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Chroniques à brac par

Baby

vendredi 9 décembre 2011 - Commentaire : 1

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fille cowboys


Veuillez lancer le lecteur en bas quand il vous plaira.

Au téléphone, quelques mots jetés, sans morgue, mais pas aimables non plus. Le moteur ronronne comme un gros chat paresseux. L’image est tellement cliché, (Susan, et son imagination débordante mais convenue, rions en) mais c’est la première qui me vient là spontanément: je souris. Passagère, encore. Conduire? Jamais appris… Arbres défilant à toute vitesse: parait que l’état de New York est ce qui se rapproche le plus de la France mais j’y suis jamais allée. J’irai peut être un jour, dans loin. C’est un fantasme qui en vaut bien un autre. J’attrape le pare-soleil, miroir. Racines plus claires sous l’auburn: temps que je refasse ma couleur. Je farfouille dans la boite à gants, écaille un bout de mon vernis rouge en ouvrant la boite de biscuits -il n’a pas tenu longtemps: j’ai fait mes ongles hier- penser à changer de marque. Quand on ira faire les courses, colo et vernis donc. Et sacs de surgélation: pas oublier. Tampons. Beurre de cacahuètes. Celui avec les morceaux. Des miettes se glissent entre mes seins, piquantes. La solution mise en place sans y penser: légèrement pousser sur la peau, les coller sur le bout de mes doigts, souffler.

Il regarde la route, pas un oeil sur moi. Tant mieux. La liste des courses dans ma tête défile. On ne dit jamais la banalité rassurante des choses nécessaires. Sa nuque perle d’un peu de sueur. J’ai poussé le chauffage à fond, et posé mes pieds sur la boite à gants. On en a pour un moment. Plus penser.

Cette chambre, lui… Ses longues jambes fines dans la clarté du jour et pas de rideaux à sa fenêtre. Le genre de détails qui font qu’on sait: célibataire depuis longtemps. Son menton relevé dans une prière muette. Peau brune, quelques points de beauté sur le haut des épaules. “Traces d’anciennes vies” il dit en riant.

“Rock and roll baby” il dit aussi.

Stop. Me concentrer sur les gouttes de pluies tiens. Elles s’écrasent sur la vitre, puis lentement s’aplatissent et filent inéluctables. Les petites rondes rejoignent d’autres, fusionnent, mais toujours elles partent. Elles disparaissent, après s’être accolées, accouplées, fondues. Transparents troubles sur transparent dur, les petits animaux étranges qui se poursuivent, et gonflent. Puis plus rien une fois à bout de course. Le caoutchouc est leur limite. Trou noir. Plus de traces… C’est la vitesse qui veut ça: tout s’évanouit, même l’humide.

Nos années manquées, à s’être tant hais. Et puis le retrouver d’un coup complices. Les amours d’ados, de gosses qui reviennent comme incantatoires: je vois pas ses rides, il voit pas l’affaissement de mes fesses. Pleins, défoncés l’un à l’autre. Son jean, barrière inutile. Ma jupe, rempart de pudeur. Lèvres, langues, mots qui se mêlent. Le fumer, le boire, me shooter, le dévorer; dessous de voile, dessus lui.

Tu m’as manqué.

Toutes ces années, ces trucs qu’on s’est dit. La distance. L’université. Autre état. Autre sexe. Merde.

Pardonne moi.

Bouche prise, mains occupées, diverses. Désirs opiacés dans la moiteur qui s’installe.

 

Rock and roll baby.

Il change les vitesses tranquille, je me penche et allume la radio. Le son coule, évident fait de guitares, riffs, rythmes sourds. Changement de direction. On vient de passer Henderson, comté de Jefferson et l’eau sourde du lac Ontario dans l’ombre qui tombe. Je tourne la tête. De profil, je ne vois qu’un seul de ses yeux verts.Est ce que je pourrai encore y plonger? Sa main repose sur le levier de vitesse. Longtemps je me suis moquée: il a dans ses gestes un je-ne-sais-quoi de démodé, de pas à sa place dans ses fringues trop classiques et trop chères. On bifurque à droite, dans un long élan avec la côte. Le moteur de la vieille dodge peine un peu, crachote. Ma main crapahute vers la sienne et puis non. Cogiter j’en ai marre.

Sa bouche, partout. Nos halètements dans la chambre vide, un tableau mal encadré, et des taies dépareillées: une chambre de gosse pas fini sans doute. Je m’en fiche. Pourvu que ses bras. Précis dans le flou, il me boit, me goûte. Encore. Et encore. Rythme de dingue. Son gimmick.

Rock and roll baby.

Viens.

A moitiés nus, avides. Trop longtemps. C’est mal? La crevure de l’envie qui fouaille les entrailles. Je ne suis plus moi. Fière. Entière. Là j’en mène pas large. J’ai perdu le sens, la raison, et les convenances. Oublié la facture qui traine sur le bahut, la note du pressing, le dîner chez les Carmichael. Le faire jouir. M’inonder.

Prends moi.

Tendu, beau.

La radio grésille, puis s’interrompt. Je tends la main, en même temps que lui.. Nos doigts s’effleurent. Sa main se retire très vite. Trop vite… Il doit savoir. Il sait. Je suis sûre qu’il sait.

Je ne voulais pas.

Pardon.

Ses yeux cherchent un truc invisible au sol. Il est assis à l’autre bout du lit. Epaules voutées, nuque ployée. De trois quart. Je vois sur son dos la trace de mon ongle. La demi-lune rouge juste au dessus de ses reins et ma salive sur sa nuque et un cheveu qui lui barre les côtes. Je n’ose plus le toucher. Tout était tellement parfait. Et puis…

 

Je ne peux pas.

Le temps – un siècle, en réalité surement quelques minutes- avant de dire vraiment ce que je nepouvais que constater: impuissante, autant que lui. Bouches scellées, sa langue humide et chaude contre la mienne, son sexe à l’orée du mien et puis nada, plus rien.

Sa queue molle entre mes cuisses.

Je crève d’envie pourtant.

Me rhabiller en silence et passer la main sur son bras, le bout des doigts imprimant la chair tendre des poignets.

Raide.

 

Je suis sûre qu’il sait sinon il aurait pas retiré ses doigts si vite. Je regarde ma montre, calcule machinalement: dans dix minutes on sera à Watertown.

On n’est allergique au contact de quelqu’un à ce point là que quand on le hait. Je le mérite, qu’il me déteste.

Quelques heures seulement en arrière, et j’étais avec lui: la douche m’a pas aidée. Je suis sale.

Sale et moche de ce rodéo avorté.

 

Beaucoup moins rock and roll baby.

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