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Chroniques à brac par

Nous sommes tous des réfugiés

mercredi 5 octobre 2016 - Commentaire : 0

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On oublie parfois que les migrants sont avant tout des réfugiés politiques qui fuient un pays en guerre tout simplement pour éviter d’y mourir. Ce sont donc des civils comme vous et moi qui ont été jeté sur les routes par une cause qui menace leur sécurité et cherchent à s’en éloigner le temps que la situation se calme et qu’ils puissent rentrer chez eux.

La semaine dernière, je vous ai promis de ne plus faire de billet politique parce que la politique c’est chiant. Il y a pourtant un sujet très politisé que j’ai envie d’aborder aujourd’hui, même s’il est surtout utilisé par nos ergoteurs politiques comme un prétexte pour construire plus de murs. La semaine dernière, en allant assister à un concert, je suis passé du côté de Stalingrad (à Paris, pas en Russie). En descendant du métro, j’ai remarqué des toilettes sèches et ces magnifiques urinoirs mobiles qui font la joie des vessies embiérées en festival. J’ai trouvé que la Mairie était bien sympa de penser aux noctambules en leur évitant d’avoir à uriner sur les berges du canal ou contre une porte. En réalité, je l’ai bien vite découvert, ces sanitaires de fortune sont destinés aux migrants qui occupent en nombre le dessous du métro aérien, le terre plein central de l’avenue de Flandres et le porche de la CRAM. Ils sont plusieurs centaines à être venus s’échouer ici, entassés sur des matelas de fortune, les plus chanceux sous une tente, les autres au grand air, attendant on ne sait quoi, survivant on ne sait comment et craignant d’être délogés par les CRS. C’est la première fois que j’étais confronté à la réalité du problème des migrants car il n’y en a pas du tout dans le sud de Paris où j’habite et travaille. Jusque là, j’avais surtout suivi les montées dans les aigus des politiques, les problèmes à Calais, en Grèce, à Lampedusa et sur les réseaux sociaux. Mais il y a un grand pas entre vivre ces situations par médias interposé et en être le témoin.

réfugiés jo riou

Aujourd’hui en France, ça fait bien longtemps qu’on n’a pas été mis dans une situation de migrant. Pour les métropolitains, ça remonte à l’exode de 1940, quand les Allemands ont enfoncé la poche de Dunkerque et marché sur Paris et que la capitale s’est vidée de ses habitants qui ont fui sur les routes. Pour y voir plus clair, je vous invite à lire Tempête en juin d’Irène Nemirovsky. La première partie de son roman inachevé Suite Française aborde en détail l’exode des populations du nord de la France vers le sud, dans une fuite désespérée pour échapper à la marche des armées allemandes. La peur, le désespoir, la course éperdue vers un ailleurs sans danger, les désillusions, les frictions, le livre est plutôt édifiant et devrait remettre les pendules à l’heure chez ceux qui pensent que “ça n’arrive qu’aux autres”. Car si l’hypothèse d’une guerre qui nous chasserait à nouveau de nos foyers ne vous parait pas crédible, vous n’êtes pas à l’abri d’une crue majeure de la Seine, d’une montée des eaux, d’une rupture de l’approvisionnement en pétrole ( fameux scénario catastrophe de pénurie d’essence ou “théorie des dominos”) ou d’un autre drame qui rayerait d’un coup de crayon vos croyances et vos certitudes. Tous les grands empires terrestres ont eu des hégémonies de plusieurs siècles avant de s’effondrer, il n’y a rien d’absolu. Pourtant, nous avons perdu de vue ce que représente vraiment le fait d’être un émigrant (ou un immigré, ou un réfugié, ce qui revient un petit peu au même à la fin).

Si vous n’êtes pas vous même un migrant, vous ne pouvez pas comprendre le déracinement.

Cette sensation de n’être nulle part chez soi, justement parce qu’on ne peut pas retourner dans un chez soi qu’on a quitté sous la contrainte. C’est l’impression que du jour au lendemain, vous pouvez être amené à emballer toute votre vie dans un cartable, mettre vos meilleures godasses, laisser derrière vous vos rêves, vos aspiration, votre maison dont le crédit court toujours, vos amis, vos passions et juste tailler la route pour espérer survivre et mettre vos proches à l’abri. Dans un premier temps, vous allez essayer de vous réfugier dans la maison de campagne ou de famille, mais que faites-vous si celle-ci est également menacée. Que faites-vous quand toutes les solutions de repli immédiat disparaissent l’une après l’autre et quand la seule chance de salut repose dans une fuite encore plus éperdue vers un étranger que vous espérez bienveillant mais qui peut rapidement se révéler hostile car il pense à sa propre survie avant de penser à la vôtre ?

Si je vous dis tout ça, c’est parce que le problème devient de plus en plus crispant, notamment avec cette histoire de mur que les anglais font construire à Calais pour empêcher ces “migrants” de traverser le channel, mais aussi avec les propos de tel ou tel édile français ou hongrois. On a eu peu trop souvent tendance à oublier que la plupart de ces “migrants”, tout comme les oiseaux migrateurs, fuient une zone hostile le temps qu’elle ne le soit plus et aspirent par-dessus tout à pouvoir y retourner vivre car c’est leur patrie. Je n’ai pas le monopole de la bonne conscience et je me sens presque un peu minable de ne pas faire grand chose d’autre que de produire ces quelques lignes mais pour le moment, c’est tout ce que je peux faire et je suis content de l’avoir partagé avec vous.

PS sur les illustrations : j’avais pas envie de resservir les images de migrants vues et revues à la télé, alors je vous ai offert quelques belles illus tirées de l’oeuvre prolifique de mon ami Jo Riou!

réfugiés jo riou

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