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Anotherwhiskyformisterbukowski Le blog musical qui ne prend pas les enfants du bon dieu pour des canards sauvages

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Le Je du miroir

samedi 30 juillet 2011 - Commentaires : 5

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La douche m’a fait un bien fou. Délassé mes muscles, rafraichi l’épiderme électrique. Je n’arrive pas à croire que j’aie fait ça. Coucher avec un type qui pourrait être mon père, dans une chambre d’hôtel, en pleine après midi… Arriver à la réception, monter les marches avec le cœur prêt à exploser, puis le déshabillage mutuel une fois la porte refermée, les gestes s’enchaînant avec autant de douceur que de précision. Comme si c’était habituel. Normal. J’ai failli faire demi-tour, à quelques mètres du but. Puis j’ai gonflé la poitrine, et j’y suis allée.

Puisque tu es là, tu ne vas pas renoncer. C’est un peu tard pour peser le pour et le contre.

Ne plus penser. J’ai attaché mes cheveux à la và-vite pour éviter de les mouiller sous le jet, mais je les sens frisotter sur ma nuque, et des gouttes qui dégoulinent entre mes omoplates. A dessein, j’évite de frotter avec la serviette à cet endroit. Ce n’est pas désagréable, cette fraîcheur après … J’insiste sur les cuisses, je sens presque encore sa bouche, sa langue. Son regard sur mon corps nu, ses gestes. Le souffle dans mon cou, chaud, n’est plus le sien. Il s’agit de dompter l’humidité de ma nuque au sèche-cheveux. Heureusement c’est devenu un accessoire classique même dans un chambre d’hôtel sans luxe. Basique même. Trop de confort m’aurait mise mal à l’aise. Il a bien fait. Je fais des mouvements rapides pour éviter de trop échauffer ma peau fragile, et m’étire le dos en même temps. J’ai les membres rompus. Ce sera pire demain, sûrement, mais je tiens à peine debout. Il baise incroyablement bien, à mon exact diapason. Pas qu’un technicien de l’orgasme, qui t’oblige aux soupirs de politesse, et gémissements de façade.

Baiser, faire l’amour, le seul moment où tu n’as pas envie de tricher. Ou moins que d’habitude.

Mon corps tremble. Mes cuisses surtout, comme si ces mouvements involontaires étaient des répliques sismiques. De la timidité de nos premiers échanges, j’aurai eu du mal à soupçonner que ce serait si intense. C’était marrant cette cour qu’il m’a faite, pleine d’admiration polie, quasi de dévotion, comme s’il s’émerveillait de pouvoir le faire. J’ai pensé directement que ce serait sûrement un mauvais coup. Trop de… ou pas assez. J’ai eu raison de ne pas m’accrocher à cette première impression. Mes cheveux sont maintenant parfaitement secs, je replace l’accessoire, attrape la crème dans mon sac, une noisette dans la main, masse légerement mon visage du bout des doigts. L’odeur familière me rassure. Loin de son odeur à lui, mélange d’ambre et de menthe, avec l’acidité de sa sueur. J’ajuste ma culotte, passe ma jupe, mon soutien gorge. Ça n’a pas été simple, de trouver enfin une date. Un moment où on pourrait plus que voler un café. Une attente interminable: obligations, disponibilités, concordances. Mais ça valait le coup. Je me demande à quoi il pense.

Il a serré une jeunette. Voilà ce qu’il pense.

Avec la buée, impossible de me voir dans le miroir. Je ne suis qu’une ombre mouvante. A peine dessinée. Je pourrais passer la main dessus, sentir les perles d’humidité froide contre la paume, voir mon reflet apparaître au fur et à mesure. Mais je sais très exactement de quoi j’ai l’air. Une fille sage qui a fait des bêtises. Pas besoin de le voir: yeux brillants et érythème qui empourpre ma poitrine. Comme une camée. Sous héro. Il va falloir redescendre. Les rituels aident: parfum, remettre les bijoux, ôtés pour ne pas risquer de le griffer ou de lui laisser des marques trop précises.

Il me semble avoir entendu un portable vibrer. Un peu d’angoisse au creux du ventre: finalement, ce n’est pas si facile de se détacher de sa culpabilité. On a beau jouer les fières, les frondeuses, se taper un homme marié, quelque part ça reste tabou. Sale. Même amoureuse. Et je l’aime. Les sentiments ne lavent pas de ce machin collant qu’est la honte. Mentir alors qu’une légitime est là, quelque part, à s’inquiéter d’un quotidien qu’on ne connaîtra jamais. Être maîtresse. Sauf de soi. Cet espèce de dédoublement entre ce qu’on sait être mal, et ce qu’on fait.

