chant du cygne au moment où il aurait dû s’arrêter.

 

Fear The Walking Dead ne possède plus rien de sociétal ni de politique. Les trois premières saisons sont vides et creuses ; au même titre que ses personnages sont insipides. Les acteurs sont mauvais et ne sont qu’une froide caricature d’eux-mêmes. A défaut de se prendre trop au sérieux, ils ne rendent vraiment pas service à un script déjà redondant et répétitif.

D’ici quelques années, je prends d’ailleurs le pari que cette série sera programmée sur NT1 ou W9 à 14h, juste après le repas du dimanche. Vous savez, ces fameux repas de famille où grand-père s’endort après un copieux et gargantuesque festin.

Idéal, donc, pour faire la sieste après le digestif du dimanche après-midi.

Un bourbon. De nouveau. Un Four Roses. De préférence.

J.M.

13 Reasons Why, Netflix (saison 1, 2016-2017)

Better Call Saul, Netflix et AMC (2014-2017, trois saisons)

Fear The Walking Dead, AMC (2014-2017, trois saisons)

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