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Anotherwhiskyformisterbukowski Le blog musical qui ne prend pas les enfants du bon dieu pour des canards sauvages

Chroniques à brac par

Conte moi en Zic #2

jeudi 21 avril 2011 - Commentaires : 5

Accueil » Conte moi en Zic #2

Quand le patron du blog m’a proposé d’écrire, j’ai eu envie de suite de créer une fiction à base de musique. S’imprégner d’une chanson, se reposer sur son ressenti, et y adjoindre des mots comme un réalisateur collerait des images à une BO. Seulement l’exercice semblait presque trop simple… Pourquoi ne pas envisager les choses en plus grand et en faire un véritable conte musical, des textes qui se suivent, forment une histoire cohérente, avec à chaque fois une chanson comme inspiration pour l’élément narratif ?C’est là que vous intervenez, lecteurs du blog. A chaque épisode, vous pourrez proposer dans les commentaires le morceau qui inspirera le suivant. Et donc influer sur l’histoire. Sans vous, pas de suite… Évidemment pour que le propos reste cohérent, il faut une certaine filiation entre les morceaux. Lisez, soyez inspirés, proposez!

@Yelling_

Épisode précédent : http://anotherwhiskyformisterbukowski.wordpress.com/2011/04/14/conte-moi-en-zic-1/

Ce bruit… non, ce n’était rien. J’ai du… Sans doute mon imagination. Sûrement. A force de toujours la tendre, on dirait que mon oreille me joue des tours. Comme si j’entendais des trucs qui n’existent pas. Ou qui ont existé. Que j’ai oubliés. Enfouis. Ces songes à qui ils ne manquent qu’une syllabe pour être ce qu’ils sont vraiment. Comme le bruit de ses talons sur le macadam. Je la suivais. Un soir d’été comme ce soir. A la fois suffocant et vénéneux. Le genre de soir où l’on hésite à faire un pas de plus. On serait tellement bien, sans plus bouger, moiteur des aisselles, sel sur les lèvres, un vent frais. Envie de thé glacé, sur le porche. Envie de ne rien écouter, sauf le sifflement d’un vent presque absent. Se laisser couler, là, sur les marches, las. J’aurai pu. Je n’ai jamais vraiment aimé ces soirs. Une sorte de tension bizarre. Presque sûr de faire des cauchemars, la nuit. J’aurai pu rester tranquille.

Mais non, je l’ai suivie. Ses hanches balançaient légerement. Cette fille savait marcher. Bordel. Elle savait vraiment marcher. Pas comme toutes ces greluches qui marchent genoux rentrés, jambes pliées, attaquant le sol avec rage et lourdement, les fesses désynchronisées, le centre de gravité incertain. Mais elle… De son talon fin à son mollet galbé, de la cuisse que l’on devinait ferme sous la micro-jupe de laine. Ses fesses, son petit cul. Une invite. Elle cadençait. J’ai lu bien plus tard je ne sais plus dans quel obscur bouquin français un truc comme ça. Histoire de femme. Toute de rythmes et d’indolence. Un vieux poète alcoolo. Mais j’ai découvert ça bien des années après. C’est un peu comme si ce soir là, j’avais eu une forme de prémisse, d’avant-goût. La demoiselle s’effaçait derrière les sinusoïdes. Ses cheveux longs, tombant presque aux reins bougeait un peu. Ce n’était plus vraiment une femme, ou une fille.

C’était un moment parfait d’ondulation particulière. Un peu comme quand vous plaisez à jeter une pierre dans l’eau, faire des ricochets. La surface de l’eau se trouble, et vos yeux se perdent dans les cercles concentriques, comme une hypnose. L’instant d’avant, c’est juste de l’eau. Puis ça devient une forme de sculpture en mouvement, irrépressible et instantanée.

Elle bougeait, et moi je lui créais une musique, dans ma tête. Un truc à la fois pesant et sensuel. Tempo lent, un peu désespéré peut être. Répétitif. Pour qu’elle reste dans mon rythme idéal. Je la voulais sur des cordes et des vibrations. Oscillante mais sûre. Comme prête à tomber à chaque pas, mais pourtant debout. Ondulante, encore. Je ne sais pas exactement à quel moment je l’ai décidé. Ni comment. Je sais juste qu’il me la fallait, là, tout de suite. Juste pour revivre ce moment. Tout le temps. Sur commande. Comme s’il n’y avait plus ni soleil, ni lune, ni air, ni rien. Juste elle et cette danse trompeuse.

Mes soupirs réglés comme du papier à musique. A cet instant je n’avais que ça en tête: la voir marcher, pour moi. Ses courbes, ses lignes, former des dessins mouvants, fixés sur mes rétines. J’étais complètement fasciné. Je l’ai rattrapée. J’étais à deux pas. Puis, j’ai inspiré, longuement. Nos soupirs. J’imaginais nos soupirs mêlés. Le soleil se couchait. Ça jetait des reflets orangés sur ses épaules, ses cheveux. Flamboyance. Sa peau luisait, ses coudes ronds, sa jupe comme animée. Une sorte de coup de pinceau. Perfection.

J’ai fermé les yeux, pour fixer ça. Son image dansante sur mes rétines. Ses longues jambes comme les aiguilles de ce que je saurais plus tard être du désir. J’entendais les claquements de ses talons sur le macadam, quand elle a traversé la rue. Puis je ne sais pas.

Soudain, ça a fait un bruit blanc. Un crissement, choc mat, des hurlements, gamins couinant et femelles hystériques. J’ai rouvert les yeux, la cherchant, cherchant ses balancements, son cul. Il m’a fallu un temps pour comprendre. Faire le lien. L’incarnation du mouvement parfait, ma sinueuse tentatrice gisait. Immobile. Une pivoine lui poussait sous la tête. Au fur et à mesure que cette fleur lugubre s’épanouissait, je sentais ma vision redevenir tellement commune. Quelques minutes avant son fessier parfait, la ligne de ses jambes longues me fascinaient, j’aurai fait n’importe quoi pour ce délicieux balancé, et puis d’un coup… Un corps disloqué, cheveux blonds poisseux de sang et de cervelle, tenant pourtant toujours fermement son sac.

J’avais sept ans. C’était la première fois que je tombais amoureux.

Secoue toi mon vieux. Ca fait si longtemps. Occupe toi de ce qui se passe maintenant, dans cette foutue clairière.

Le sang qui coule toujours de mon pied. On dirait un peu d’elle. Je me rappelle que je suis tombé à genoux. Je n’ai pas pleuré. Je voulais la toucher. J’ai eu le temps de plonger ma main dans la pivoine déjà presque noircie. J’ai porté les doigts à ma bouche. C’était nouveau. C’était … Métallique. Métallique mais chaud. Comme si elle mentait. Jusqu’au bout. Le métal, on s’attend à ce que ce soit froid, glaçant. On s’attend à ça. En lieu et place de quoi, elle me trompait de toute cette chaleur ferreuse. Fallait que je comprenne.

Le mensonge des femelles.
Vas y mec. Bordel, bouge toi. Tu pisses le sang, toujours. A te monter la tête de souvenirs vieux de combien déjà? Ridicule. Allez!

Je vais essayer de rentrer maintenant. Déchirer un bout de chemise, et me faire un bandage d’appoint, histoire de tenir les quelques centaines de mètres jusqu’à la cabane. Et puis j’ai faim. Tout à coup. Ça m’est revenu en me rappelant le goût de son sang sur ma langue. Secouer ma grande carcasse. Bouger… Puis, il n’y a pas que la bouffe qui m’attende …

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