Même si on essaie de se rassurer.

Fermer les yeux: nous revoir comme si j’étais spectatrice plus qu’actrice. Ma main chiffonant le drap, la moiteur sur mon front, sur ses reins creusés. Des murmures emplissant la chambre.

Passer du statut de princesse à putain, c’est vertigineux.

Allongés, ma tête sur son ventre, les yeux au plafond. Ses doigts negligemment posés sur un sein comme ils auraient pu l’être sur n’importe quelle partie de moi, acte de propriété tendre. Je ne sais plus ce qu’on a dit, mais j’ai encore l’exacte sensation de sa langue me clouant sur place, de ses doigts affamés après cette pause-bulle.

Tu ne peux pas tout avoir. Tu ne peux pas toujours fuir.

Rendue sous lui, les poignets maintenus d’une main …

Il a choisi. Je ne lui mets pas le couteau sous la gorge. Je lui plais, il me plaît. Mais il n’est pas obligé de franchir le pas s’il ne le veut pas.

Cambrée, mes hanches se frottant aux siennes, nos ventres s’entrechoquant.

Et sa femme, tu y penses?

Évidemment. Je préférerais de loin qu’il soit célibataire. J’ignore son prénom, je ne veux rien savoir d’elle, mais j’y pense. Je dénoue le chignon sauvage, brosse mes cheveux. Ça prend du temps, j’ai déjà voulu les couper, mais chaque fois j’y renonce. Une forme de protection sur les épaules, leur masse vivante dans mon dos, comme s’ils étaient presque indépendants de moi.Un nœud sur lequel je m’attarde, je lutte avec la brosse, puis les doigts, jusqu’à ce que j’entende le craquement caractéristique, et sente glisser. Ils pendent libres, à chatouiller mes reins. Cet air de fille sage qui leur plaît tant. Ces hommes là. Je les ai écoutés, me décrire, physiquement. Ils usent tous du même vocabulaire, puisent aux mêmes mots. Ce qu’ils croient voir, ou veulent voir. Au fond, c’est la même chose. Je travaille là dessus, à me polir. Un peu comme les cailloux de fond de rivière. Quand on plonge la main dans l’eau glacée, et que l’on sent les formes douces sous les doigts, on en tire un, le passe sur la joue, mouillé, gelé, mais pourtant si… Quelques secondes, minutes, de conscience absolue. C’est ça que veulent les gens: les cailloux de fond de rivière.

Roule, coule, au fond.

Ils préfèrent toujours le bien poli au brut. Sauf à avoir une âme de tailleur. Et ils sont rares.

Ton air de vierge, ta peau lisse et tes yeux clairs. Baiser la pureté jusqu’au trognon.

Alors je lisse. Mes cheveux, et moi. Ne plus donner de quoi s’accrocher. Surtout ne rien laisser d’extérieur qui pourrait offrir une prise.

Tu es plusieurs, c’est déroutant.

Coup d’ œil dans le miroir. Il a les yeux rivés sur son téléphone. Il est encore nu, beau. La ligne pileuse dessinée sur son ventre, qui remonte entre ses pectoraux, les cuisses longues, sa bouche un peu rougie de baisers. J’ai tellement aimé coloniser son corps. Ils sont désarmés quand ils viennent de jouir, les hommes.

Les gouttes d’eau s’accrochent à sa peau, des dizaines de petites touches impressionnistes. Elle est à moitié cachée par la porte, je ne vois qu’une épaule, un peu de sa hanche, et par le jeu du miroir, le bas de son visage. Ses cheveux si longs, rares chez les filles de son âge. Ces gamines, arrogantes, elles veulent tout. Immédiates, elles n’ont pas de temps à perdre, tapotent sur leur smartphones en prenant le métro, jouant les équilibristes sur des talons de plus en plus haut, les lèvres sur lesquelles traînent un peu de mousse de café pris à la hâte, leurs haleines mêlées de dentifrices et de jus d’orange, les nuques dégagées par leurs cheveux courts.

Et tu rentres le ventre, tu comptes mentalement les années qui vous séparent. Tu en ris.

