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Eloge des périphéries // Le Collège de Juilly

dimanche 3 juillet 2016 - Commentaires : 6

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Après 450 ans d’existence, le Collège de Juilly a fermé ses portes en 2012. Etablissement propriété de l’Oratoire, il tombe aujourd’hui en ruine, pour de sombres raisons religioso-politico-financiaro-idéologiques. Petite présentation du lieu, de son histoire récente et des dessous de ce projet avorté

Fondé en 1638, le Collège de Juilly était un établissement éducatif religieux administré par les Oratoriens. Vu que c’était situé au cul du loup (à Juilly, au fin fonds de la Seine-Et-Marne), le collège était un pensionnat de garçons (jusqu’au début des années 2000 où des filles ont également été admises). En 450 ans, le Collège a eu plusieurs périodes d’apogée, mais dernièrement, c’est dans les années 90 qu’il a connu une espèce d’âge d’or avec une jauge maximale de pensionnaire autour de 700, des résultats au bac autour de 99% et des caisses pleines. La situation dépendait en grande partie du directeur de l’établissement, Daniel Chapellier.

Lorsque le directeur est parti, le collège a lentement mais sûrement dévissé, les résultats se sont affaissés, les inscriptions aussi et le Collège a finalement été déclaré en faillite en 2012.
Collège de JuillySi vous voulez une histoire complète et détaillée du Collège, je vous renvoie vers la page Wikipédia bien documentée et l’abondante bibliographie qui y est associée.

Un ordre religieux éducatif, qu’est-ce que c’est ?

L’Oratoire est un ordre religieux voué à l’éducation, c’est cet ordre qui est propriétaire des murs et qui définissait la politique pédagogique en vigueur. Cela dit, le Collège de Juilly étant un établissement sous contrat, il fallait bien entendu tenir également compte des directives de l’Education Nationale. Les ordres religieux rassemblent des religieux de la même obédience qui se donnent une mission. Cette mission peut-être martiale (les Templiers), sociale (Les Petits Frères des Pauvres), éducative (l’Oratoire) etc. Elle est généralement confortée par une philosophie et une éthique, un genre de crédo qui unit les membres de la congrégation et dicte leurs actions. Et il arrive parfois que la philosophie de l’ordre religieux évolue (c’est une bonne chose en fait) et qu’il décide d’infléchir son action ou d’en changer le sens.

C’est ce qui s’est passé avec l’Oratoire vers la fin du siècle précédent.

Ils ont décidé qu’ils ne voulaient plus d’une éducation élitiste. Ils voulaient dispenser leur savoir équitablement à tout le monde et ne plus le réserver aux nantis qui avaient les moyens de se payer la scolarité d’un pensionnat. Les oratoriens n’avaient pas que Juilly dans leur escarcelle, il y avait aussi un autre pensionnat, à Pontoise (Saint Martin de Pontoise). C’est là bas que Daniel Chapellier avait été muté après avoir quitté Juilly.

Les Oratoriens ont donc expliqué leur nouveau crédo à Daniel Chapellier et comme ce dernier n’était pas d’accord, il a été remercié et les oratoriens ont nommé à la tête de leurs établissements des directeurs plus coopératifs, mais moins compétents.

Collège de Juilly

Le projet de renaissance du Collège de Juilly

La déconfiture et l’abandon du Collège a beaucoup touché les élèves qui ont usé leurs fonds de culotte sur les bancs de l’école et plusieurs tentatives de rachat des murs et de réhabilitation du Collège ont été lancées, mais les écueils étaient nombreux, à commencer par le prix de rachat de la propriété comptant plusieurs corps de bâtiment, une piscine, un étang et un immense parc, sans parler du défi consistant à recréer une école, à une époque où on aurait plutôt tendance à les fermer.

S’y ajoutait bien sûr la frilosité de l’Education Nationale vis-à-vis de l’enseignement privé en général, religieux en particulier ainsi que la crédibilité des personnes ayant porté les différents projets.Collège de Juilly
Mais en 2014-2015, un groupe d’anciens plus déterminés que les autres sont parvenus à obtenir une aide de poids : ils ont convaincu Daniel Chapellier de les rejoindre en devenant le directeur d’un Collège de Juilly réhabilité. Tout d’un coup, les écueils s’émoussent.

