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Le bookcrossing vu de l’intérieur

mercredi 23 décembre 2015 - Commentaires : 3

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Le bookcrossing est un concept de collaborative commons précoce consistant à partager des livres en les “libérant” dans la nature pour qu’ils puissent être retrouvés et lus par d’autres personnes qui les relâcheront à leur tour.

Le bookcrossing repose sur le site internet bookcrossing.com qui permet à chaque bookcrosseur de suivre le chemin parcouru par les livres qu’il a libéré. En effet, chaque livre voyageur est enregistré sur le site internet et se voit attribuer un identifiant, le BCID qui permet de le suivre à la trace, à condition que les possesseurs successifs acceptent de jouer le jeu. Et c’est là que ça se corse. Car c’est rarement le cas.

Comment ça marche?

Faire du bookcrossing réclame du temps, de la préparation et de l’imagination. C’est comme vendre un canapé sur Ebay, il faut bien habiller le produit pour le rendre enviable.
Pour commencer, tu ne fais pas voyager n’importe quel livre. Tu multiplies les chances de succès en proposant un ouvrage qui fasse envie. Adapter le livre à l’endroit où tu as prévu de le libérer et d’une manière générale, proposer des romans courts et grand public, ou des polars. Le manuel de physique quantique ou le pavé de 500 pages en livre de poche édition 1950, ça ne fait plus rêver grand monde et il y a fort à parier que ton livre finira au mieux dans un caniveau.
bookcrossingUne fois le bouquin déniché, on commence par l’enregistrer sur le site à partir de son ISBN. Il faut se fendre d’une petite description du contenu du livre, le catégoriser (polar, sf, livre de cul etc…) et dire s’il est disponible, réservé ou s’il voyage. Idéalement on met un texte qui va expliquer les grandes lignes du bookcrossing au trouveur potentiel, histoire de l’inciter à jouer le jeu, comme ici. On valide et le site génère l’immatriculation des livres bookcrossing, le BCID qu’on doit inscrire dans le livre. Le BCID répertorie ton exemplaire et permet aux gens de le retrouver sur le site pour dire qu’ils l’ont récupéré. Mais comme c’est juste une suite de chiffres, pour que le quidam comprenne de quoi il s’agit, on met une petite étiquette qui explique le bookcrossing.
Ensuite, quand on a décidé de faire voyager le livre, il faut dire où on l’a libéré via une arborescence assez compliquée à manipuler, un ancêtre de géolocalisation à partir de menus déroulants et déroutants, surtout si on libère un livre dans une ville q’on ne connait pas. Le summum c’est de libérer dans un pays dont on ne parle pas la langue! Comme par exemple, le Japon:
bookcrossing

Une fois le casse-tête résolu, généralement en sélectionnant la crossing zone “quelque part en ville”, il ne reste plus qu’à libérer le livre en l’abandonnant là où on a prévu de le faire. Soit au vu et au su de tous pour qu’un anonyme le ramasse, soit caché, pour réserver sa découverte aux curieux qui iront vérifier sur le site la liste et la localisation des livres libérés via la page Go hunting. Ainsi, le livre peut soit être trouvé par hasard, soit déniché par un habile chasseur.
Et voila, ton livre est en voyage et tu n’a plus qu’à attendre qu’un curieux le ramasse, aille à son tour l’identifier sur le site, dise où il l’a trouvé, fasse un petit résumé quand il l’aura lu, puis une nouvelle note quand il le libère, en précisant bien sûr où il l’a fait à partir du fameux menu précité.
Voila ce que donne un livre enregistré dans la bibliothèque de bookcrosseur :
bookcrossing
Petite légende: Le titre, l’auteur et la catégorie, l’identité du bookcrosseur qui l’a enregistré, le nombre de lecteurs qui l’ont partagé et la note moyenne obtenue. Enfin tu as l’identité du dernier possesseur et l’état actuel. Celui-ci est un bookray initié en 2005. Il a voyagé entre les mains de 44 lecteurs et il est actuellement chez un bookcrosseur qui ne l’a pas encore lu ou fini…depuis mai 2013).

Et ça marche?

Le concept a maintenant plus de dix ans, et il a toujours des émules. La France est l’un des pays où il y a le plus d’activité, mais pour autant, la population de bookcrosseurs actifs suit plutôt une courbe descendante. Il y a plusieurs raison.

