Wednesday, January 26, 2022

L’humour pré-apocalyptique de Netflix : divine comédie ou vaine tragédie ?

Sorti coup sur coup en fin d’année dernière, Don’t Look Up et Death to 2021 essaient de nous faire rire de notre monde qui se meurt.

Dans le premier, on suit un duo d’astronomes décidés à alerter le monde d’une menace imminente : une comète géante prête à annihiler toute vie sur Terre en s’y écrasant comme au temps des dinosaures. Nos mois sont comptés mais personne n’en a rien à carrer : la Présidente des Etats-Unis est au cœur d’un nouveau scandale, les médias courent après le buzz et nous sommes tous bien trop occupés à nous envoyer des vidéos de chat.

La charge semble féroce, mais pas tant que ça. Le film n’apporte rien qu’on n’ait déjà vu en ligne ou dans des sketchs. La force de frappe Netflixienne et le casting 5 étoiles (Jennifer Lawrence, Leonardo DiCaprio, Meryl Streep, Cate Blanchett) font le reste : Don’t Look Up est de loin le film dont on m’a le plus parlé pendant les fêtes. Il a au moins le mérite d’inciter à l’action contre le changement climatique via un partenariat avec l’association Count Us In.

Mais les bonnes intentions ne font pas toujours de bons films. On peut questionner la débauche de moyens déployée pour nous faire rire… de quoi ? De notre incompétence ? Des pantins corrompus qui nous gouvernent ? Le film s’appelle bien Don’t Look Up (le slogan des négationnistes de la comète) et non pas Just Look Up. S’il touche in fine à l’émotion via le personnage de Jennifer Lawrence et l’ultime phrase de DiCaprio, on a l’impression qu’il se gargarise de montrer des personnages grotesques (le personnage inutile de Jonah Hill). Dans son excellent essai Apocalypse Show, quand l’Amérique s’effondre, Anne-Lise Melquiond montrait comment Hollywood n’aime rien tant que prophétiser la fin du monde pour enrichir ses scénarios et son box-office.

Et Netflix d’en remettre une couche avec une deuxième édition de leur faux documentaire. Death to 2021 propose en moins d’une heure de retracer les évènements marquants de l’année, sous la houlette d’intervenants fictifs tous plus stupides les uns que les autres : un savant farfelu, un éminent professeur anglais (Hugh Grant), une « Karen »… Un an déjà depuis les gogols du Capitole et ce comedy special semble assez vain : 2021 est bien triste résumée ainsi et terriblement centrée sur les Etats-Unis.

Au final, ça sent l’Oscar ?

Le réalisateur de Don’t Look Up a clairement la cote. Son parcours est un rêve pour bon nombre de metteurs en scène catalogués « potaches ».

Adam McKay s’est d’abord fait un nom à la télévision avec le Saturday Night Live, puis a tourné des comédies cultes avec Will Ferrell : Anchorman, Talladega Nights, Step Brothers, The Other Guys sans oublier l’une des premières vidéos virales de l’Histoire : The Landlord (2007).

En 2015 avec The Big Short, il s’attaque au sujet de la crise des subprimes. Le ton de « petit malin » avec clin d’œil caméra de Ryan Gosling et Margot Robbie dans un bain moussant a fait son petit effet : il remporte l’Oscar du meilleur scénario tout en étant nommé pour la meilleure réalisation. Rebelote en 2018 avec Vice qui s’amuse de Dick Cheney, l’ancien vice-président de George W. Bush : le cinéaste est nommé dans les deux mêmes catégories, plus celle du Meilleur Film.

Il est donc difficile de nier les chances d’Adam McKay cette année, quoi qu’on pense de son film. Reste à voir si l’engouement public autour de Don’t Look Up va tenir encore quelques mois ou bien diminuer jusqu’à offrir peut-être une seule nomination : Meilleure Chanson pour Ariana Grande et ses paroles bien senties (« Just look up / Turn off that shit box news / Cause you’re about to die soon everybody! »). Perso, j’aurais préféré Didier Super.

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