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L’Ile aux chiens, le conte japonais revu par Wes Anderson

mercredi 11 avril 2018 - Commentaires : 4

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Alors que les cloches de Pâques ont cessé de sonner, les chiens de Wes prennent le relais sur une île. Logique. L’Île aux chiens est le dernier long métrage d’animation de Wes Anderson. Après Phantom Thread, on reste dans la famille pour cette review.

 

Ile aux chiens - Cover

De Wes Anderson, vous connaissez surement A bord du Darjeeling Limited, si jamais vous appréciez les quêtes spirituelles fraternelles sur rails, Moonrise Kingdom si vous êtes nostalgique des colonies de vacances et amateur de Françoise Hardy ou The Grand Budapest Hotel si comme moi vous suivez de près la carrière du grand Ralph Fiennes. Il se trouve que ce sont les films que j’avais vu du réalisateur avant de découvrir l’Ile aux chiens. Je ne connaissais donc pas son premier film d’animation, Fantastic Mr Fox dont j’avais pourtant entendu et lu beaucoup de bien. Sensible à son sens particulier de la poésie et à son travail d’orfèvre sur l’image, j’attendais avec impatience de découvrir ce film.

Avant de vous donner quelques bonnes raisons de courir dans la salle de ciné la plus proche, de quoi cela parle-t-il en dehors d’une île et de chiens ?

L’histoire se déroule dans un Japon futuriste, sur une île donc. Jusqu’ici tout va bien. Un conflit ancestral régit la politique du régime en place et entraine, à la suite d’une soi-disant épidémie de grippe canine, le bannissement définitif de tous les chiens de l’Ile principale sur une île destinée au stockage des déchets. Parmi eux, le premier chien à être banni appartient à un garçon de 12 ans, pupille du maire qui se lance donc à sa recherche puisqu’il est la prunelle de ses yeux.

Atari - IOD

Une plongée en enfance universelle

Du propre avis du réalisateur, ce film d’animation n’est pas directement destiné aux enfants. Toutefois, il parle indéniablement à l’enfant que j’ai été et il m’a permis d’en ressentir les frissons. Ce ressenti repose avant tout sur la technique de stop motion, d’une grande fluidité, qui rappelle les théâtres de marionnettes de notre jeunesse. Le champ est resserré, les décors minutieusement travaillés et les plans d’un parallélisme étudié.

L’histoire en elle-même n’est finalement que la quête d’un garçon à la recherche de son chien, animal de compagnie doté de la compréhension de son langage et chargé de sa protection. Toutes les étapes du conte sont respectées, de la situation initiale, le quotidien d’une île japonaise dirigée par une caste à l’élément perturbateur, la décision d’éloignement de la race canine, en égrenant les différentes péripéties menant au succès de la recherche du chien. Aucun élément n’est négligé puisqu’on assiste à des scènes de bataille, de l’amour et une grosse dose de tendresse pudique illustrée par un exquis jeu de baton. Les touches de musique d’Alexandre Desplat résonnent régulièrement et rajoutent au côté épique du déroulé de l’aventure. La part d’enfant qui demeure en moi était donc enchantée.

Ile aux chiens - Humour

Un sens de l’humour de niche

Au-delà du travail des couleurs, du soin qu’il apporte aux costumes et au découpage de ses plans autrement dit à l’esthétique en général, le cinéma de Wes Anderson se reconnait entre tous pour son sens de l’humour singulier. La plupart de ses personnages vivent en marge de la société ou du moins en décalage. Ils souffrent souvent de dépression ou sont au moins affectés d’un trouble social caractérisé souvent dû à la perte ou l’absence d’un proche parent. Cela leur confère souvent un sens de l’humour particulier ou ils provoquent sans le vouloir des situations qui prêtent à rire.

Atari, le jeune héros ne fait pas exception à cette règle puisqu’il est orphelin et que son seul ami semble être son chien. Les autres membres de son expédition ont tous des symptômes caractéristiques. Un des chiens est obsédé par les potins, un autre souffre d’une violence intériorisée, tandis qu’un petit pug doublé par la voix polaire et envoutante de Tilda Swinton semble capable de lire l’avenir dans la télévision. De même, l’intrigue principale consiste à entretenir avec conviction l’idée que les chiens sont finalement supérieurs aux chats. Après tout, Wes Anderson a bien précisé à l’occasion d’une interview qu’on n’a jamais vu un chat sauver un être humain. Pour moi c’est un trait d’humour exceptionnel puisque tout le monde sait que les chats sont bien plus chouettes. Là n’est pas le propos.

Wes Anderson parvient à susciter le rire dans les dialogues, prêtant aux chiens des réflexions philosophiques décalées ou par exemple aussi en jouant sur le décalage entre le sérieux des propos d’une militante, doublée par Greta Gerwing et sa situation en tant qu’étudiante étrangère. L’utilisation de procédés de narration classiques comme le flashback est également un excellent outil de comédie dans ce film d’animation.

Pour ces raisons principales, je vous invite donc à aller découvrir ce film. Cependant, comme souvent après le visionage d’un film j’ai pris l’habitude de lire d’autres retours dessus. Or, un article en particulier a été beaucoup cité sur Twitter pour dénoncer certains défauts du film.

Affiche

Les travers de l’occidentalisme

L’article dont je vous mets le lien juste ici, en anglais, reproche à Wes Anderson d’offrir une vision simpliste et caricaturale du Japon. Ce qui s’interprète au premier abord comme un hommage d’un passionné de culture étrangère peut en effet apparaitre sous un autre jour quand on approfondit le portrait qu’il fait de cette ville inspirée du Japon. Les éléments caractéristiques sont en effet mis en valeur par touche peu subtile : les sumos jouent du tambour en ouverture et en fermeture, puis on survole la ville et l’on croise un cuisinier qui cuisine du poulpe vivant pour le réduire en sushi et enfin le traitement de la voix des personnages autres que les chiens n’est pas très positif puisqu’il fait passer les japonais pour des gens hurleurs et peu compréhensibles.

L’article explique mieux que moi en quoi cela peut être problématique avec un film de cette envergure. Je ne pense pas pour autant que ce traitement soit intentionnel et il est possible d’apprécier le film tout en ayant conscience de cet aspect.

 

 

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  • Outch tu m’as devancé, Je vais le voir cette semaine je comptais en faire une critique dans la foulée. En tout cas je lirais la tienne une fois vu hi
    stoire de me faire mon idée. 😉

  • A y est… Vu hier soir. Je suis bouleversé par ce film qui est a mes yeux une merveille. Tout a fait d’accord avec ta critique. Tu l’as vu en avant première pour avoir pu le chroniquer si tôt?

  • Effectivement j’ai pu le voir en avant-première il y a quelques jours au forum des Halles. A l’avenir on dialoguera davantage sur nos choix de sujet 🙂

    Contente qu’il t’ait plu, c’est vraiment une belle oeuvre !

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