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Igorrr, ma vie, ma bataille

lundi 27 avril 2015 - Commentaires : 2

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Beaucoup d’entre vous doivent connaître Igorrr. Et pourtant…

Et pourtant, je fais quand même un billet dessus. Pourquoi, me demanderez-vous, le cœur saisi d’angoisse et les lèvres tremblotantes? Et bien, mes lapins, parce qu’Igorrr fait partie de ces artistes qui se tiennent, souvent involontairement, à ce point précis de la hype qui les rend complètement invisibles aux yeux du grand public et particulièrement scintillants dans les cercle de connaisseurs.

Du coup, quand vous tapez Igorrr dans Google, vous tomberez dans l’ordre sur sa page Wikipedia, son site officiel, son Soundcloud, un lien Youtube vers Halelujah, une de ses chansons les plus connues, mais point d’article de grand journal sur l’animal.
Oh, des foufous ont bien écrit des articles sur lui, mais ce sont bien trop souvent des métalleux sur des sites de métalleux. Quid de la presse généraliste? Allons voir du côté des Inrocks: la réponse est digne d’intérêt: “pas d’article, mais cela ne saurait tarder.” Ben voyons.

Alors après, c’est peut-être moi, hein. Quand je pense presse musicale généraliste, ce sont les Inrocks qui me viennent en premier à l’esprit. Rock & Folk en deuxième, à la rigueur. Mais les deuxièmes n’ont pas été plus emballés que les premiers, alors que je mettrais ma main à couper que chez les deux canards, il y a des gens qui connaissent et apprécient Igorrr mais rechignent à écrire sur sa musique.

De deux choses l’une: soit je suis dans l’erreur sur toute la ligne, je surestime le succès d’Igorrr (enfin merde quoi, le mec est allé jusqu’à Berlin pour y donner ses concerts. BERLIN bordel de merde, c’est pas rien surtout quand on voit où il passait: le Berghain, qui était alors peut-être le plus fameux des clubs électros européens; et aujourd’hui, il cumule presque 50 000 j’aime sur FB. J’ai peut-être du mal à me rendre compte, mais c’est beaucoup 50 000, non?) et je vis dans une bulle de marginaux où tout le monde connaît, écoute et adule Igorrr, soit les journalistes officiels sont dans le péché éditorial, et il faut que quelqu’un fasse quelque chose.
Il faut que JE fasse quelque chose.

Aujourd’hui, vous l’aurez compris: on parle d’Igorrr.

Bon, pour éviter que ceux qui connaissent déjà se mettent à ronchonner, je vais commencer par balancer le lien d’un des derniers titres postés sur son compte Soundcloud, qui est comme d’habitude avec les morceaux d’Igorrr…

(Ouais, ça date de 2010  bizarrement, c’était sur Nostril)

A cette avancée de l’article, je suis allé vérifier sur Wikipedia quelques informations. Et là, que vois-je?

Après ces deux premières sorties, et malgré un style de musique peu conventionnel, Igorrr fait parler de lui avec l’album Nostril, sorti en 2010, il est très apprécié par les critiques, et sa musique sort de l’ombre pour arriver sur des médias plus populaires. Le magazine Les Inrockuptibles classe Nostril parmi les quatre plus importants albums Metal / Electro aux côtés de groupes comme Nine Inch Nails, Marilyn Manson et Ministry.

Oups. Alors comme ça, je ne suis pas à la pointe de l’investigation?
Non, plus sérieusement, au temps pour moi. Bon, reste que l’article en question est indisponible, mais passons.

Revenons à notre mouton, qui s’avère de façon assez fortuite plutôt anti-conformiste. Igorrr, en effet, est du haut de ses trois R un des artistes les plus visibles de la scène électro avant-gardiste française. (Oui, je vais quand même présenter le type pour ceux qui ne le connaîtraient pas encore) Quand je m’imagine son parcours musical, je me dis souvent qu’un matin, il a dû se réveiller et se dire un truc du style: “Putain, qu’est-ce que c’est lisse et plat, la MAO actuelle, quand même.” Et dans la foulée, il aurait pondu son premier album.

