Friday, May 20, 2022

Du LSD à la gifle, petite histoire des scandales aux Oscars

Cela n’a pas pu vous échapper, la cérémonie des Oscars 2022 aura été marquée par la gifle de Will Smith sur Chris Rock. Si les organisateurs, en manque d’audience depuis des années, avaient voulu faire du buzz, ils ne s’y seraient pas pris autrement. Mais il semble bien que cette scène surréaliste n’ait pas été élaborée par des esprits aussi tordus que le mien, et qu’il s’agisse véritablement d’un nouveau scandale lors de la grand-messe du cinéma Hollywoodien. Oui, car ce n’est pas le premier, laissez-moi vous rafraîchir la mémoire.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que la cérémonie des Oscars est loin d’être un temple d’exemplarité. Commençons par tirer sur l’ambulance en évoquant son manque flagrant de mixité. Seules 6 personnalités afro-américaines ont reçu la statuette de Meilleur Acteur/Actrice depuis 1929, date de la création de la remise de prix. Profitons-en pour les citer : Sidney Poitier (1964), Halle Berry (2002), Denzel Washington (2002), Jamie Foxx (2005), Forest Whitaker (2007) et bien sûr Will Smith (2022). N’oublions pas de parler aussi de Hattie McDaniel qui reçut un Oscar de la « Meilleure Actrice dans un second rôle » dès 1940, dans « Autant en emporte le vent » où elle jouait… une esclave.

« La cérémonie des Oscars, ça ressemble à un concours d’élégance pour chiens. »

Patricia Arquette

Toutes les polémiques qui ont émaillé ce quasi-siècle de cérémonies ne se valent évidemment pas. Pour moi, la plus géniale est celle de 1973, durant laquelle Marlon Brando refusa sa statuette et envoya Sacheen Littlefeather, une actrice amérindienne, sur scène à sa place. « Je représente ce soir Marlon Brando et il m’a demandé de vous dire que c’est avec beaucoup de regrets qu’il ne peut accepter ce généreux prix. Et cela à cause de la façon dont l’industrie cinématographique traite les Indiens d’Amérique. » Une mise en lumière du problème réussie, même si la jeune comédienne dut subir quelques huées d’une partie de l’auditoire, à la place de l’acteur.

En 2003, Michael Moore reçoit l’Oscar du meilleur documentaire pour « Bowling for Colombine », son pamphlet anti-NRA (National Rifle Association), dans lequel il dénonce le droit au port d’armes dans son pays. Il foudroie la violence que cela engendre et profite d’être au micro devant les spectateurs et téléspectateurs de la cérémonie pour interpeller le président de l’époque sur l’invasion de l’Iraq par les Etats-Unis : « Honte à vous monsieur Bush ! Honte à Vous. » Là encore, la réponse du public de professionnels du cinéma est une volée de sifflets…

« Ce n’est pas la récompense qui élève l’âme, mais le labeur qui lui valut cette récompense. »

Multatuli

Matt Stone et Trey Parker sont les créateurs géniaux de la série animée South Park. Eux aussi ont défrayé la chronique en se présentant à la cérémonie des Oscars 2000 vêtus de robes extravagantes sous les regards médusés de la foule. Ils avoueront quelques années plus tard qu’il n’y avait pas d’autre but que d’amuser la galerie et que, accessoirement, ils étaient défoncés au LSD. 26 ans avant, en 1974, c’est le photographe Robert Opel qui avait traversé la scène en tenue d’Adam pour critiquer le conformisme de la société.

Je voudrais citer enfin la prestation hilarante de Sacha Baron Cohen sur le tapis rouge en 2012, affublé de la tenue de son personnage dans « Le Dictateur », déversant le contenu de l’urne censée renfermer les cendres de Kim Jong-Il sur un animateur-télé dépité. Ou encore le moment improbable en 2017 où l’équipe du La La Land monte sur scène récupérer l’Oscar du meilleur film, commence son discours de remerciements et est interrompue par les producteurs de la cérémonie. La mauvaise enveloppe avait été donnée aux présentateurs et c’est le film Moonlight qui était le bon lauréat !

Les audiences de la cérémonie des Oscars ne cessent de chuter. En 2014, elle avait rassemblé 43 millions de téléspectateurs, 36 en 2015, 34 en 2016, 32 en 2017, avant de tomber à 26 millions en 2018, rebondir en 2019 avec 29 millions de téléspectateurs, puis de retomber à 23 millions en 2020, avant d’atteindre les bas-fonds en 2021 avec 10 millions d’américains seulement devant leurs postes de télé.

« Le cinéma c’est aussi des ego, des névroses, un marché et une compétition. »

Jean-Jacques Beineix

La gifle de Will Smith aura ainsi eu le mérite de donner une claque à l’audimat, puisque ce sont un peu plus de 15 millions de téléspectateurs qui ont suivi l’édition 2022. Mais de toutes les polémiques et autres scandales de la cérémonie des Oscars, celle-ci n’est vraiment pas la plus glorieuse. La violence s’invite décidément de partout, y compris là où elle n’a absolument pas sa place. Il est nécessaire de s’interroger sur ce phénomène. Que ce soit sur les réseaux sociaux, en politique, sur les terrains de sport ou dans la rue, la brutalité et la haine sont omniprésentes. Et au-delà de ce problème sociétal, on peut aussi se demander si une remise de prix, c’est-à-dire une compétition, pour le septième art comme pour les autres, a réellement un sens. Je ne suis pas d’accord avec Jean-Jacques Beineix. L’art ne devrait-il pas être exempt de toute rivalité ? N’est-il pas un échange unique et particulier entre l’artiste et celui ou celle qui découvre son œuvre ?

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