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Un portrait de Kvelertak et de son chanteur, Erlend Hjelvik

vendredi 13 mai 2016 - Commentaire : 0

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A l’occasion de la sortie de leur troisième album, Nattestferd, nous avons eu le privilège de rencontrer le chanteur et cofondateur de KVELERTAK, Erlend Hjelvik. Une video, une interview, une chronique du cd : on vous donne trois bonnes raisons de vous précipiter sur cet excellente nouvelle mouture d’un groupe qui sort des sentiers battus.

Après deux albums mixant sans vergogne des influences variées dans un cocktail explosif et brutal, les six musiciens de KVELERTAK ont mis les choses à plat et pris une nouvelle direction pour leur troisième album, Nattesferd. Le disque sort le 13 mai 2016 et surprendra probablement les fans de la première heure. Car il y a du changement en pagaille. Mais comme avec tous les bons groupes, ces changements esthétiques viennent magnifier le produit. Nous vous avons préparé un petit dossier dédié avec pour commencer la vidéo très dérangeante du single 1985, histoire de se mettre dans le bain et de montrer que le groupe n’a pas sacrifié sa musique sur l’autel du vintage à grosses ficelles. Ensuite nous vous proposons un entretien avec Erlend Hjelvik, fondateur et chanteur de Kvelertak. Pour finir, une chronique du CD…Prêts? Alors en voiture, Simone.

La video

“C’est l’année où je suis né, mais cela n’a aucun rapport. Quand j’ai écrit les paroles de cette chanson, j’écoutais du VAN HALEN et j’ai juste commencé à penser aux années 80 et à toute la musique géniale qui a été créée à cette époque. Tout était mieux à l’époque. Les gens étaient plus heureux, la vie moins compliquée, nous avions tout ce dont nous avions besoin. Aujourd’hui nous avons internet, et même si nous n’aurions pas cette conversation aujourd’hui sans internet, je trouve que ça ruine l’esprit des gens” (Erlend Hjelvik) (toutes les citations en italique sont de Erlend)

L’interview

2006, Erlend Hjelvik (21 ans) et Bjarte Lund Roland sont étudiants à Stavanger et passent le plus clair de leur temps ensemble. Ils jouent à WOW, écoutent du Black Metal et refont le monde. A force d’écouter la musique des autres, les deux amis décident de fonder leur propre groupe. Vous savez comment on fait? On dépose une petite annonce dans les magasins de musique, on recrute des gars avec qui le courant passe bien, on se retrouve dans une cave, on commence par jammer sur de airs connus et on se prend au jeu. “Au début c’était juste pour passer le temps entre potes. Nous étions aussi terribles qu’un groupe de débutants peut l’être. Mais avec le temps et la pratique, nous sommes devenus un bon groupe. Nous avons commencé à donner des concerts, un tourneur nous a repéré, puis un label…et voila“. Et voila, la machine est lancée, le groupe enregistre une démo (Westcoast Holocaust) et commence à tourner localement. Signés fin 2009 par le label Indie Recording, ils font produire leur debut album éponyme par Kurt Balou. Le bel artwork de la pochette est réalisé par John Baizley, le frontman de BARONES. Le groupe passe le plus clair de son temps sur les routes, notamment aux Etats-Unis où ils se rendent au moins une fois par an. “C’est venu très naturellement car nous avons monté nos deux premiers albums avec des américains. Et puis nous connaissons pas mal de groupes américains, c’est donc très naturel pour nous de jouer aux Etats-Unis. C’est plus facile maintenant qu’on est signés sur un label américain (Roadrunner Records). Je ne peux pas imaginer ne pas tourner là-bas même si c’est plus compliqué à organiser qu’une tournée en Europe. J’adore jouer ici car il y a un gros public Metal et ils sont très sympa.”

kvelertak erlend hjelvik
Les six musiciens se professionnalisent mais essayent de ne pas sacrifier leur amitié et leur passion sur l’autel de la réussite. L’organisation du groupe est plutôt démocratique et chacun est mis à contribution. “nous avons un mode de fonctionnement très démocratique, mais cela dépend des sujets. Si on parle du merch, des artwork, c’est un sujet que je gère avec deux ou trois autres gars. On se répartit les tâches parce qu’on ne peut pas tout décider tous ensemble. La démocratie est un processus qui prend du temps. Par contre nous sommes tous sur la même longueur d’ondes avec l’orientation artistique du groupe et notre musique.” Le plus difficile à gérer ? “Composer avec les personnalités de chacun. Chaque membre du groupe est différent. C’était plus difficile à nos débuts, quand nous sommes partis pour la première fois en tournée tous ensemble. Tu ne connais jamais bien quelqu’un avant d’avoir passé un mois avec lui dans un bus. Au début ça a pu être compliqué, mais maintenant on se connaît tous très bien et avec l’âge, on fait moins de conneries et on se prend moins la tête.”