Parfois je les frôle, j’essaie de lire les sms qu’elles envoient par dessus leur épaule. Des rendez-vous, des comptes rendus faits aux copines, et cette horrible sémantique que je n’arrive pas toujours à déchiffrer. Au hasard je tombe sur un texto plus chaud. Rien de rare: elles ont beau aimer jouer les dévergondées, elles rougiraient certainement si je leur présentais de la vraie littérature érotique. Une d’elle décrivait une fellation, l’autre jour: j’étais mort de rire. Je n’arrive pas toujours à être discret, elle doivent penser que je lorgne leurs seins, et sûrement passer pour un vieux pervers, qu’importe. De toute façon, je suis en décalage complet avec elles. Leurs références m’échappent, leur humour n’est pas le mien, éventuellement l’élasticité de leur peau pourrait m’intriguer, mais c’est tout ce qui pourrait nous rapprocher. Nonobstant le fait que je sois un vieux pervers. Je viens de baiser avec une femme, une fille de vingt ans de moins que moi.

La buée sur le miroir s’estompe, mais pas assez pour saisir son expression. Elle n’est que contour flous…Cette image entre la netteté de son dos, et l’esquisse de son visage comme un dédoublement d’elle. Au fond, c’est ce qu’elle m’offre.

Deux pour le prix d’une.

Sa chair malaxée, pétrie, embrassée jusque dans sa nudité la plus crue, et une part d’elle presque imperceptible, gommée et insaisissable. Je me demande à quoi elle pense. Tout à l’heure, au dessus d’elle, entre ses seins, ombrant sa peau claire de moi. Son ventre blanc. Ses fesses striées des lumières syncopées offertes par les volets. Nos salives se confondant. Emmêler nos corps comme dans un ballet, réglé. Ses yeux perdus quand elle a joui. J’espère qu’elle a joui. Mon attention est attirée quelques secondes: un bruit dans le couloir, comme si quelqu’un approchait.

Normal mon vieux, t’es dans un hôtel, c’est forcément un lieu de passage, où rentrent et sortent des dizaines de mecs, de filles. Des vieux dans ton genre, aussi?

Mon portable vibre. Un texto: ma femme.

Tu dînes avec nous ce soir?

Une hésitation, et puis …

Non. Encore du boulot. Je rentrerai tard. M’attendez pas.

Je n’ai pas envie de rentrer directement chez moi. Je suis encore plein d’elle. Etonnament docile, quand je l’ai basculée sur le ventre, hissant ses fesses jusque mon bassin. Juste un gemissement. Dispensé de demander la permission. Entrer en elle, animale, simplement. Faut que je réfléchisse. Tromper. Je suis donc de ceux là. Ces hommes qui affirment être heureux, mais qui couchent ailleurs. Je ne vaux pas mieux. Et avec une gamine qui plus est. Enfin, techniquement, elle l’est. En vrai, je ne pourrai pas dire son âge. Presque protéiforme, en représentation, tout le temps. Tout à l’heure, après l’avoir prise si fort, elle m’a fait un numéro digne d’un cirque, décomplexée, nue. Je riais à en pleurer tout en me demandant qui elle était.

T’as presque préféré ça au sexe. T’avais l’impression qu’elle était vraiment avec toi là.

Son rire est étonnant. Quasi muet comme celui d’une petite fille quand il démarre, puis gagnant en intensité, en oscillations qui font bouger ses seins, ses épaules, comme trop puissant pour elle sur la fin.

Presque.

Le téléphone vibre encore. Le boulot cette fois ci. Être ici ne me dispense pas de mes obligations. Une voiture passe en faisant crisser ses pneus. Ça m’énerve bizarrement. Hypersensible aux bruits, ça n’a pas du m’arriver souvent, un mélange paradoxal de tension et d’apaisement. Son ombre sur la porte, projetée. Ses courbes pleines sous ma main tout à l’heure à la fois rondes et dures. Ses caresses déterminées, précises.  Impossible de savoir vraiment ce qu’elle veut. Qu’est ce que je peux croire qui vient d’elle? Je me demande si ça va se voir. Que je suis désormais dans le clan des sales types. Faudrait que je m’ausculte dans le miroir. Voir si je suis capable de lui mentir. Mais elle occupe l’espace, je peux lui laisser quelques minutes. Une recherche vite lancée des restos dans les environs, j’opterai bien pour le thai. Envie de légumes sautés, de coriandre et de saveurs légères et subtiles. Qui n’effacent pas complètement son goût dans ma bouche, sa chair, son humidité troublante.  Et du pinot noir. Ils en ont toujours. S’il y a bien un truc immuable, c’est la présence du pinot noir sur les cartes de restaurant asiatiques. C’est rassurant. Dans n’importe quelle ville où je m’arrête,je peux compter dessus. Ma madeleine à moi. Il n’est pas loin, parfait pour y aller à pied, respirer, dehors. Il pleut, ce sera d’autant mieux. Je ris tout seul de mes métaphores hasardeuses, l’eau qui lave les péchés, la pluie comme rédemption.

