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Le (bon) goût des autres – Cecil B. Demented

mercredi 23 mars 2011 - Commentaires : 2

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CECIL B. DEMENTED – John Waters – USA – 2000

Mon anniversaire approchant à grand pas, il était temps de faire le bilan, calmement, en se remémorant chaque instant. Et là, horreur. J’ai aimé « Somewhere » de Sofia Coppola. J’ai fait du sport et j‘ai mangé des légumes. Pire, j’ai lu Télérama la semaine dernière. En entier.Aux grands maux, les grands remèdes : cure intensive de John Waters. De “Pink Flamingos” à “Cry Baby”, en passant par “Hairspray” et bien entendu par “Cecil B. Demented”.Il faut dire que John Waters a une place non négligeable dans les réalisateurs que j’aime d’amour. Ayant commencé sa carrière dans les 70’s, il fut assez rapidement affublé des gentils surnoms de « Pope of trash » ou « Prince of puke ». A la vision de « Pink Flamingos » on en comprend rapidement les raisons.Divine, icône assumée du mauvais goût, vit dans une caravane avec sa mère débile cloîtrée dans un parc d’enfant, son frère qui fantasme sur les poulets et sa copine Cotton qui aime mater. Avec poésie et retenue, on s’en doute, nous suivrons la lutte qui l’opposera aux Marble, couple à la tête d’un réseau de trafic de nouveau-nés, prêt à tout pour lui voler la vedette et ainsi récupérer son titre « d’être le plus immonde que la Terre ait porté ».

Actrice fétiche de John Waters, Divine (qui était également son pseudonyme dans la vie réelle) tournera ensuite à ses côtés « Female Trouble » et « Desperate Living » avant de revenir dans « Polyester ». Film particulier s’il en est puisque des pastilles odorantes étaient distribuées à l’entrée de la projection pour mieux immerger le spectateur.

Après avoir donné à Johnny Depp son premier grand rôle à l’écran dans la comédie musicale « Cry baby », c’est avec « Serial Mother », et en rejoignant au passage un cinéma plus commercial, que John Waters se fera connaitre. Commercial, façon de parler, puisque le film met en scène la grande Kathleen Turner en maman protectrice qui a quelques tendances psychopathes dès qu’elle subit une contrariété.

Je vois donc arriver la question : « Mais pourquoi, POURQUOI faire des films pareils ? ». John Waters y répond plus ou moins dans son avant-dernier film « Cecil B. Demented ».

Véritable ode aux guerrillas filmmaking, ces films tournés à l’arrache avec des moyens proche de zéro, ce métrage est également une mise en abîme de lui-même. Le sublime Stefen Dorff (dont le jeu est inversement proportionnel à son physique de beau gosse) incarne Cecil B. Demented, réalisateur halluciné et terroriste, au sens premier, du cinéma. Avec son équipe de tournage, tous un peu allumés et obsédés sexuels, il prend en otage Honey Whitlock, symbole du cinéma de studio hollywoodien. Bien décidé à faire le film le plus underground qui soit sous le titre « Beauté Fatale », il se heurte d’abord à la résistance de l’actrice qui se prendra finalement au jeu.

Formellement un de ses films les plus mainstream, “Cecil B. Demented” se veut subversif, bien entendu, mais doit se voir avant tout comme une comédie. Les répliques et les scènes d’action s’enchainent à vitesse grand V, ne nous laissant aucun moment pour souffler. On peut retenir dans les moments mémorables la présentation de l’équipe où chaque membre porte tatoué le nom de son réalisateur fétiche (Otto Preminger, Pedro Almodovar, David Linch, Kenneth Anger, Spike Lee…) ou le sabotage du tournage de la suite de “Forrest Gump”, « Gump again », qui nous donne à voir un Tom Hanks de seconde zone expliquant que la vie c’est comme les bouchées de crabe : « Il y a plein de bonnes choses dedans mais autour il y a plein d’emmerdes »…

Du grand n’importe quoi, certes, mais un film touchant tant il prouve à nouveau l’attachement de John Waters pour les freaks, les hors-normes et autres exclus. Jamais on ne trouve une once de cynisme ou de moquerie, seulement un regard tendre mais néanmoins non dénué de sens critique.

C’est là l’acuité de John Waters. Car si c’est tout le système hollywoodien qui est sauvagement amoché ici, le cinéma dit indépendant n’est pas en reste. Cecil est un gourou à l’ego démesuré qui va jusqu’à marquer les membres de son équipe au fer rouge sur une musique créée à sa gloire : « Demented for ever ». Et sa passion devenue intégrisme ne l’empêchera pas de réaliser ce qu’on suppose un film plutôt raté.

Mais qu’importe au final les qualités esthétiques de « Beauté fatale » ou de « Cecil B. Demented », les deux revendiquant avec humour le droit à l’existence d’un cinéma autre, d’un cinéma bis, sincère et jouissif.

Parce que c’est aussi ça le cinéma. Ne pas se prendre au sérieux, faire des films juste pour s’amuser, pour provoquer, pour créer un plaisir instantané, n’en déplaise aux intellos à la p’tite semaine. Et si moi je devais répondre à la question du pourquoi réaliser ce genre de films, j’aurais cette réponse de sale gosse : « Parce qu’on peut ! ».

Miho

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  • Cecil.B Demented est sorti en 2000, Femme Fatale en 2002, trop fort l’hommage !

    C’est de l’hommage presthume, c’est ça ?
    John Waters est vraiment trop génial !

  • Moi qui voulait corriger ça discrètement sans avoir besoin de te citer comme le grand pourfendeur de mes bêtises, t’abuses !

    En revoyant “Cecil B. Demented” (oui je vais radoter) j’ai pas arrêté de pensé au film de De Palma, lui même hommage de film de genre. Et j’étais tellement sûre de moi que j’ai pas vérifié.

    Donc my bad et merci, même si j’aime l’idée du film presthume.

    Et oui Waters est un grand monsieur !

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