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Maintenant qu’on sait qui sont les vrais méchants, on se roule une pelle?

mercredi 22 décembre 2010 - Commentaire : 0

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Difficile de comprendre l’engouement qui se noue autour de la sortie de Monsters.
Divisé en deux segments distincts, le film narre la réunion d’un journaliste et d’une fille (LA fille de son patron, excusez du peu) puis leur départ pour la traversée du Nouveau-Mexique, à feu et à sang. A feu et à sang: des figurants militaires se battent contre d’immonde calamar géant venu (on l’aura compris avec l’ouverture explicite du film) tout droit de l’espace. Mais en fait: sont-ils vraiment méchants les horribles monstres?
Ainsi énoncé, le projet, rencontre improbable de Howard P. Lovecraft et Edward Wood Jr, ne se fait pas tellement attendre. Surtout que, de tous les genres que le film prétend aborder, il n’y en a un seul qu’il se sont bien gardé de traverser et qui pourtant ne lui aurait pas fait de mal. En effet, on ne rigole pas beaucoup dans Monsters, là où certain de ses concurrents (District 9 par exemple) avait au moins la gentillesse d’essayer.

De la gentillesse, en revanche, Monsters n’en manque pas. De la naïveté non plus. Mais de la mauvaise naïveté, de la navrante naïveté, un peu comme si les bisounours était tombés sur terre.

Il est clair qu’on saisit très bien le contexte. Il est clair également qu’on a bien compris que monsieur était reporter de l’extrême; que madame était la fille de son père, autrement dit “un colis”.

Il est clair aussi que le père de la fille est le patron du reporter. Il est clair donc que la tension est déjà très forte au début du film. Il est clair enfin que, bien entendu, comme toute bonne intrigues dramatiques, que le reporter a une vie de famille, et la jeune fille un fiancé, que la vie les attends, là-bas, “home” pour des expatriés américains perdus au milieu du Nouveau Mexique. Tenez ! Regarder le nouveau Mexique. Ces bidonvilles filmés “tels quels”, en numérique/caméra portée artificielle, façon Private Ryan, décors quasi-naturel, ses villageois/habitants, ses figurants “plus-vrai-que-réel”. On va y mettre des monstres mi-aliens/extraterrestres/créatures de cauchemar/tout ce que vous voulez et qui peut faire tendance dans la direction artistique des films (f)actuels.

Mais en fait, non, ça sera une histoire d’amour, alors ne vous inquiétez pas, ça ne coûtera pas si chers. On verra peu les monstres, et beaucoup de figurants. Il n’y aura que deux roles.

La liste des films auquel Monsters se veut un additif peut être longue, mais essentiellement contemporaine. District 9, Cloverfield, Children of Men ou bien The Host. On pourra nous dire: invraissemblable! Monsters n’a pas du tout le même budget! Ce à quoi on rétorquera: Monsters est un film gourmand en ambitions. Du genre Spielberg, époque Jaws.

Mais Monsters n’est pas Jaws. Cloverfield, à la limite, fonctionnait aussi parce qu’il s’agissait d’un film très bien écrit. Déjà, sur le papiers, Monsters n’a pas les épaules. Les dialogue sont navrants, les traits de caractères affligeants, le casting est bimbo et raté, les ficelles dramatiques sont énormes.

Il n’est pas clair, dans Monsters, de savoir ce que cette jeune femme pouvait bien foutre là au début du film, pourquoi diable elle se retrouve au Nouveau-Mexique, en zone infestée, alors qu’elle est sensé être bourgeoise et prête à marier.

Il n’est pas clair non plus de savoir ce que ce reporter fout là. Un appareil photographique aurait pu suffire, mais le scénario ne l’utilise même pas pour suggérer quoique se soit du personnage.
Dans Monsters, il n’est pas clair de savoir si, sous les grosses ficelles du scénario, les personnages puissent avoir une autre épaisseur dramatique que celle apparente.

La métaphore était tellement énorme: lorsque les deux protagonistes du film arrivent aux portes de l’Amérique après une improbable traversée de la forêt, ils s’exclament “prendre conscience de l’Amérique depuis l’extérieur”. Jolie moment salvateur, dont le contexte ne manquera pas de fais rire certains sur la lourdeur du décorum maya. On frise le ridicule.

Et le film de nous achever sur une “nouvelle” vision de l’horreur, de la même trempe que celle qui avait pu animer The Last Exorcisme il y a 15 jours. Voici l’empire post-Ouragan Katrina. Voici le véritable moment spectaculaire de ce film boursouflé de prétention.

Voici la réalité. Voici le vrai film d’horreur. Voici le véritable spectacle. vision d’une amérique dévastée de l’intérieur. Et encore: le film travail à rendre ce passage simplement spectaculaire, quasiment anecdotique. Un decorum de plus. Digne d’un film de Roland Emmerich!

Sans en dévoiler le dénouement, on dira que le film s’achève sur une des séquences les moins réussies, prenant ainsi le pari d’être en même temps un film d’une heure et demi et un film d’une heure-vingt de trop. Incroyable : une simple ellipse entre la première et la dernière scène, et vous obtenez à la rigueur une idée de ce qu’aurait pu être le film. Partir de là, alors que Monsters ne fait rien d’autre que d’y aboutir une heure et demi plus tard. Une heure et demi de retard sur une idée à développer. En chemin, le cinéaste s’occupe (comme on dit, en attendant que le train arrive en gare) en se payant le luxe de faire comme si, lui aussi, était un reporter (de quoi au fait? on peut parler de guerre?) en y ajoutant une bonne dose d’images sensationnelles, allant jusqu’à l’embourbement, le cliché des images de guerre.

Le film n’est rien d’autre qu’une traversée du désert. Dès que l’on aura compris que les “Monsters” annoncés ne sont pas ceux qui viennent d’ailleurs, il ne reste plus que deux américains en proie à une succession de crise de doute quant à la confiance qu’ils peuvent avoir entre tel ou tel mexicain. Mais rien de trés préoccupant. Les mexicain sont gentils et vaillants.  Ils restent à la surface. Ils ont des masques à gaz. Ils connaissent la forêt, ils savent que les alien ne sont pas si méchant, même si ils ne sont pas gentils non plus, mais que si on leur fait rien ils nous font rien non plus.

Des masques à gaz? Mais pour quelle menace?
Et les véritables “Monsters”? C’était qui?
Ah? Mais vous croyez que c’est l’Amérique?
Allons, ça ne peut pas être ça, allons, allons… Avec leurs avions, leurs tanks, leurs missiles, leur technologie et leurs soldats, faudraient peut être pas les faire chier, non?

Pas de souci à se faire de se côté là puisque le réalisateur ne semble pas se saisir de la question, trop occupé justement à avoir son intrigue, ses images et ses personnages, le tout, bien léché et visible au milieu de l’écran. Comme dirait l’autre dans sa matrice, “ce qui compte, c’est l’amour”.

N’allez surtout pas chercher dans les bords. C’est le tout le paradoxe d’un film qui se veut pourtant un film de frontières.

M.G

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