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Et si on prenait le temps de l’oublier?

samedi 7 mars 2015 - Commentaires : 3

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Roland Barthes, mes amis, disait déjà en 1977 (encore, diront certains) que la photographie avait à se libérer de deux “alibis”: “tantôt on sublime [la photographie] sous les espèces de la “photographie d’art” qui dénie précisément la photographie comme art ; tantôt on la virilise sous les espèces de la photo de reportage, qui tire son prestige de l’objet qu’elle a capturé”.

Alors moi, je commence par vous citer du Roland Barthes, mais en fait c’est après avoir fait un tour sur le site du centre Georges Pompidou que j’ai pris connaissance de cette citation. Florence Morat, la rédactrice de la présentation à laquelle je fais référence (http://mediation.centrepompidou.fr/education/ressources/ENS-photocontemporaine/ENS-PhotoContemporaine.htm#intro) s’empresse, dans le même mouvement, de déclarer pompeusement que la libération tout ça, c’est fait, et que maintenant la photographie contemporaine elle est toute libre et belle.
Bon. C’est précisément ce que je reproche aux gens qui fréquentent un peu trop le centre Georges Pompidou: ils vivent un peu dans leur bulle coupée du monde. Combien de fois entend-on que l’art contemporain est un art élitiste, tantôt bobo, tantôt hipster, mais jamais réellement ouvert à tous?

Je ne vais pas m’interroger ici cent cinquante ans sur la légitimité ou non de l’art contemporain. Je me contenterai de partir du constat assez évident que celui-ci est assez marqué socialement et que quand Florence Morat prétend que la photographie contemporaine s’est libéré des deux écueils de Barthes, il est plutôt nécessaire de replacer la phrase dans son contexte: celui, fermé par quatre murs, du centre Georges Pompidou. Au demeurant fort dégueu, comme bâtiment.

Pour moi comme pour vous, qu’est-ce que la photographie? (Je présume que je ne m’adresse pas à un public exclusivement composé d’étudiants en photographie, hein)

Chez moi, ça évoque assez immédiatement des domaines qui lui sont externes, comme la pub, la mode, et même des trucs plutôt banals et quotidien comme ma carte d’étudiant, d’identité, les affiches que j’ai dans ma chambre. Ça, c’est de la photographie de tous les jours, omniprésente, de laquelle vous comme moi on peut discuter plutôt facilement. C’est avec elle qu’on a grandi. Et je trouve qu’à chaque fois, elle retombe un peu dans les “alibis” de Barthes: la jolie photo qui ne tire pas sa beauté de l’objet qu’elle présente est toujours un peu “une photo d’art”, à côté de vos photos, “virilisées”, iconiques, de Marilyn Monroe ou Audrey Hepburn ou n’importe quelle autre célébrité. Planquez-vous, les deux du fond qui ont un poster Scarface chez eux.

Je n’ai aucune prétention à délivrer un avis d’expert sur la photo, ne travaillant pas dedans. La prétention, par contre, que j’ai, sera (entres autres) de vous faire découvrir de la belle photographie, que j’aurai apprécié avec mes yeux de néophytes. Libre à vous de m’insulter parce que je n’y connais rien, j’ai une adresse mail pour ça.

Aujourd’hui, par exemple, on parle d’Eve Morcrette.

Eve Morcrette est née à Suresnes, à une date que Wikipedia ne juge pas utile de communiquer (sérieux, Wikipedia?).
En fait, après un court entretien avec la première concernée, il y a une raison derrière cela, raison qui sera certainement l’objet d’un article ultérieur. Toutes mes excuses, Wikipedia. Je ne douterai plus jamais de toi, ou mettons, jusqu’à la semaine prochaine.

La plupart des photographies que j’ai pu voir d’elle sur son site sont en noir et blanc, mais il lui arrive aussi de faire des photographies en couleurs, quand celles-ci deviennent importantes. Jetez un coup d’œil, par exemple, à “Au fil de la Seine”.

Le vert...
Du vert…
au bleu...
au bleu…
en passant par le gris...
en passant par le gris…
et le rose. Morcrette, ou comment faire chanter l'eau.
et le rose. Morcrette, ou comment faire chanter l’eau.

On a vraiment l’impression que les formes seules ne peuvent plus suffire à laisser une certaine nature s’exprimer; l’eau se fait alors l’écho privilégié d’un certain endroit, à un certain moment de la journée.

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Ce qui est entres autres très intéressant chez Morcrette, c’est sa façon si personnelle de capter la femme, qui est souvent le sujet de ses représentations. Je trouve proprement fascinant sa manière de saisir, par exemple dans les photos regroupées sous le titre d’Elsa, la fragilité redoublée de l’instant qu’elle capture et de la fillette que cet instant met en situation.

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morc7-Eve-Morcrette

Mais c’est peut-être aussi mon obsession quasi-pathologique pour Virgin Suicides qui revient, en fait. Je ne saurais pas trop dire. Ceci dit, je pense qu’il ne serait pas tout à fait inintéressant de rapprocher Morcrette de Sofia Coppola: ce sont deux femmes qui, chacune de leur manière, se posent comme objet de représentation le corps féminin et les propriétés esthétiques qui lui sont propres.
Morcrette met également en situation des femmes plus fortes, plus animales, qui semblent presque défier le spectateur par leur personnalité mystérieuse, mises ici aussi en situation (plutôt qu’en scène, le détail a son importance aux yeux de la photographe) au travers de poses particulièrement expressives.

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morc9-Eve-Morcrette

ref 1444-30-Eve-Morcrette  Eve Morcrette

Eve Morcrette
Bref. Je pourrais vous parler de Morcrette de façon bien plus longue, mais ce ne serait que blablater interminablement sur mon ressenti, qui, après tout, ne vaut fondamentalement pas plus cher que le vôtre. Prenez plutôt mon élan élégiaque comme une modeste présentation qui, je l’espère, vous donnera envie de découvrir ses œuvres avec le même plaisir que j’en ai eu.

D’ici à la prochaine fois, portez-vous bien. Bisous.

Merci à Cécile pour la jolie découverte qu’elle m’a fait faire.
Merci à Eve Morcrette pour sa bienveillante relecture et l’aimable autorisation de publication de ses photographies.

 

Si vous souhaitez découvrir un peu plus du beau travail d’ Eve Morcrette, je vous redirige vers son site personnel: http://evemorcrette.wix.com/artiste-photographe

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