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WHISKY OR NOT WHISKY #10 / CHARLOTTE GAINSBOURG

samedi 18 novembre 2017 - Commentaire : 0

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Produit et composé par Sebastian, l’album Rest de Charlotte Gainsbourg est certainement le bourbon exquis de ce mois de Novembre. Servi par des textes d’une beauté rare, le disque est profond et intimiste : un album aux contours personnels et aux abîmes « gainsbourgiens ».

En s’entourant du DJ/producteur Sebastian, tout droit sorti du label Ed Banger Records, le pari de Charlotte Gainsbourg était risqué. Que nenni : l’artiste – pourtant friand de musique techno et/ou électronique – a su habiller ce LP d’une très belle manière. Comprenez : Sebastian a su rencontrer l’âme sensible et timide de la chanteuse à travers ses compositions. Sa seule consigne fut de lui conseiller d’écrire des textes qui soient proches de son histoire, et surtout de ce que savait faire son père.

Sans être larmoyante, Charlotte s’est alors exécutée avec brio. De Ring-A-Ring O’ Roses au dernier morceau (Les Oxalis), cet album ne comporte aucune fausse note. Mieux, la chanteuse se livre pleinement dans chacun des textes qu’elle nous propose. Elle parvient à changer un héritage lourd (celui d’être la fille de…) en un héritage personnel et doré. Il en ressort un disque certes mélancolique mais empreint d’un sens profond et respirant la vie.

L’auditeur averti constate ainsi de très beaux moments de bravoure avec les chansons Kate, Lying With You, I’m A Lie ou encore Rest (morceau co-écrit avec Guy Manuel De Homem Christo des Daft Punk). Je m’arrête notamment sur ces titres car ils sont certainement les plus proches de l’artiste, tant dans le fond comme dans la forme.

Kate, tout d’abord, est une véritable ode et un hommage amoureux à la demi-soeur disparue de Charlotte : “Des cheveux de cendre, une âme trop tendre que rien ne perçait (…) Dressée à l’alcool, sans qu’il te console, perdue à jamais ». Véritable coup de cœur du LP, la voix de Charlotte est hyper-ventilée sur le titre Kate ; et le timbre nous rappelle la voix de sa mère, Jane Birkin.

Lying With You, ensuite, est clairement dédié à son père : « Laisse moi t’imaginer que j’étais la seule à t’aimer ». Nous noterons d’ailleurs que le clip de Lying With You a été tourné dans la maison familiale qui appartenait à Serge Gainsbourg, rue de Verneuil. Là encore, la voix est hybride ; à la fois Charlotte et Jane.

Rest, pour continuer, est empreint d’une nostalgie évidente qui nous parle de la perte de l’être aimé. La composition musicale – qui est donc l’œuvre de Guy Manuel De Homem Christo – nous rappelle (entre autre) le leitmotiv de Game Of Love (extrait de l’album Random Access Memories des Daft Punk)

Enfin, dans I’m A Lie, Charlotte mastique un texte truculent en forme de poème moderne : « J’entretiens l’inconfort (…) A l’appétit frustré… Faussement effarouché… Mon incommodité… fut-elle intimidée ? ». Le sampling – pour sa part – nous rappelle ce que proposait son père dans Bonnie and Clyde, Requiem pour un con ou encore Sea, Sex and Sun.

En bref, Rest est un album maîtrisé et d’une maturité exemplaire, à l’identité forte et marquée. Charlotte Gainsbourg parvient à y donner une empreinte familiale et poétique tout en sachant y amener sa personnalité et son âme sensible propre. Musicalement, et grâce au talent caché de Sebastian, le disque réussit avec subtilité à construire un pont entre les seventies et le XXIème Siècle.

Vous devinez aisément ce qu’il vous reste à faire : déguster avec délice ce disque que je vous recommande d’ailleurs au format vinyle. Il s’accompagnera divinement bien avec un Lagavulin, vingt ans d’âge (au minimum).

J.M.

 

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