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Morse moi sans hésitation – Morse

jeudi 10 mars 2011 - Commentaire : 0

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MORSE – Tomas Alfredson – Suède – 2009

J’ai décidé cette semaine de vous parler vampires et pré-ados. Non, ne partez pas ! S’il est bien question de suceurs de sang, d’amour et de film contemporain (pour une fois) ce n’est pas du rouleau compresseur « Twilight » dont il s’agit mais de “Morse”.

Venu des froides contrées nordiques, le film nous narre l’amitié naissante de deux enfants dans la Suède du début des années 80. Oskar, petit blondinet de douze ans, n’arrive pas à s’intégrer, subissant quotidiennement les persécutions de ses camarades. Alors qu’il traine devant chez lui le soir venu en rêvant de vengeance, il fait la connaissance de l’étrange Eli qui vient d’emménager à côté de chez lui. Eli ne connait pas la date de son anniversaire, Eli n’a pas froid dans la neige, Eli ne sort que la nuit. Car Eli est une vampire et va changer la vie d’Oskar.

Tomas Alfredson affirme ne pas s’intéresser plus que ça au cinéma fantastique mais nous avons bien du mal à le croire tant “Morse” est d’une beauté rare, reprenant avec finesse le mythe trop souvent galvaudé du vampire.

Alors que celui-ci se modernise dernièrement (“Day Watch”, la série des “Underworld”, “True Blood”, etc.), le réalisateur de “Morse” choisit de revenir sur un aspect plus primitif, bestial et cruel, même si la brutalité est rarement là où l’on l’attend.

Oskar subira sans broncher le sadisme d’enfants désœuvrés, livrés à eux-mêmes dans la banlieue de Stockholm, sorte de négatif d’une société post guerre froide où pointent déjà la peur du chômage, les familles déchirées et l’individualisme forcené. Pourtant Oskar n’est pas un ange non plus. A l’instar de ses bourreaux, il aspire à s’affirmer par la violence, allant même jusqu’à l’utiliser psychologiquement contre Eli dès que celle-ci montrera des signes de faiblesse.

Cette séquence où Eli, qui ne peut entrer chez les autres sans y être invitée, force la porte d’Oskar est d’ailleurs particulièrement poignante. Le jeune garçon réalise alors la souffrance qu’elle endure de part sa différence, sa solitude, qui le renverra à ses propres peurs. Car dans “Morse”, être un vampire, ce n’est pas franchement fun.

Eli, vivant comme un animal traqué dans un appartement miteux après la mort de celui que l’on suppose être son père, n’a qu’Oskar avec qui partager son fardeau. Entre les deux se tissera alors un lien sous forme de pacte, fragile mais indéfectible. Cette union, faite de silences et d’incompréhensions, est construite par petites touches tout le long du film qui s’attache bien plus à l’implicite qu’à la démonstration.

Aérien et grave, ce rapport sensible entre Eli et Oskar doit énormément à l’interprétation de Kare Hedebrant et Lina Leandersson, absolument incroyables de justesse et de pudeur.

Récompensé à maintes reprises dans divers festivals, notamment par Le grand prix du Festival Fantastique de Gerardmer,  le film le mérite amplement par la richesse de sa mise en scène.

Le rythme lent choisi par Tomas Alfredson sert à merveille la représentation de la vie morne de ces hommes et de ces femmes désabusés, lâches, perdus, dont les enfants n’ont d’autres choix que de reproduire les mêmes schémas.

Chronique sociale tout autant que film d’horreur, « Morse » nous donne à voir une figuration de la violence à la fois réaliste et poétique. Même si elles se déroulent le plus souvent hors champ, les séquences sanglantes sont portées par une photo sublime, d’une froideur illuminée de lumière blafarde, jouant sans cesse sur les contrastes.

La neige et l’obscurité deviennent alors des symboles tout autant protecteurs qu’inquiétants, constituant un cocon pour Eli et Oskar qui pourront s’y lover sans plus être inquiétés par l’hostilité du monde extérieur. Le film, sans jamais tomber dans des travers explicatifs redondants, propose cependant un sous-texte particulièrement transgressif sur la découverte de la sexualité ou sur le plaisir éprouvé face à la violence.

“Morse” se clôt sur une scène de piscine magistrale, instant de grâce, et nous laisse émus, hantés pour longtemps par ces ados loin, très loin des stéréotypes.

Miho

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