D’abord, même en libérant beaucoup de livres, on a peu de retours. Donc à force on se lasse et on se démotive. Pour ma part, en quatre ans d’activité, plus de 800 livres libérés, je n’ai eu qu’une cinquantaine de retours et jamais, jamais aucun de mes retours n’a poussé le processus jusqu’au bout. Donc mes livres ont fini sur les étagères d’inconnus qui n’ont pas pris le relais….c’est un peu déprimant.

Ajoutons à cela l’instinct de propriété (“moi mes livres, je les garde”), la crainte de se faire alpaguer par un témoin de Jehovah ou traiter de voleur en ramassant un livre manifestement abandonné et le peu de curiosité des gens pour les livres en général, et ceux qu’ils ne connaissent pas en particulier.

Une autre cause à la stagnation des vocations, c’est le site internet bookcrossing, créé en 2003. Il est assez compliqué à utiliser, avec ses sigles, ses règles de création de livre, son arborescence pour les release…bref, ce n’est pas le site pour tout le monde. Le moteur du site accuse ses 15 ans et n’est pas, mais alors pas du tout web 2.0. Les modalités d’inscription d’un livre et de release sont très contraignantes, il n’y a pas de version mobile ou d’appli, bref rien qui facilite l’appropriation par un public dorloté au web communautaire et au plug and play. La démarche de bookcrosseur réclame un engagement et une pugnacité que tout le monde n’est pas capable de déployer.

Pendant longtemps, les bookcrosseurs français pensaient que ce qui freinait les français, c’était un site en anglais. Mais la traduction du site il y a quelques années n’a pas vraiment boosté la communauté. A moins qu’elle soit arrivé trop tard.

Pour pallier à ce constat collectif, les communautés de bookcrosseurs locaux ont organisé plusieurs modes de partage de livres.

Le Ring consiste à faire voyager un ouvrage entre plusieurs lecteurs identifiés puis à le récupérer après des périples qui durent en général plusieurs années.
Le Ray propose la même chose que le ring sauf que l’émetteur ne souhaite pas récupérer son livre. Il voyage donc par la poste, de lecteur en lecteur, jusqu’à épuisement du filon. Le dernier lecteur se chargeant généralement de le libérer dans la nature.
Le RABCK (random act of bookcrossing kindness) consiste à offrir un livre à la communauté des bookcrosseurs, ce qui peut éventuellement déboucher sur un ray.
Les bookcrosseurs organisent également des événements publics locaux, nationaux et même internationaux afin de se retrouver, de rencontrer des bookcrossingbookcrosseurs wannabee et de s’échanger des livres entre eux. Parfois ils le font dans un troquet qui propose une bibliothèque à livres voyageurs (un OBCZ), parfois ils se retrouvent au grand air et organisent un arbre à livres. On enferme les livres dans des sachets protégés et on les accroche à un arbre, du mobilier urbain ou tout ce qui s’y prête. L’idée est que chacun se serve avant que les livres soient décrochés par le gardien du square et jetés à la poubelle (oui, ça arrive).

Ces moments de convivialité sont aussi l’occasion de se retrouver entre passionnés et gros lecteurs, car le bookcrosseur actif est généralement un lecteur compulsif, un curieux qui se rend aux meeting pour discuter lecture et autres sujets avec d’autres passionnés. C’est grâce à ces moments de partage que la communauté reste active et engagée. Ayant compris que les wild release n’avaient que peu de chances d’aboutir, les bookcrosseurs se contentent souvent des échanges entre personnes qui se connaissent et partagent des centres d’intérêt autour de la lecture, entre autre.

En conclusion, le bookcrossing, c’est un bon moyen de se séparer de ses vieux bouquins en en faisant profiter de potentiels lecteurs. Si les wild release en pleine nature sont toujours possibles et assez jouissifs, il vaut mieux larguer ses bouquins dans des lieux privés prévus à cet effet (les OBCZ) pour éviter qu’ils ne soient perdus, jetés, détruits.

Pour la communauté francophone, le point de ralliement est le forum 17, forum interne du site bookcrossing où les vieux routards du BC (certains fêtent leur dix ans en ce moment) sont ravis d’accueillir et orienter les newbies… le forum français, ou forum 17. Ils sont parfois un peu ronchons, un peu conservateurs (certains) ou pensent détenir les clés du temple (certains), mais comme dirait un metalleux que j’ai récemment interviewé “même dans le metal il y a des cons”….sous entendu : tu trouveras toi-même si t’es pas trop truffe.

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