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WHISKY OR NOT WHISKY #49 / MID90’S

mardi 21 avril 2020 - Commentaire : 0

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Réalisé par Jonah Hill, Mid90’s (ou 90’s) nous raconte la vie de Stevie, un pré-ado de 13 ans qui vit à Los Angeles dans les années 90. Muni de son skate-board, le jeune garçon navigue entre sa vie de famille problématique et ses nouveaux amis, une bande de potes auprès de qui il essaie de se faire valoir. Plus qu’un teen movie, ce long métrage s’impose comme une vraie réflexion sur une décennie révolue, cette fin de siècle où tout a basculé.

Si vous avez grandi et vécu votre adolescence durant les années 90, ce film est fait pour vous. Telle une Madeleine de Proust, vous vous identifierez à Stevie, ou à l’un de ses acolytes.

En qualité de plaidoyer, Mid90’s (titre original) témoigne avant tout d’une époque. C’est ici la fin d’un monde, cette décennie particulière marquant bien plus que la simple fin du XXème Siècle. L’idée est (notamment) de dire que toute une société est arrivée à un point de non-retour : notre modèle de consommation va changer, ne pouvant plus se baser sur la possession compulsive d’objets issus d’une certaine culture mainstream.

S’il nous est possible d’avancer de tels arguments, c’est parce que de nombreuses références sont glissées ça et là tout au long du long métrage. En fin de compte, c’est au spectateur actif de se positionner dans un débat, entre nostalgie d’un “monde d’avant” – basé sur les objets de consommation – et dématérialisation du monde nouveau.

Le milieu des années 90 a marqué le début d’Internet, l’arrivée du Mp3, les premiers téléchargements et les balbutiements du streaming… En synthèse, l’avènement d’un XXIème Siècle et de l’ère du numérique.

Dès la séquence d’ouverture, une succession de plans assez rapides nous permet d’implanter ce sous-texte. Tout y passe : SuperNES, Disc-Man, tee-shirt Street Fighter 2, caméscope Hi8, CD, PlayStation 1… Tout un tas d’inserts nous sont envoyés en pleine face pour signifier quelque chose : les 90’s restent bel et bien cette décennie où notre société matérialiste avait atteint son apogée. Nos boulimies de collection étaient telles qu’elles réduisaient à néant tout symbole possible de contre-culture.

Comprenez : tout devenait trop rapidement cool et commercial sans prendre le temps d’être avant-gardiste. Je pense – entre autre – à une icône “grunge” comme Nirvana qui deviendra une mode, un signe même de pop culture plutôt qu’un manifeste anti-système.

S’il y a bien un message à retenir de Mid90’s , c’est certainement le suivant : ces dix années furent un moment de transition. Dix années sur lesquelles Jonah Hill a forcément une opinion. Né en 1983, le réalisateur (que l’on connaît surtout pour avoir tourné dans les comédies de Judd Apatow) fait un véritable “choix” qui dépasse le cadre de l’autobiographie fictive ou du seul souvenir de son adolescence. Il fait bien plus que transposer une intrigue dans une époque résolument passée.

En voyant le jour aux début des 80’s, Jonah Hill se situe à la jonction même entre deux générations : la génération X et la génération Y. Ce sont là deux manières plus ou moins distinctes de penser la société de consommation. Si certes la génération Y demeure celle des nouvelles technologies et de l’omniprésence des écrans, il n’en va pas de même pour la génération X. Aussi, Jonah Hill a vécu son enfance et son adolescence dans une ambivalence constante, à une époque même où le monde était en train de muter entre deux styles de vie.

Or, l’adolescence reste cet âge où nous sommes en proie à une véritable crise identitaire. A l’instar de son héros Stevie, Jonah Hill a certainement vécu cela comme étant une double-crise : le monde lui-même était en train de changer, bousculant nos repères et notre façon de consommer.

En bref : les années 90 restent cette décennie à la recherche constante d’une identité propre dans une schizophrénie palpable. Elles sont le témoin privilégié d’une génération d’adolescents qui souffrait d’impersonnalité. Nous étions tous et toutes tiraillés entre les modèles de nos parents (la génération “Peace and Love”, l’après Mai 68…) et l’envie de construire nos propres codes culturels.

Dans ce jeu-là, le réalisateur semble témoigner d’une empathie touchante pour son héros, un protagoniste dans lequel il s’incarne certainement. Le grain de l’image – qui semble vieillot et bricolé – parle de lui-même et se suffit à lui seul. Relativement court, Mid90’s est un beau film en direction des trentenaires. Il sait construire ses propres critères dans un format 4:3 assumé qui flirte avec le vintage.

Quelque part, ce long métrage vient nous rappeler la chose suivante : les enfants que nous étions devaient s’adapter à l’émergence d’un nouveau monde que nous n’avions vraiment pas choisi. C’est ainsi que nous sommes devenus les premiers adultes aguerris du XXIème Siècle, où les mots “crise” et “urgence” ont très vite pris le pas sur des modèles révolus qui feignaient d’être prospères.

J.M.

 

 

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