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Anotherwhiskyformisterbukowski Le blog musical qui ne prend pas les enfants du bon dieu pour des canards sauvages

Chroniques à brac par

Coquelicots

samedi 30 juin 2012 - Commentaire : 0

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Le soleil lourde méchamment les champs, étirant ses grands bras jaunes jusque sur les ballots, jouant à qui est le plus fort avec l’ombre. Les brins vert gras et moi. Dans mon dos, la terre chaude encore commence à suinter. L’humidité sur les reins veine en longs tracés, parcourt, invente des sinueuses. Je plisse les yeux, les nuages entre les fentes étirés comme du coton. On y voit ce qu’on veut: leur fluctuation se prête à tout. D’imageries imposées en longues dérives, animaux qui se poursuivent, lettres qu’on n’écrira plus, quelque part entre le rêve et l’envers.

Moi je vois leurs profils, elles densifient : des danseuses de fin de soirée, lascives, usées, regard ailleurs au loin. Ondulantes et indéterminées, les filles pensent. Les tissus claquent, leurs corps parlent un autre langage que celui des yeux, tout s’allume et s’éteint à nouveau, stroboscope. Dans une heure ou deux, elles rentreront chez elles, claqueront la porte, réchaufferont un plat minceur au micro-ondes maculé d’éclaboussures, boiront au goulot une bière trop glacée. La petite vie minutée des gens qui ont eu trop de temps. Pas assez. Seules. Trouver quelqu’un, recommencer? Je me demande si elles veulent partir, parfois. Tailler la route, au bord des armes, rien comme bagage que du vent et quelques grains de sable. En auraient-elles la possibilité, l’énergie?

Les filles platines soumises au rythme, diamant, leurs trop plein de dents et de chair s’étiolant comme fanent d’un rien les coquelicots.

Les taches rouges au milieu du blé blond naissent sans prévenir, hirsutes, hissées sur leurs mâts graciles. Les jupons quasi translucides tournoyant, on les croirait petites personnes. Leur prêter des historiettes mimées, vagabonder avec leur valse pour témoin. On s’habitue à leur présence garance puis d’un coup disparition. Les coquelicots meurent sans un bruit.

Mon corps s’enfonce de plus en plus dans l’herbe tiédie, mes cuisses pèsent une tonne, mes épaules sont clouées. Des fourmis colonisent mes hanches, un brin chatouille ma tempe, je m’incorpore au sol. A coté, plus loin, les coquelicots tanguent.

Ciel mauve, j’attends la pluie. Transpercer cette lumière trop crue, dépoussiérer l’air, laver l’airain du jour. Il faudrait des litres d’eau pour adoucir les contours, une main à tenir sous l’averse, à croiser un sourire, et doucement s’évanouir comme l’été. Le ventre brûlant et l’instinct en veilleuse, croire encore au silence dans lequel se font les plus belles histoires.

J’ai toujours aimé la politesse exquise des coquelicots.

 

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