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AND THE WINNER IS

mercredi 7 mars 2012 - Commentaire : 1

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Le sacre international de The Artist n’aura pas été unanime. Un peu partout, des petits malins ont remis en cause la décision des jurys. On explique pourquoi, dans de longs articles, la victoire du film est dû à un bon lobbying, des votants vieux et blancs ou bien encore le retour de la valeur nostalgie dans le champ culturel. Pendant ce temps-là, sur Facebook, mes amis du vrai monde s’interrogent : « je n’ai pas aimé The Artist, suis-je normal ? ». Une question qui doit se retrouver sur Doctissimo. Et quelque part, ce contrecoup négatif est sain, il montre une pluralité des avis, des divergences d’opinion. A titre personnel j’ai trouvé le film sympa sans plus, mais qualitativement bien inférieur au reste des nommés. Ce qui me permet d’avoir un avis, c’est avant tout de l’avoir vu, tout comme j’ai vu la plupart de ses camarades en lice. C’est la magie du cinéma, de pouvoir prendre connaissance d’une œuvre en deux heures, pour un tarif modique et investissement personnel minimal.

Notez que vous pouvez remplacer cinéma par musique dans le paragraphe précédent et cela fonctionne aussi. Là où ça se casse les dents, c’est quand on parle de littérature. Les prix littéraires ne sont pas livetweetés pour des raisons évidentes, mais peu non plus débattus. Alors qu’on y trouve au moins autant d’impostures et autres injustices. Le problème, c’est que quasiment personne n’a pu prendre connaissance de la teneur de tous les nommés.

On retombe sur ma petite marotte personnelle : la différence de traitement entre les livres, et le reste de l’industrie culturelle. Ce n’est pas anodin si en France personne issu du net n’a réussi à émerger en littérature générale classique. Là où une mixtape balancée sur MySpace ou un court métrage uploadé sur YouTube peut vous ouvrir des propositions, un manuscrit proposé gratuitement ou auto édité n’a jamais crédibilisé personne dans l’hexagone (on ne compte pas les blogs, parce que le blog, c’est une autre forme d’écriture et de narration). Vous pouvez aller voir du côté de la plateforme sociale We Love Words pour vous en convaincre : des milliers de joueurs et pas un seul gagnant. La raison est toute simple : s’il faut quelques minutes d’écoute passive pour jauger un MP3, ou quelques minutes de visionnage passif pour juger une vidéo, il faut se consacrer entièrement et longuement à un texte pour en venir à bout. D’où les centaines de textes qui vivotent à 20 vues, 20 ventes, qui font leur buzz d’escargot.

Ce qui me ramène aux prix littéraires.

Non seulement il faut s’enfiler des heures de lecture active à tête reposée pour aller au bout d’un bouquin, mais il vous coûte minimum le double d’une place de cinéma. Pour les vrais gens du monde réel, il est trop compliqué temporellement et financièrement parlant de prendre connaissance d’une bonne partie de chaque liste de finalistes de prix littéraires. Ce qui signifie que peu de monde se rebelle face au gagnant, à défaut de savoir qui méritait mieux. Et les perdants voient leur risque de disparaitre de la mémoire de l’époque bien plus grand que celui d’un film. Si je vous demande les finalistes du Goncourt 2011, vous les avez là ? Je suis certain que vous aurez encore ceux des Oscars et des Grammy en tête dans un an. Parce que vous les avez vu, vous les avez écouté.

Les livres ont cette différence avec les autres produits culturels qui est que le choix de ce qui est sacré comme bon, comme meilleur, nous échappe. Les perdants ne se relèvent que trop rarement de leur échec, sauf à profiter de la seconde chance d’une sortie poche, d’un engouement secondaire. L’histoire littéraire française s’écrit en grande partie sans ses lecteurs, sans que ce soit forcément leur faute. Tout ce qu’ils peuvent faire c’est lire un peu plus, un bouquin inconnu pour chaque bouquin connu. Et parler, entre eux, avec les autres.

Pendant que d’autres conspirent dans l’ombre, les couteaux acérés, pour un jour prendre la place des jurés, persuadés qu’à leur place, ils feront mieux.

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  • Probable que l’adage ” l’Histoire est écrite par les gagnants ” fonctionne autant en culture qu’à la guerre. Via une méconnaissance générale du public dans le domaine littéraire, ou une impuissance à peser dans la balance par tout notre poids de citoyen lambda, dans 10, 15, 20 ans on se souviendra des gagnants des dits concours et prix, les plaçant alors en haut de la liste, la référence sur laquelle on jauge le reste. Si untel est considéré comme le meilleur, pourquoi m’embêter à chercher ailleurs alors qu’on me dit : ” Voici ce qui est bien. ” ?

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