Pour un peu tu te la jouerais danseur de claquettes. Déconne pas vieux.

Je m’allonge. De toute façon, j’en ai encore pour un moment. Un long cheveu comme une griffure discrète sur l’oreiller. Le tissu est imprégné de nous deux, saturé et sous ma cuisse je sens une zone mouillée. Dans la salle de bain, je l’entends chantonner. Un truc bizarrement triste pour quelqu’un qui vient de s’envoyer en l’air. Fataliste.

Two against one.

Ça fait partie d’elle, je commence à la connaître sans vraiment arriver à tout saisir. On a eu beau discuter des heures, il est toujours resté des zones d’ombres. Elle est douée pour ça. Laisser entrevoir juste assez pour susciter l’envie, puis se fermer comme une huitre. Elle se remet du rouge, je vois ses lèvres, tantôt sur les miennes, maintenant ourlées de carmin profond.

The mirror is a trigger and your mouth’s a gun.

C’est quand elle ne se sent pas observée qu’elle se laisse aller. Je me demande si elle a déjà fait ça. Si oui, combien d’autres il y a eu. Des mecs jouissant en elle, sur elle? Son ventre que j’ai moi même arrosé, combien d’autres semences a-t-il recueilli? Une jalousie idiote sourd.

N’y pense pas, c’est stupide. C’est une passade. Pour ça que tu la voulais non? Parce que tu savais que ce serait sans conséquence. Tu n’as jamais eu l’intention d’autre chose. Palpiter pour une gosse, pourquoi pas. Mais elle a une vie, tu as la tienne. Quand bien même pas sûr qu’elle te laisse y entrer.

J’ai faim.

Mon choix est fait. J’appelle pour réserver.

Oui, pour une personne, 20h.

Elle ne restera pas. Elle m’avait prévenu.

Je ne peux pas dîner avec toi, à 19 heures je m’en vais.

Lucky for me I’m not the only one.

Elle prend des décisions péremptoires auxquelles je dois me tenir. Rien ne sert d’argumenter et je ne peux pas vraiment lui en tenir rigueur. Mes doigts sont encore plein d’elle. Distraitement je les passe sous mon nez, et je sens que l’envie revient. Mon sexe pulse, je suis toujours nu, ma main glisse vers mon bas ventre, …. Elle sort enfin de la salle de bain, à moitié habillée, la jupe marquant sa taille, les bas fantaisie habillant ses jambes, du moins le peu que l’on peut voir entre bottes et tissu. Son chemisier était resté sur la chaise, quand je lui ai ôté à la hâte tout à l’heure. Son soutien gorge parme tranche sur la peau translucide. Une veine court, plus grosse comme à l’assaut de son sein gauche, sur sa gorge. Elle se mord les lèvres, voyant comme je l’observe, ma main sur mon sexe. C’est inexprimable. Fragile indéfiniment. Il faudrait que je dise quelque chose. Ou elle.

Dis lui que tu l’aimes.

Mais le silence grise la chambre.

Dis lui que tu l’aimes, même si c’est ridicule.

Un bruit dans le couloir, encore. Elle sursaute, légèrement, puis se reprend très vite. Toujours se maîtriser. Je n’arriverai jamais à avoir accès à elle, vraiment. Elle fait un pas, toujours muette. Elle me sourit, mais comme ailleurs. Elle est déjà partie.

Je ne le sais pas encore, mais c’est la dernière fois que je la vois.

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  • derrière chaque image reflétées dans le miroir, il y a le miroir….et qui peut dire ce qu’il pense, lui, qui se regarde en toi et ne se reflètes pas!! joli texte ou le son, les odeurs et les sensations deviennent sensualités de l’esprit.

  • @mademoiselle geekette: ce n’est pas mon blog, je suis juste invitée… Mais ravie que ça t’aie plu 🙂

    @miasublime merci!

    @joueurs joli commentaire, merci d’avoir pris le temps de lire

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