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Les 10 trucs pour parler BD

mardi 28 janvier 2014 - Commentaire : 0

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Scott McCloud - L'Art Invisible - 1993

Les 10 trucs pour parler de BD en société.

La semaine prochaine c’est le 41e Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême, alors j’vous donne des pistes pour parler Bande Dessinée en société.

Souvent, il m’arrive de voir des BD que j’aimerais lire, mais vous savez comme moi que la BD, benh, ça coûte un bras. Vous me direz alors que “ouais, mais t’as qu’à lire de la BD numérique, ça coûte moins cher et l’offre est de plus en plus grande”, oui, mais non.

Pour moi la BD c’est avoir le bouquin dans les mains, tourner les pages, en sentir l’odeur,
retourner à telle ou telle page, le tout calé dans mon canap’ / lit, avec une clope et un café.
J’dis pas, j’ai lu la prépublication de Lastman sur Delitoon, mais j’ai acheté direct le bouquin.

Lastman - Michaël Sanlaville, Bastien Vivès, Balak - 2013

Bref, tout ça pour en venir au fait que je ne peux, hélas, pas tout lire, et que si j’ai
envie de briller en société et de parler du dernier Blutch, Trondheim ou du dernier Larcenet sans l’avoir lu, il va falloir trouver des subterfuges et filouter sauvagement.

Je vous donne 10 trucs pour parler BD :

1 – Ne parlez plus de BD mais d’Art Séquentiel.

2 – Parlez des cases qui, prises indépendamment, vous procurent une telle joie visuelle que c’en est des chefs d’œuvre. Parlez de la composition, de la perspective, de l’équilibre des clairs-obscurs et / ou de la balance des couleurs.

3 – Mais parlez également de ce qui ressort globalement de toutes ces cases.

4 – Parlez, et là c’est hyper important, de tout ce qui n’est pas dit. L’Art Séquentiel (tavu j’mets en œuvre ce que je te dis), l’Art Séquentiel donc, c’est l’art du non dit, de la suggestion, de l’accompagnement du lecteur dans sa progression de lecture.

5 – Vous pouvez donc, du coup, et là c’est plus malin, parler de la façon dont l’auteur casse ce jeu, induit par le médium de la séquence. Parlez des espaces entre les cases, de comment le dessinateur vous fait passer d’une case à une autre.

6 – Parlez de la façon dont le dessinateur joue avec les icônes. (Attends, je m’explique.) C’est la même idée que si je vous dis “pensez à une couleur et un outil”. Majoritairement, les gens penseront à un marteau rouge. Et c’est là la clef de la représentation iconique en Bande Dessinée. Alors évidemment, dans une BD comme Les Blondes, ou Les geeks (ou tout autre BD sur une corporation précise, qui sont pour un public non habitué au code de la BD), on va pas remettre en cause la représentation iconique. Et ce n’est pas du tout une critique. L’auteur fait en sorte d’être compris rapidement par son lectorat. Rien de plus normal. MAIS, et c’est là où la BD est un art, c’est lorsque le dessinateur emmène son lecteur dans une représentation nouvelle et différente en remettant en cause ce qu’il attend ou croit être acquis.

On voit encore des BD où un téléphone fait DRING DRING.

7 – Parlez de Will Eisner, c’est le père de la BD moderne, que l’on appelle “Roman Graphique”, un prix porte même son nom, ça claque toujours de le placer.

8 – Dans le même ordre d’idée, placer un petit Art Spiegelman (Maus, 1986), un Manu Larcenet (Blast, 2009), un Lewis Trondheim (ce mec est une machine de production, vous pouvez juste parler de son nom), vous place pas mal dans le BD Game.

Blast - Manu Larcenet - 2009

9 – Il est de plus, de bon ton de parler également de la production japonaise, après des années de dénigrement par ce que l’on appelle la “BD Franco-Belge”. Le manga est reconnu comme une partie importante et majeure de l’Art Séquentiel. On le reconnait comme un coup de fouet dans le monde de la BD, tout étant très codifié, voire même enfermé dans ses propres références.

Je fais un petit aparté sur le manga et sa représentation iconique car il est représentatif de ce dont je parlais plus haut.
On vous dessine un rond avec deux points à l’intérieur et un trait, vous y voyez un visage. Néanmoins, on vous montre deux ronds et un trait qui les joint, vous n’y voyez pas nécessairement une moto. Et c’est là l’enjeu de la représentation iconique ! Elle questionne notre représentation au monde et comment nous nous y projetons.

Et dans le manga elle est très marquée ! Les personnages sont rarement hyper réalistes, par contre les objets, leur environnement, sont des claques visuelles. J’ai rarement vu des objets ou des décors aussi bien dessinés et réalistes que dans la BD japonaise. Leur façon de dessiner des véhicules, par exemple, est folle. (Pour des décors de folie, où vous vous arrêtez sur chaque case en vous disant “merde quoi”, je vous conseille Appleseed (1985) de Masamune Shirow, qui est le père de Ghost in the Shell (1989).)

Appleseed - Masamune Shirow - 1985
Et peut être que cette année, nous aurons un grand prix d’Angoulême qui sera décerné à un japonais, Katsuhiro Otomo (Akira, 1980).

Katsuhiro Otomo - Akira - 1980
(Il a fallu attendre 2013, alors que le Grand Prix existe depuis 1974, pour qu’un japonais ait une récompense, et ce n’était autre que Akira Toryama !)

Akira Toriyama - Dragon Ball - 1984(Petit aparté fermé).

10 – N’oubliez jamais d’en parler avec passion, d’échanger et puis finalement, peu importe comment vous en parlez, ce qui compte c’est la façon dont ça fait écho en vous. J’ai chialé à la fin d’Asterios Polyp de David Mazzucchelli (2009), par exemple. (BD qui a été récompensée
par un Prix spécial du Jury d’Angoulême en 2011)

Asterios Polyp - David Mazzucchelli - 2009

Achetez, lisez de la BD, suivez les 24 heures de la Bande Dessinée, allez à Angoulême !

(Et je n’ai pas parlé de la BD numérique, des blogs BD, de Boulet, de Bastien Viviès, et de tellement d’autres choses…)

Si le sujet vous intéresse je vous conseille L’Art Invisible de Scott McCloud (1993) qui en parle un milliard de fois mieux que moi. (Scott McCloud est l’auteur qui a inventé le concept de 24 heures de La Bande Dessinée, c’est un peu notre tortionnaire d’amour à tous.)
Cette chronique est une déclaration d’amour à la BD, vous l’aurez j’espère compris, et pour me rappeler que je n’en lis pas autant que je le souhaiterais.

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