Dans les faits, le compositeur réussit le miracle d’être constamment surprenant, en cherchant dans ses progressions musicales à aller là où on ne l’attend jamais. Le résultat, c’est qu’il est tout à fait déroutant, même pour ses fans. Un exemple: le début de son dernier EP issu d’une collaboration avec Ruby My Dear, Maigre:

Faites l’expérience, hein. Écoutez attentivement le morceau en essayant de vous faire une idée des cinq prochaines secondes. Faites quand même un peu attention, j’ai vu des gens qui se concentraient trop exploser après une série de spasmes livides. Ça fout de la barbaque plein les murs et ça casse singulièrement l’ambiance.

Mais Igorrr, ce n’est pas seulement un compositeur inventif et déroutant. Ses morceaux, s’ils ont presque tous en commun cet espèce d’univers malsain fait de samples de cris, de citations lugubres, de rythmes extrêmement saccadés, se divisent selon moi en deux grandes catégories:

En passant, ce qui m’a frappé à l’écoute de Maigre, le dernier EP d’Igorrr, c’est que les morceaux se situent pour une fois un peu entre les deux pôles dont je parlais: à la fois plus au service de l’émotion (avec un thème de valse qui revient dans Barbecue ou le long solo final de Biquette, par exemple) sans se couper de ses habituels rebondissements éclectiques. Pour tout vous avouer, si le clermontois pouvait continuer dans ce sens-là qui réunit dans le même élan sa passion baroque et sa créativité breakcore, je pense qu’il atteindrait véritablement le sommet de son art.

Les deuxièmes type de morceaux, pour y revenir, sont typiquement ceux que tu peux essayer de faire écouter à ta daronne pour peu qu’elle soit un peu, pas mal, vachement ouverte d’esprit musicalement.
On en arrive à un point qui m’intéresse, tiens. Igorrr et ce qu’il dit des gens dans leur approche de la musique.

J’veux dire, Igorrr a été pour moi en 2013 un véritable uppercut musical. J’ai écouté et écouté son album Hallelujah à un niveau qui se rapproche plus du fanatisme religieux que de la simple adulation juvénile d’un artiste talentueux. Depuis tout ce temps, j’ai voulu le faire découvrir à plein de gens. Et c’est là que ça devient intéressant.

Parce que ouais, d’accord, c’est pas franchement facile de rentrer dans l’univers musical d’Igorrr. Par contre, je mets toutes les personnes qui l’écouteront dans les années à venir au défi de me soutenir qu’il n’a pas de talent. Et, depuis deux ans, effectivement, même certains puristes de la musique classique m’ont précisé être impressionnés par sa maestria après s’être, bien entendu, empressés de dire que ce n’était “pas leur genre”. (Pas ton genre, mec? Mais Igorrr c’est le genre de personne, c’est un genre qui n’existe pas, c’est la musique qui vient te chercher par l’oreille, qui te secoue pendant une demi-heure et qui te repose en te demandant de ne plus recommencer à prétendre avoir fait le tour de ce que la musique a à proposer. Merde à la fin, petit con étriqué.)

Du coup, très rapidement, je me suis mis à faire écouter Igorrr à un peu tout le monde, tous les profils, vieux, jeunes, classiques, alternatifs. Un peu comme lui parfois, au final: par jeu. Même plus pour le faire découvrir comme le fan dévoué que je sais parfois être, mais juste pour m’amuser de la réaction des gens. Parce que c’est ça aussi, au final, Igorrr: un joyeux drille, qui en marchant allègrement sur les frontières et les codes musicaux, nous met en face de nos propres attentes, de notre capacité sans cesse décriée mais jamais corrigée à tout étiqueter.

Alors, faites-moi plaisir, allez de ce pas faire écouter Igorrr à votre mère fan de Véronique Sanson, prenez sa tête (ou ce qui en reste) en photo et envoyez-la moi.

Bisous.

 

 

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  • J’ai pas encore fait écouter à ma mère, mes enfants çà passe (mais ils n’ont que 14 mois)…quant à moi c’est une découverte. Faut que je rentre dans l’univers, mais j’ai réalisé que mon propre webzine de Metal, plutôt pointu et large d’approche n’avait jamais chroniqué le travail du gars….donc merci partner pour la découverte (car moi non plus, en fait, je ne connaissais pas).

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