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Chroniques à brac, Musique par

C’était il y a six ans

vendredi 30 mars 2012 - Commentaire : 0

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Au départ, c’était il y a six ans.

Tout a commencé au loin. Je t’ai aperçue dans un café, derrière une vitre en verre aussi épaisse que mes lunettes de l’époque. Un peu trop sérieuse sûrement, mais ce n’est pas ce que j’ai vu en premier. Tes cheveux blonds, épousant tes joues rondes. Tes longs cils noir charbon, tes yeux verts. Et ton livre. L’attrape-coeurs. Ce jour-là, tu as attrapé le mien.

Quel ne fut pas ce hasard de te revoir quelques jours plus tard, ce soir de novembre. Il faisait froid, la météo avait prévu qu’il neige dans la nuit. Une des rares fois où j’ai osé venir chez un ami après une longue journée de cours à l’université. A vingt heures, je suis arrivé. A vingt-et-une heures, j’avais les yeux rivés sur toi. A vingt-deux heures, on a commencé à se parler.

Lorsque tu as enlevé mes lunettes, pour voir quelle tête j’avais sans mes culs de bouteille, je crois que c’est ce qui m’a fait définitivement tomber amoureux de toi. Ah, c’est peut-être aussi parce que c’est la première fois que ta peau a effleuré la mienne. Je ne raconte pas à quel point j’étais tendu. Dans tous les sens du terme.

Puis le reste de la soirée, on a parlé. Parlé. Parlé. Je crois que je n’ai jamais parlé autant en si peu de temps; pas même à mon psychologue, et pourtant, je le payais quarante euros de l’heure pour cela. Et puis le flou. Vers quatre heures du matin, tu es partie, et m’as laissé au stylo bille ton numéro, sur un paquet de cigarettes.

Et puis je t’ai rappelé. Plusieurs fois sans même laisser passer la première sonnerie, tellement j’étais effrayé. Je t’ai appelé quand j’étais dans le métro, sur un banc, dans la rue, dans mon lit, et même dans les toilettes. Je t’appelais quand penser à toi ne suffisait plus à me satisfaire.

Un jour, j’ai eu le courage de laisser sonner. Et tu as décroché. J’aurais préféré le répondeur, histoire de laisser un message parfait. Au lieu de cela, j’ai bégayé quelque chose qui ressemblait à une invitation. Et tu as accepté. Je n’aurais jamais pensé.

On a commencé à se fréquenter. Souvent. Cinéma, restaurant, on aurait pu refaire le Petit Paumé ensemble. Un jour, tu as pris ma main. Le lendemain, je t’embrassais après un deuxième café, devant la brasserie la plus glauque de la ville. Mais on s’en fichait.

Les jours, les semaines, les mois ont passé. Tu avais tes études, j’avais les miennes. Nous visions chacun de bonnes notes pour nos partiels, un diplôme. Je me souviens d’un premier été d’une chaleur accablante; nous sommes partis à la mer, tous les deux, dans ma vieille Peugeot.

Puis des disputes. Sur l’avenir. A cause de ta mère, à cause de la mienne, à cause du chat que tu avais recueilli, auquel j’étais allergique. Puis des réconciliations. Du sexe, des frayeurs, des oublis de pilule, des tests, d’autres tests, et plus de préservatifs dans le panier lorsqu’on faisait les courses.

Deux ans après, diplôme en poche, notre premier appartement ensemble. J’ai un travail. Toi aussi. On enchaîne notre vie, métro, boulot, dodo. On se bouche les oreilles quand on nous parle de mariage, on ferme les yeux quand on ose encore mêler nos corps, on se tait quand on sent le ton monter. On se connaît presque par coeur.

Un jour, j’ai rencontré une autre femme. Belle, sensuelle, qui me faisait vibrer comme lorsque je t’ai vue pour la première fois. Je ne l’ai jamais touchée. J’aurais voulu, j’aurais pu. J’aurais peut-être dû.

Les années passent. On pense à notre carrière, on sort boire des coups après le boulot, on se rappelle la fac. On s’éloigne de temps en temps, pas dans l’espace mais dans la tête. On ne pense plus pareil. Alors tu repars chez tes parents quelques temps. Tu me reviens aimante. Belle comme au premier jour.

Je ne voyais plus cette plaquette sur la table de nuit depuis déjà quelques mois. Sans vraiment m’en rendre compte, sans vraiment te demander pourquoi. J’ai vingt-huit ans, un travail stable, la vie devant moi. Hier, tu m’as murmuré qu’un nous va grandir en toi pendant neuf mois.

J’ai pleuré, je crois. Et puis j’ai retiré mes lunettes. Et je me suis rappelé. C’était il y a six ans.

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