Car qui mieux que le directeur ayant amené le Collège à son apogée dans les années 1990 pourrait tenter un doublé gagnant en remettant, à nouveau, le Collège sur les rails du succès. En plus, Daniel Chapellier est formel. Ce mode d’éducation (le pensionnat) est le plus à même de conduire nos chères têtes blondes de l’échec à la réussite. Blanchi sous les harnais et proche de la retraite, Daniel Chapellier accepte cette mission et il accepte en outre de le faire bénévolement (un salaire de directeur d’établissement privé = 350 k€ par an).

Une fois cet atout majeur dans son jeu, le collectif d’anciens entreprend de négocier avec l’Oratoire d’une part, et de rassembler la communauté des anciens d’autre part.

On crée une page facebook, on ouvre même un site communautaire pour les anciens (http://alumni.college-de-juilly.fr/) et on commence à communiquer autour de la réouverture (car il va falloir récolter de l’argent pour financer le rachat, la réhabilitation des bâtiments et la réouverture du Collège). Et c’est là que le collectif commet une grossière erreur. Car cette communication un peu trop conquérante et victorieuse rappelle furieusement aux oratoriens les causes de leur échec.

Et les propriétaires du Collège n’ont pas très envie de voir celui qu’ils ont remercié réussir à remonter un projet éducatif à Juilly.

D’abord, parce qu’ils ne partagent toujours pas la même conception de l’éducation religieuse. Ensuite parce qu’ils ne voudraient pas que Juilly vienne piquer des élèves à Saint-Martin de Pontoise. Enfin parce qu’ils n’ont pas besoin de l’argent de la vente dans l’immédiat. Et comme d’autres parties viennent mettre des bâtons dans les roues, le projet finit par échouer une fois de plus.

Le Collège de Juilly, fermé depuis 2012, continue de se délabrer dans l’air humide de la Seine-Et-Marne. Il ne pourra de toute manière pas devenir autre chose qu’une école, un hôpital psychiatrique ou une maison de repos pour fonctionnaires dépressifs…situé sous le couloir aérien de l’aéroport de Roissy, la zone n’est pas adaptée à un hôtel casino, un nouveau Center Park ou une zone pavillonnaire.

Collège de Juilly

juilly

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  • Pour avoir travaillé sous les ordres de D Chapellier, à Juilly… je peux assurer qu’il n’est pas la star ni l’icône que vous en faites, loin de là.

    Peut-être bon gestionnaire. Sûrement pas bon éducateur, ni bon meneur d’hommes. Au contraire: manipulations, mensonges, etc.

    Et j’ai rencontré bon nombre d’adultes, et d’élèves, ayant eu la même expérience.

    Enfin, vous écrivez: “un salaire de directeur d’établissement privé = 350 k€ par an”. Je n’en connais pas qui gagne un tel pactole. Peut-être Chapellier… ce qui serait assez honteux.

  • Ancien élève de Juilly de la 5eme à la terminale de 1965 à 1971, cette période de ma vie m’a profondément marqué. Je n’ai pu résister à l’envie de revisiter le collège il y a deux ans. J’y ai trouvé un désastre, un abandon d’un site historique magnifique. Classes et salle des bustes éventrées, envahissement végétal et un silence pesant là où l’animation était autrefois constante. Je ne souhaite plus à aucun enfant la pension que j’ai connue, l’absence de chaleur familiale le soir et les coups de cafard en attendant le court week-end tous les quinze jours à la maison, la sévérité de certain censeurs. Il n’empêche que j’ai des souvenirs formidables qui ont marqué ma personnalité. En 3 eme mr Lhomme organisait chaque année une pièce de théâtre. Dans une immense cave voutée il avait installé un théâtre très professionnel. Nous avons travaillé dur toute l’année pour présenter la pièce mer libre d’Emmanuel Roblès où je jouais un rôle principal en costume d’époque loué. Ce fût un succès et une merveilleuse expérience pédagogique. Quand j’ai revisité le collège, il y avait des migrants qui s’entassaient en masse porte de la chapelle à 30 km de Juilly. J’ai prévenu l’Oratoire, la mairie de Paris, de Juilly (où le collège n’existe même pas dans l’historique du village!) car il y avait là une opportunité de réhabilitation et une solution transitoire d’hébergement. Aucune réponse. Tôt ou tard le bâtiment sera si dégradé qu’il faudra le détruire pour laisser la place aux promoteurs et à la construction de zones pavillonnaires. Dommage.

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