kvelertak erlend hjelvik

En 2013, le gang publie Meir, son deuxième album, toujours produit par Kurt Balou et illustré par John Baizley et cette fois-ci distribué par Roadrunner Records. Ce nouveau projet proposant toujours le même genre de sonorité dont les influences variées tirent leur quintessence du Black Metal, même s’il est ici mélangé à d’autres courants, comme le Sludge et une rage un peu coreuse. “J’ai écouté beaucoup de Black Metal. Quand j’étais adolescent, je n’écoutais que ça. C’est quand nous avons commencé à tourner avec KVELERTAK que j’ai commencé à écouter d’autres styles de musiques. Je chante dans un side project qui s’appelle DJEVEL. C’est un groupe de Black Metal fondé par des musiciens venus de cette scène. Notre batteur (Dirge Rep) jouait auparavant avec GORGOROTH et ENSLAVED. Je prends vraiment mon pied avec ce groupe. “
Le groupe qui avait démarré comme un projet pour passer le temps entre potes est devenu un phénomène qui buzze bien au-delà de la sphère Metal traditionnelle. Le magazine Rolling Stones a même placé Nattesferd dans la liste des 25 albums les plus attendus de 2016. Cette grosse pression n’a semble-t-il pas trop changé les choses au sein de la formation. “Cela n’a pas changé notre mentalité. Jouer de la musique est toujours la chose que nous aimons le plus et de laquelle nous voulons vivre. Nous aimons cette vie. Je suis certain que je continuerai quoiqu’il arrive. De toute manière, je ne saurais rien faire d’autre.”

kvelertak erlend hjelvik

Pour prendre le virage du toujours casse gueule troisième album, les norvégiens ont décidé de changer pas mal de choses. C’est Ari Croper qui a réalisé l’artwork “Depuis que nous avons fondé le groupe, j’ai toujours voulu lui confier un artwork. J’adore ce qu’il a fait pour HIGH ON FIRE ou SLEEP. C’était le type parfait pour le job et il a fait un boulot génial. L’artwork convient parfaitement à la musique de l’album. C’est primal, avec beaucoup de nature, l’accord parfait avec notre son.” et c’est le groupe lui-même qui a produit le disque “Je pense que nous sommes un groupe très dur à produire parce que nous avons notre propre idée de la façon dont la musique doit sonner. Nous faisons confiance à notre instinct plus qu’à l’avis d’un producteur, aussi bon soit-il. Et puis Bjarte produit déjà les projets de plusieurs groupes, il nous a donc semblé naturel d’utiliser ses compétences pour notre disque.” Tout cela donne un résultat de prime abord différent, avec d’abord une sonorité plus naturelle “Nous voulions changer de façon de procéder parce que pour Kvelertak et Meir nous avions eu la même approche. Ces deux disques ont été enregistrés et mixés de la même manière et leur son est un peu trop propre, clinique. Je pense que Nattesferd sonne plus vrai, que le son ressemble plus à ce que nous produisons sur scène.” et des thématiques plus vintage. On écoute ?

Nattesferd, un projet vintage?

Je ne sais pas pour vous, mais moi je commence à en avoir marre des groupes vintage en mode “c’était mieux avant”, je savais que le Rock était réac, mais à ce point, c’est inquiétant. Je sais que le présent n’est pas bien rose, mais il faudrait arrêter de penser que les années 70 et 80 étaient vraiment beaucoup plus cool. Bref, cette musique qui fait l’apologie du son des seventies et des eighties, à force de gratter le fonds du tonneau finit par nous servir plus de lie que de bon vin. C’est pourquoi les premières mesures de Nattesferd m’ont un peu dérouté, j’avais l’impression d’entendre une nouvelle oldie et je m’inquiétais qu’un groupe aussi innovant et hors catégories que Kvelertak cède aux sirènes du vintage. Il m’a fallu plusieurs écoutes pour me convaincre que sous cette sonorité un peu oldschool et organique, le Kvelertak de Meir était toujours aussi vivace et bruissant. Les norvégiens n’ont pas vendu leur âme au vintage à la sauce BLUES PILLS, ils ont seulement choisi une production plus naturelle et aussi créé quelques chansons dont la compo évoque celles en vogue dans les années 80.
Si le premier morceau, “Dendrofil For Yggdrasil” rappelle les parties les plus énervées de Meir, “1985” ressemble à un vibrant hommage à l’âge d’or du Heavy Metal. Avec son riff qui rappelle “Jump” (VAN HALEN) et sa très longue phase instrumentale enjouée et presque joyeuse, “1985” est un morceau à la fois déroutant et attachant. Déroutant car à mille lieux du son auquel le groupe nous avait habitués, attachant parce que la mayonnaise prend bien et qu’il apparaît que KVELERTAK arrive à sortir de son schéma initial pour proposer quelque chose de neuf et innovant en conservant sa sonorité signature. L’impression se confirme quand on égrène la tracklist : “Nattesferd”, “Svartmesse”, “Ondskapen Galakse”, “Nekrodamus” ou “Heksebrann” jouent une partition différente avec des ingrédients similaires : une musique naturelle et peu retravaillée, des gimmicks années 80, un chant écorché et des instrumentaux développant des ambiances et jouant sur la complémentarité et les dialogues de guitares. A côté de ces parties parfois très contemplatives, on retrouve quelques morceaux plus directs et rentre dedans qui rappellent les brûlots nerveux de Kvelertak, (“Bronsegud”, “Berserkr”).

Inclassables et hors des styles courants, tels des MASTODON scandinaves, les norvégiens sont en train de développer un univers artistique où une certaine forme de poésie et de beauté brute perce sous la violence superficielle.

Le site web du groupe est ici.

KVELERTAK Photo credit: Paal Audestad
KVELERTAK
Photo credit: Paal Audestad

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