Menu & News

Anotherwhiskyformisterbukowski Le blog musical qui ne prend pas les enfants du bon dieu pour des canards sauvages

Graphisme / Street art par

Le tatouage #4 Exécution

vendredi 18 septembre 2015 - Commentaire : 0

Accueil » Le tatouage #4 Exécution

> Les autres parties du dossier, c’est ici: Le tatouage de Hank

C’est le jour J. L’heure H.
Tu pousses la porte de la petite boutique bleue. Le tatoueur est là.
Il demande “Bonjour, ça va bien depuis la dernière fois?”
Tu réponds “oui, très bien”
Il te demande si tu es toujours ok pour le dernier crayonné. Tu dis que oui. Alors il en imprime une première version pour valider la taille. Il dit “là on est à 18 cm de haut”. Tu testes sur ton mollet droit, celui que tu as bien soigneusement rasé hier soir. Oui, c’est bon, c’est la bonne taille.
Alors il fait un stencil à partir du tracé. Il t’invite à passer dans la salle de tatouage. Un lit dur, des meubles métalliques, un sol carrelé…On dirait un cabinet médical. tatouage exécutionLe tatoueur applique le stencil. C’est le même principe que les tatouages Malabar, on passe le papier sur la jambe, on presse et le dessin s’imprime. Il est provisoire mais déjà il arrache grave. Tu regardes dans la glace si le placement est bon. Oui là c’est parfait, pas trop haut pour ne pas être caché par le pli du genou, et pas trop bas pour ne pas être dissimulé par la chaussette, pile sur l’arrondi du mollet, bien centré….
Le tatoueur prépare les buses pour son dermographe. Il utilise du matériel jetable. Il t’explique que c’est plus sûr pour éviter tout risque d’infection. Le dermographe est un genre de stylet métallique en deux parties, le corps qu’il tient à la main et une partie mobile qui va faire bouger l’aiguille. L’aiguille est une tige de métal finie par plusieurs pointes fines. Plus il y a de pointes, plus le trait est épais et moins ça picote parce que, m’explique le tatoueur, la pression est répartie sur une plus grande surface. Il termine sa préparation en remplissant d’encre noire plusieurs petits godets. Car le tatoueur travaille comme le calligraphe, il plonge son instrument dans l’encre avant de dessiner sur ta peau.
Pour ton dessin, il prépare quatre têtes différentes, de quatre diamètres différents, du plus épais au plus fin….Tu commences à penser à la douleur. Mais pas trop. Tu ne sais pas à quoi t’attendre. C’est mieux comme ça.
Le tatoueur est prêt, il te demandes de t’allonger sur la table et de tendre ta jambe. Une fois que la position est fixée, il lance son dermographe. Une vibration de moteur électrique emplit la pièce tandis que l’aiguille se rapproche de ta peau.
On va pas se mentir, ni se bourrer le mou. Oui, ça fait mal. Une douleur franche, pas comme une migraine, une carrie, une lombalgie, une hernie…bref pas comme ces douleurs sourdes et tenaces, ni comme celles que tu ne sens pas arriver et qui se déclenchent pas surprise en envoyant un éclair glacé qu parcourt ta colonne vertébrale pour exploser dans ton cortex. Non, la douleur du tatouage est franche et directe. Elle commence quand le dermographe touche ta peau et s’arrête quand il s’en éloigne. Mais tout le temps que dure l’opération, tu sens les aiguilles. C’est parfois comme une coupure, parfois comme une brûlure. Tu as le dessin en tête, tu sens le mouvement du dermographe. Une petite série de courbes, il dessine le cordage. le tatouage 3Des traits francs, il s’occupe du torii. Des petits points, il peint la montagne… Tu découvres aussi que la douleur est plus ou moins aiguë selon la zone travaillée. Le tatoueur ne te laisse pas souffrir en silence, il te fait la conversation et tu découvres qu’en pensant à autre chose, tout de suite ça va mieux. Tu n’oublies pas totalement ce qui est en train de se passer là bas, dans ton dos, mais ça passe. Le tatoueur commence par le tracé principal, qui correspond aux dessins sur lesquels vous avez arrêté le projet. Une fois ce travail réalisé, il te propose une petite pause. Le temps de souffler un peu et d’admirer le travail. L’encre luisante affleure le derme, elle est d’un beau noir profond. Le travail reprend. Le tatoueur s’attaque désormais aux détails. Le grain de la corde, les pistils des fleurs, les vaguelettes dans la mer, les sapins sur la montagne, l’intérieur du kanji….c’est pour ces travaux fins qu’il prend ces fameuses petites aiguilles. Et le piquant, sur ta peau déjà irritée par le tracé principal, tu le sens vraiment bien passer. Le tatoueur t’explique régulièrement où il en est. Il y a des moments vraiment pénibles, tu as chaud, tu serres les dents, tu prends des respirations lentes et profondes, la douleur s’estompe un petit peu…Enfin, après trois heures de travail, le dermographe se tait. Tu peux contempler le dessin dans sa plénitude….

Le tatoueur t’explique alors que le tracé n’est que la première étape du tatouage, qu’il faut maintenant que ton organisme l’assimile. La cicatrisation va prendre entre dix jours et trois semaines (ça dépend de ta peau). Pour la première nuit, le tatoueur entoure ta jambe de cellophane qu’il sécurise avec du sparadrap. C’est pour bloquer les suintements d’encre et de sang que tes pores vont recracher. Il te conseille de prendre un douche le lendemain, de laver avec un savon au ph neutre et de sécher en tamponnant la jambe. Ensuite tu mets un pantalon pas trop serré, et quand la peau commence à te tirailler, tu étales une petite noisette de Biafine. Tu maintiens ce traitement pendant 10 jours à trois semaines et quand tout est bien cicatrisé, c’est que ton corps a enfin adopté son tatouage, et vice-versa. Si, pendant la cicatrisation, des partie du tatouage ont sauté, tu as droit à une séance de retouche gratuite….Le tatoueur te remet une petite carte avec la date de ton tatouage, tu le payes et tu sors.

Tu marches dans la rue, un peu sonné, un peu ému, un peu changé…tu arrives à la maison, tu te poses dans ton canapé et la fatigue accumulée te rattrape. Comme quand tu arrives enfin à te débarrasser d’une migraine qui t’a pourri la journée. Ton corps réclame le sommeil. Le lendemain matin, tu n’as qu’une hâte, enlever le cellophane, te doucher pour découvrir enfin le dessin. Il est tellement beau, tu aimerais le montrer à tout le monde, aller bosser en bermuda. C’est vrai que ça fait un peu mal, mais vu le résultat, le jeu en valait la chandelle. Tu es prêt à remettre ça on dirait!
tatouage exécution

Mon tatouage a été conçu et réalisé par Sailor Roman. Il travaille à Paris depuis plusieurs années mais il vient d’annoncer qu’il fermera son atelier parisien le 27 novembre, pour se rapprocher de la mer…Je lui ai proposé une interview / portrait pour boucler ma série, j’espère qu’il acceptera.

 

Vous avez aimé ? Vous aimerez aussi

«

»

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.