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Nouille York

vendredi 9 novembre 2012 - Commentaires : 2

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Cette semaine dans la rubrique Jeu de Massacre au Cinéma, je te parle de Nous York, ou pourquoi quand je vois des films pareils j’ai très envie de me crever les deux yeux.

 

 

A priori, tout porte à croire que Géraldine Nakache sait comment on fait un film. (La preuve, elle a offert au cinéma français Tout ce qui brille en 2009 – film que je n’ai pas eu la (mal ?)chance de voir, je m’abstiendrai donc ici de toute comparaison). Elle sait comment fonctionne une caméra, comment s’articule un scénario, comment on peut donner de la profondeur aux personnages via leurs dialogues, et comment emmener les héros d’une aventure à travers une histoire. En théorie.

Parce qu’en pratique, il apparaît qu’elle a du mal à appliquer ces principes. Personnellement en sortant de la projection de son dernier film, j’ai envisagé de contacter mon avocat pour porter plainte tellement j’étais scandalisée par la médiocrité de ce que je venais de voir. Mais ce qui me peine le plus, c’est de constater que des films comme Nous York bénéficient de financements, alors que partout dans le monde des films sans budget croupissent dans les tiroirs. Des vrais films, avec un scénario qui tient la route et tout.

Le scénario de Nous York, justement, parlons-en. Il est faiblard, mais il est bien là, tapi dans l’ombre, discret et famélique : trois grands dadais de la téci (Puteaux en l’occurrence, neuf-deux représente) partent en voyage à New York rejoindre deux de leurs pineco parties quelques mois auparavant vivre le rêve américain. Ensemble, ils vont découvrir la Grosse Pomme et vivre des aventures parfois gaies (youpi) et puis parfois un peu tristes (snif). Bien dissimulée pendant la première partie du film, ce n’est que vers la fin qu’on aperçoit une certaine volonté de la part de la réalisatrice de donner à ses personnages une profondeur psychologique. En effet, pendant la première demi-heure, on a juste l’impression que Nakache et ses copains sont partis en citytrip avec leur caméra, et qu’ils ont filmé les moments les plus banals de leur visite. Paumés dans les rues de Manhattan, Manu Payet et ses deux potes ont tout du touriste franchouillard insupportable : incapables de comprendre un seul mot d’anglais (« Il a dit quoi là ? J’ai pas compris ? Tu lui as répondu quoi là ? Ca veut dire quoi ce truc ? ») mis à part « Obamaaaaa ! » qu’ils se lancent au visage comme une injonction tout au long de la journée, ils passent pratiquement deux heures à se crier dessus en verlan tout en dépensant dollar après dollar sans imaginer qu’ils risquent très vite d’être à court de fric. Ce qui arrive, bien entendu, mais hors de question pour la joyeuse bande de crécher à l’auberge comme des prolos : c’est connu, le logement à New York c’est pas galère du tout, trop facile de squatter dans des lofts luxueux avec vue sur le Brooklyn Bridge. Y a pas photo avec les HLM des Hauts-de-Seine, t’as vu. Heureusement que Samia et Gabrielle se bougent un peu pour gagner des sous afin de permettre à leur trois clampins de copains de poser leurs baskets dans un lit d’appoint.

Bref, après une première partie déjà pas très crédible, le semblant de scénario fait son apparition, pour nous expliquer que sous leur désinvolture, cette petite bande couve une profonde détresse. Parce que oui, cher spectateur, derrière son scénar en carton, Nous York porte un vrai message : peu importe le nombre d’océans qu’on peut franchir pour s’éloigner du Pôle Emploi de sa banlieue, les gens que l’on aime seront toujours là pour nous rappeler qui on est et d’où on vient. Un message qui aurait pu être touchant s’il n’était pas livré par des acteurs tous plus énervants les uns que les autres : les rôles masculins semblent partager un seul et même neurone en plus du même air demeuré (mention spéciale à Baptiste Lecaplain, pourtant excellent dans Bref, qui semble ici représenter le quota yeux bleus pour éviter que Copé ne taxe le film de racisme anti-blancs). Quant aux nanas, elles font preuve de bonne volonté, mais cette dernière est hélas noyée par des répliques d’une nullité quasi-surréaliste. L’intégralité des dialogues du film est d’ailleurs aussi creuse que le scénario pré-cité. Rares sont les moments où l’on entend une phrase dans un français correct avec sujet-verbe-complément : le film fait la part belle aux blagues fadasses, au verlan à tire-larigot et au franglais tragicomique. Un champ lexical affligeant, à base de relou, reus, véner, grave, chanmé, jkiffe…  et « Obamaaaaa ! » bien sûr.

Bref, Nous York est un bel exemple de ce que la France peut produire de pire au niveau cinématographique. J’aurai un seul bon mot, et il sera bref : dans ce naufrage, la photographie colorée et les beaux plans de Manhattan sauvent l’aspect purement visuel et esthétique, offrant au film la possibilité d’être regardable si l’on se munit de boules quiès. A part ça, le dernier opus de Melle Nakache confirme deux choses : dans la carrière d’un réalisateur, le deuxième film est souvent plus faible, surtout si le premier était un gros succès. Et deuxièmement, faire un film avec ses potes et son mec c’est pas forcément une mauvaise  idée la première fois ; mais à trop suivre l’adage « on prend les mêmes et on recommence », le spectateur a l’impression de visionner le film de vacances de gens qu’il ne connaît pas. Du coup, forcément, il se sent exclu. En gros, Nous York, c’est une private joke cinématographique. Voire même une grosse blague tout court.

crédit photo : Pathé Films

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  • Malheureusement pour le film, cette critique résume bien ce que j’ai vu. Ce qui fait chier aussi, c’est tous ceux vraiment doués qui ont des vrais projets mais qui ne verront jamais le jour car on préfère ouvrir bien grand les portes à ce cinéma poubelle.
    Sans parler de toute la promo insupportable qu’on a du bouffer. Encore une fois ca confirme, comme trop souvent, qu’une grosse promo cache en général un gros navet.

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