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Trois disques pour mieux comprendre Monster Magnet

samedi 28 janvier 2017 - Commentaire : 0

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Monster Magnet fait partie des piliers du Stoner et à ce titre, on cite souvent leur discographie comme une bible du Stoner. Pourtant, à l’instar de Black Sabbath, le gang a opéré plusieurs virages stylistiques d’ampleur au cours de sa carrière. On vous en donne un aperçu avec trois albums essentiels et très différents.

Fondé à la fin des années 80, Monster Magnet publie ses premiers méfaits en 1989 et se fait signer par le label allemand Glitterhouse Records. A l’instar de ces démos, les premiers albums sont de purs joyaux de psychédélisme enfumé. La consommation de drogues n’a jamais été un secret, le frontman / leader Dave Wyndorf ayant même milité pour la légalisation des drogues dures. Pendant les dix premières années de son existence, le monstre magnétique publie cinq disques de Stoner / Heavy Psych. Ce sont les pierres angulaires d’une certaine forme de Stoner. Longues plages contemplatives, solos interminables, tempi lents, reverb… l’alpha et l’oméga du genre. Mais en 1998, après une retraite dans un hôtel de Las Vegas, Dave Wyndorf donne à sa fanbase le baiser de Judas en publiant un album de rupture, Powertrip. Ce revirement a la même portée symbolique que le passage de Bob Dylan à l’électrique. Nonobstant le dégoût de certains fans, l’album cartonne. C’est le disque qui révèle le groupe. Restant sur cette lancée, les albums suivants sont de la même engeance, même si avec le temps, ça commence un peu à tourner en rond. Publié en 2013, Last Patrol est le dernier album inédit de Monster Magnet, il opère une fusion des genres entre les styles développés par le gang au cours de sa carrière. Mais c’est surtout avec les deux sorties suivantes que Monster Magnet crée à nouveau la surprise. Milking The Stars (2014) et Cobras and Fire (2015) sont des relectures complètes, et beaucoup plus contemplatives, presque Prog de deux albums studio sortis antérieurement. Ces deux derniers disques révèlent un aspect essentiel de Monster Magnet : quelle que soit la qualité de leurs shows (avec ou sans strip teaseuses), Dave Wyndorf est avant tout une bête de studio. Il adore triturer les sonorités, innover et faire du neuf avec de l’ancien. Et vu la qualité de ces deux derniers disques (qu’on aime ou non ce qu’il a fait des oeuvres originelles), on peut le comprendre.

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Je vous propose d’aborder l’abondante discographie de Monster Magnet à travers trois disques qui marquent trois périodes créatives majeures et donnent un excellent aperçu du genre des disques qui ont suivi.

Tab (1991)

Trois morceaux, 55 minutes. Une oeuvre qui prend son temps pour installer ses ambiances et les étirer dans un délire brumeux. Il n’y a pas de climax dans Tab. La musique suit son cours, comme un courant sauvage, seulement canalisée par les musiciens. Ici une guitare échappe à la trame pour un solo enfumé et Psychédélique. Là le chant de Dave Wyndorf, toujours lointain et secondaire propose une alternative, mais ces tentatives sont vite rattrapées par le courant principal, lent, gras, profond comme l’Amazone. Il noie le morceau dans un océan de distorsion et d’effets. Tab, c’est un voyage. Mais pas de ces ascensions vertigineuses qui débouchent sur un paysage à couper le souffle. C’est plutôt une traversée en mer, où les vagues succèdent aux vagues et où rien ne vient rompre la monotonie de la traversée à part le dos d’une baleine à bosse aperçu au loin, un groupe de dauphin qui suivraient la traîne pendant quelques instants avant de disparaître ou un banc de thons survolés par une horde de mouettes. Voila bien le genre de trip qui se vit plus qu’il ne s’écoute.

