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Anotherwhiskyformisterbukowski Le blog musical qui ne prend pas les enfants du bon dieu pour des canards sauvages

Chroniques à brac par

With you

jeudi 2 février 2012 - Commentaire : 1

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J’arrive plus vraiment à respirer : tête qui tourne, en sueur, une mèche un peu collée sur le front. Je roule sur le côté, me penche et je te pique une Camel : tu ris, parce que tu sais que je ne fume pas. Tu m’en as proposé une tout à l’heure, j’ai décliné. T’ai dit que j’aimais pas mais que voir un homme fumer, c’était un truc que je trouvais très sexy. Ça a été ton premier sourire: il m’a fichu un sacré coup au ventre. Putain.

Je la place sur la table de nuit, à côté du téléphone. Le radio-réveil indique 6h41. Fantasme un peu débile : rejeter la gorge en arrière en crachant la fumée, secouer les cheveux quand tu ne seras plus là. Le nuage âcre qui tourbillonne autour de toi, je veux le faire mien un peu plus tard, une fois que tu seras sorti. On regarde le plafond, deux gosses qui ne savent plus où se mettre. On est bien appris, après être tombés dans les bras l’un de l’autre, après avoir ravagé mon lit qui pourtant en a vu d’autres: d’éphémères amants, des peaux qui brûlent, des verres renversés et des clopes qui trouent le coton.

C’est une connerie si belle qu’il n’y a rien à en dire. Tu aspires ta cancéreuse, je le visualise même si j’ose pas te regarder, j’écoute juste ta respiration.

Tu repars dans pas longtemps. Retrouver qui j’en sais rien, je m’en fous, mais tu te barres. Fracasser l’horloge, la montre. Je voudrais te retenir, je ne sais pas comment. Les mots et moi, c’est pas commode. A la soirée d’une vague pote je m’emmerdais ferme: puis t’as débarqué, sublime accident. Je m’arrimais à mon whisky, j’aurais jamais osé t’aborder. C’est toi qui as fait tout le boulot : tu m’as tenu de grands discours empreints de misogynie, je te matais en rigolant. J’ai embrayé, violant ma timidité. Tu faisais de l’esbroufe. J’ai adoré ça, à la première seconde. M’en mettre plein la gueule, me remplir de tes délires, c’est ce que tu voulais : tu l’as dit après tout bas. J’acquiesçais un peu stupide tout à coup, les doigts crispés sur mon verre. En quelques dizaines de minutes, c’était plié : fallait qu’on baise. Nos peaux allaient se répondre, certain. Tes longues jambes repliées sous toi, on bataillait ferme pour savoir qui de nous deux aurait tort en premier. Excitant.

Tes mains sur mes poignets, t’as lancé l’assaut. Je t’ai répondu du mieux que j’ai pu. Sexes mouillés, corps en oraison. Pas temps de poser des questions, juste constater l’évidence : tu bandais, je crevais d’envie. Rien à faire d’après.

Sauf qu’après, c’est maintenant. Même couchés côte à côte, on se fuit un peu. On connaît ce goût un peu dangereux, cette soif de l’autre qui taraude trop vite. L’urgence du désir, qui t’a fait me plaquer contre la porte, qui nous a fait éparpiller les fringues à travers toute la pièce, qui faisait trembler mes doigts quand j’essayais d’ouvrir cette foutue capote.

C’est con, quand on y pense: on sait protéger son corps d’un peu de plastic mais on se défend si mal.

Au plafond, y a une tâche grise juste à côté de l’ampoule nue. Je comptais pas rester ici vraiment, alors j’ai jamais pris le temps de lui foutre un lustre autour. Dix ans après, je suis toujours là. A attendre je ne sais quoi.

Peut-être était-ce toi.

 

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