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“127 Heures” Une leçon

vendredi 11 mars 2011 - Commentaires : 2

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Après « Slumdog Millionnaire » voici le grand retour de Danny Boyle aux commandes d’un film, certes, plus modeste mais tout aussi puissant. Et pourtant je l’attendais au tournant le bougre, comment captiver autant les spectateurs ?

Je parlais de « sensations » dans mon premier post sur Apocalypse Rhum, ici nous y sommes complètement. Un scénariste et un réalisateur (ou un auteur-réalisateur bien sûr) font de vous leur jouet, ils manipulent vos émotions, vos sensations.

Vous n’êtes pas sans savoir ce qu’il va arriver au personnage, incarné avec brio par James Franco, il suffit de regarder la bande-annonce… je peux donc vous dire sans crainte (et sans spoiler), qu’un rocher va lui tomber sur le bras et lui empêcher toute capacité de mouvement.  C’est alors  que nous ressentons quasiment notre propre bras écrasé, et ce tout le long du film. Nous ressentons également le soleil qui le réchauffe après une nuit glaciale, le vent qui traverse la faille dans laquelle il se trouve, et la fatigue insoutenable qu’il éprouve. Même la pierre qu’il aime caresser de la main malgré son malheur ; et l’eau qu’il boit, nous la buvons également (que dire de la suite).

Tout cela est bien sûr dû à l’extrême proximité que nous avons avec le personnage. Nous sommes dans la faille, avec lui… Et nous n’en sortons, qu’à quelques courts moments, simplement  pour marquer encore plus le manque d’air, la claustrophobie, la douleur, le stress de la mort qui approche à grands pas. C’est par l’une de ces astuces de mise-en-scène que Boyle nous tient : nous savons que la vie poursuit son cours juste à côté, voir même au dessus, dans les airs. Un corbeau passe tous les matins (un signe ?). Et, toujours au-dessus, si seulement les gouttes pouvaient perler, ils aurait de quoi se rationner…

Mais pour en revenir aux sensations, cela est toujours dû à cette réalisation maîtrisée d’un bout à l’autre : en plus des images et de leurs macro-proximités, vient le son. Lorsqu’il caresse la pierre, grâce à ce son justement, ce geste est presque sensuel ; lorsqu’il la gratte au contraire, nos dents crissent les unes contre les autres, et le sound-design très marqué ne fait qu’amplifier tous les moments de douleurs qu’il peut éprouver.

L’eau : sans elle, sans son abondance en plein désert, avant le décès probable viennent les hallucinations, et c’est ce que traduit également très bien Boyle. Ainsi, l’histoire de sa vie est racontée par celles-ci, que ce soit la réalité (ses souvenirs), ses espoirs / rêves / fantasmes, ou ses cauchemars ; une des explications de ce split-screen qui découpe l’écran en trois parties, en un leitmotiv de montage qui nous permet de mieux analyser le métrage.

Ce split-screen apparaît dès le début du film, or il semble avoir un tout autre sens : il y aurait la réalité du personnage, celle du réalisateur et celle des peuples du monde entier. Sans oublier ce que nous comprenons plus tard : le passé, le présent du rocher, et le futur que le protagoniste ne prévoit jamais.

Pour commencer, la réalité du personnage : c’est un homme inconscient du danger dont seules sa propre personne et la quête d’adrénaline comptent, à tel point qu’il se coupe même de l’endroit où il se trouve d’une certaine manière, n’ayant que son casque sur les oreilles ; d’ailleurs il le dit lui-même « moi, le désert, et la musique, tout ce que j’aime » en se rendant sur son terrain de jeu.

Car ce n’est que ça, ce désert est un terrain de jeu pour ce jeune homme qui n’est pas encore un homme. Il se revoit même en plusieurs scénettes, petit garçon et ado dans sa famille. De plus, il le dit très bien, le bras sous le rocher, « c’est comme si toute ma vie était prédestiné à ce moment là », comme si il lui fallait une grosse, énorme claque pour se réveiller et devenir enfin adulte.

Il a donc de réel moment de lucidité et de l’ironie sur lui-même, comme Danny Boyle a énormément d’ironie sur cette histoire et son personnage : il nous fait presque rire à certains moments en nous détachant du personnage qui souffre pour nous laisser respirer, et marquer l’absurdité de la situation. Il à fait franchir un cap en matière d’histoire vraie adaptée au cinéma en tout cas : jamais nous n’aurons été aussi happé de manière si violente par une vérité romancée.

Et pourtant notre protagoniste était prévenu : les peintures rupestres entre-aperçues dans la nuit au début marquaient bien le fait que ce lieu avait une histoire, que des hommes y avaient vécu et en connaissaient bien mieux que lui tout ses dangers ; il n’aurait donc jamais dû se couper à ce point des autres, ce qu’il ne comprendra que trop tard.

Je m’était dis avant la séance, mais comment le réalisateur va-t-il faire pour tenir le spectateur en haleine sur un point de départ aussi simple ? C’est chose faite de manière virtuose. Il ne me reste plus qu’à lire la biographie de l’homme dont est inspirée l’histoire (qui au final, est d’un courage… extrême) et de m’acheter la bande originale (qui dépote également).

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