Tab est une préface, C’est une oeuvre bien plus proche du Rock Psychédélique hérité des 70’s que du Stoner stricto sensu. Il manque un peu de lourdeur et d’agressivité, un son plus Metal en quelques sortes. Cette fusion, MONSTER MAGNET la fait dans son debut album, Spine Of God, dont Tab peut servir de prologue.

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Powertrip (1998)

Cet album tourne résolument le dos à un univers onirique fait de visions, de mandalas et de gentils taureaux. Dès l’artwork, on comprend qu’on a changé d’univers. Un trio patibulaire tout en cuir encadre un Dave Wyndorf à moustache en croc et Ray Ban à verres miroir. La fine équipe pose devant un mur de flamme engloutissant les restes d’un drapeau américain. Au premier plan, un sceptre en or forme une mano cornuta. A l’intérieur, on retrouve le même gang entouré de strip teaseuses en bikini à paillettes et noyés sous une pluie de dollars. On se croirait dans un clip de Gangsta Rap, difficile de faire plus éloquent !

L’artwork ne fait qu’annoncer la couleur. L’évolution musicale de la galette est à l’avenant. Adieu les pistes contemplatives et vaporeuses, place à un bon gros Heavy Metal qui cogne là où il faut. Certes il est toujours questions de drogues, mais on passe de la gentille fumette au free base et du gobage de champignons aux autoroutes de coke en mode Tony Montana.

Selon la légende, sitôt sa tournée Dopes to Infinity terminée, Dave Wyndorf a pris l’avion pour Las Vegas et s’est enfermé dans une chambre d’hôtel à 10 miles de la cité du vice. Là il a construit son nouvel album en trois semaines à raison d’une chanson par jour. Les 13 brûlots du disque sont tous inspirés d’expériences vécues par Wyndorf à Vegas et pourraient constituer un guide touristique trash à base de drogues, alcools, pole dance, jeu, argent perdu… un road trip de crevard en mode gonzo qui n’aurait pas déplu à Hunter S Thomson. “See you in hell” est ainsi inspiré d’une histoire qu’un hippie a raconté à Dave Wyndorf pendant un voyage en bus. Le hippie expliquait que lui et sa femme avaient tué leur bébé et l’avaient enterré dans un parc national du New Jersey !

Si l’on retient souvent de ce disque sa monstrueuse ouverture constituée de trois morceaux monumentaux : “Crop Circle”, “Powertrip” et “Spacelord”, le reste de la tracklist est à l’avenant. C’est une collection de riff monumentaux, de moments de félicité absolue, une collection de hits tous plus formidables les uns que les autres. C’est justement ça qui fait de Powertrip un album majeur : il marque un changement de style totalement assumé et ne contient que des chansons géniales. La tracklist cohérente, toute en puissance et en agressivité conserve sa ligne directrice tout en jouant sur les variations de style. Ecrit, enregistré et produit par Dave Wyndorf, Powertrip ne ment pas sur la marchandise, c’est un trip bien puissant dans l’univers haut en couleur d’un groupe qui a choisi de se renouveler d’une manière totale mais sans renier pour autant le chemin parcouru. Certes Powertrip ouvre d’autres portes que celles enfoncées par Spine of God, Superjudge et Dopes to Infinity, mais l’ambiance repose toujours sur des ambiances fuzzées, de la super bonne guitare qui envoie des soli de killer, des riff bien inspirés.

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Milking the Stars: A Re-Imagining Of Last Patrol (2014)

L’exercice consistant à remettre sur le métier un ancien album pour en faire quelque chose du neuf n’aura plus jamais la même saveur après la démonstration d’excellence réalisée par Dave Wyndorf. L’artiste ne s’est pas contenté d’un remastering ou d’un remix moisi, il a complètement réinventé le disque tout en conservant son esprit original. Cette nouvelle itération fonctionnant comme un double déformé se savoure encore mieux si vous l’écoutez simultanément à son modèle, The Last Patrol paru l’année précédente.

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