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Anotherwhiskyformisterbukowski Le blog musical qui ne prend pas les enfants du bon dieu pour des canards sauvages

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Canicule

vendredi 13 novembre 2015 - Commentaire : 1

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Après son casse raté, un gangster américain, trouve refuge dans une ferme paumée où tous les habitants sont bien plus dangereux que lui.

Canicule est un film d’Yves Boisset avec Lee Marvin, Miou Miou, Victor Lanoux, Jean Carmet et un inquiétant pré-adolescent incarné par David Bennent (l’acteur suisse qui joue aussi dans le Tambour et Legend). Au casting, on rencontre également Bernadette Lafont, Grace de Capitani, Jean-Claude Dreyfus, Jean-Roger Milo, Jean-Pierre Kalfon et Henri Guibet. Le film date de 1984. Il est adapté d’un roman de Jean Vautrin . C’est un peu la version française de Fantasia chez les ploucs, avec des gueules de cons, des gens moches, immondes, méchants et irrécupérables. Pas un grand film, mais un monument quand même…

canicule 2

Jimmy Cobb est l’ennemi public N°1. On parle d’une époque où on pouvait mettre un visage sur les méchants. Une époque où les portraits des terroristes d’Action Directe étaient affichés partout. Jimmy Cobb, c’est un peu Mesrine. Un hors la loi qui braque des banques et fait parler la poudre. Bref, un sale type. Le gars Jimmy Cobb, américain donc, décide de braquer une banque à Chartres. Sauf que ça tourne mal, un foie jaune vend la mèche, les flics tendent une souricière, une fusillade éclate, il y a des morts, dont un gamin qui se prend une balle perdue. Jimmy arrive quand même à empocher le magot, chauffer une tire et se barrer. On le retrouve au plan suivant, courant dans les champs jaune de blé beauceron, poursuivi par des gendarmes et un hélicoptère. Le gangster enterre son pactole avant de se réfugier dans une ferme paumée, pour attendre que la poussière retombe. La ferme en question, c’est celle de Miou-Miou. Son père, marin nostalgique, a posé là ses bagages et quand il est mort, la fille un peu paumée s’est laissée sauter par le premier garçon de ferme venu qui lui a collé un polichinelle dans le tiroir et a disparu. Un second larron s’est pointé (Victor Lanoux), lui a mis la bague au doigt avant de lui imposer son frère alcoolique (Jean Carmet), qui tient un garage installé au milieu de nulle part où il construit une reconstitution de la France coloniale et sait décourager les rares visiteurs espérant avoir affaire à un vrai garagiste :

Carmet : y’a pas de courant
Kalfon : donc y a pas d’essence?
Carmet : ici c’est pas la peine, y a pas de voitures.
Kalfon : donc y a pas de clients?
Carmet : Ben non puisqu’il y a pas de route!

Le dernier membre de cette belle fratrie est la sœur boiteuse et nymphomane, aussi chaude qu’une baraque à frites (Bernadette Lafont) “tu me soulèveras en l’air avec ton foutre”. Bref, une jolie petite famille, moins meurtrière que la fratrie dégénérée de Massacre à la tronçonneuse mais bien plus inquiétants car bien plus crédibles. Moches, crades, difformes, abîmés et irrécupérables… Tu te souviens que dix ans plus tôt, le même Yves Boisset croquait déjà Jean Carmet en méchant con dans Dupont Lajoie (je t’en ai parlé là: mon billet sur Dupont Lajoie). Et bien en 1984, Jean Carmet montre qu’il est toujours capable de jouer les méchants cons, et Victor Lanoux aussi. Parce que ces deux là, ils font la paire. Le couple Lanoux / Miou Miou bat sérieusement de l’aile. La jeune femme passe ses journées, enfermée dans sa véranda, sourde aux arsouilles des deux frères, à Lanoux qui maltraite son fils, à la Bernadette qui saute sur tout ce qui bouge. Elle attend un signe et quand le père Jimmy pointe son nez, elle sent que l’heure de la revanche a sonné. Elle accepte donc avec abnégation les humiliations de son moustachu de mari, notamment dans cette scène terrible où Lanoux tire un petit coup post-prandial en attrapant Miou-Miou contre la table du déjeuner pendant que celle-ci continue à ramasser les miettes du repas.

Ce que Jimmy Cobb ne tarde pas à découvrir, c’est que tout se sait en Beauce. Sa cachette est rapidement découverte par toute cette jolie petite famille. Le fils de Miou – Miou, interprété par l’inquiétant David Bennent trouve le magot et le cache dans ce genre de planques que les gamins sont seuls à connaître. Miou Miou, au courant, essaye de convaincre Cobb qu’elle l’aidera si il assassine son mari. Ensuite ça se complique. Carmet et Lanoux arrivent à emprisonner Cobb qui est libéré par Bernadette Laffont contre une petite gâterie. Pendant ce temps, les complices de Cobb s’associent avec les maquereaux d’un bordel local pour essayer de remettre la main sur l’américain et le magot. Et bien sûr, les flics qui ne lâchent pas l’affaire installent un agent particulièrement crétin en vigie dans la ferme. La canicule tape sur les nerfs de tout le monde et la dernière nuit est un véritable carnage. Tout le monde y passe. Les macs tués par Cobb, le flic tué par Carmet, deux campeuses tuées par Lanoux, la bonne qui se suicide pour que Lanoux ne l’envoie pas à l’hospice, Lanoux tué par Miou-Miou, Carmet tué par Cobb, Cobb tué par lui-même…dans cette énorme boucherie un peu gratuite, les deux seuls qui s’en sortent sont Miou-Miou et son fils étrange qui se retrouvent sur ce bel épilogue : “On sera riches, on sera craints, on fera le mal, on sera de vrais salauds”.

Avec le temps, ce film accuse quelques incohérences et raccourcis scénaristiques qui font tâche. Cela sent un peu le bâclage. Des personnages hésitant entre le comique et le burlesque (dans les rangs de la police surtout, entre le capitaine de gendarmerie Jean-Claude Dreyffus et son subordonné Henri Guibet). Des scènes improbables (le gamin Chim qui va au bordel et se paye des putes et du whisky avec les dollar de Cobb sans que ça ne choque personne). Un certain nombre de coupes qui évitent des explications. Mais il reste les imparables dialogues écrits par Michel Audiard. Mais il reste des images qui se gravent dans la rétine, comme la course de Cobb, smoking noir, cheveux blancs et oeillet rouge à la boutonnière, seul au milieu des immenses champs jaunes avec une armée de flics à ses basques. Comme cette ferme au milieu de rien et le mausolée du père, immonde navire de béton au voguant sur une improbable mer de blés murs.

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