J’ai vu The IDOL, et c’est pas si mal

J’ai regardé The Idol, la mini-série HBO qui fait le buzz en ce moment. Il faut dire qu’un show qui réussit à s’attirer les foudres de toutes parts avec autant de violence, ça attise la curiosité, forcément. Le parfum de scandale qui accompagne la série est sa meilleure pub. Imaginez, la série récolte la note de 27 (sur 100???!!!) sur Metacritic, soit une des pires séries de tous les temps…. A côté, sur le papier, Derrick passe pour un chef d’oeuvre. Et quand on pense à toutes les éloges que s’est ramassé Last Of Us, en début d’année, l’adaptation (ou décalque devrais-je dire) du jeu vidéo éponyme, alors que Pedro Pascal mis à part, ça casse pas trois pattes à un canard.

Bon là il y a un loup, il fallait donc que je m’y colle. Après les cinq épisodes je peux dire que si ce n’est pas la série de l’année je l’ai regardée sans déplaisir et l’ai trouvée beaucoup plus intéressante que les critiques lapidaires ne le laissaient penser.

Alors, si vous étiez sur une autre planète ces dernières semaines, The Idol kézako ?

the idol

C’est le showrunner de Euphoria, Sam Levinson qui est aux manettes. La série narre les affres de Jocelyn une starlette de la musique pop, une Britney Spears 2.0 campée par une parfaite Lily-Rose Depp qui franchement crève l’écran. Jocelyn dont la mère est décédée il y a peu, peine à se remettre en selle alors que son équipe de producteurs et managers la presse pour qu’elle sorte des nouveaux singles et prépare une tournée. En plein doute existentiel, elle croise la route de Tedros, patron de club et personnage interlope joué par The Weeknd. Ils tombent dans les bras l’un de l’autre et Tedros va faire office de directeur artistique, stimuler et aider Jocelyn à relancer sa carrière en puisant en elle et ses douleurs.

Oui, mais… on comprend très vite que le Tedros il est un peu chelou, il débarque comme un vampire (il attend d’être invité) ou un Tartuffe moderne dans la villa (à Hollywood) de la star avec tout son clan de jeunes chanteurs, musicos hyper-doués entièrement sous sa coupe et producteurs. Il s’installe, impose ses règles. Sa philosophie et ses méthodes malsaines (violences et domination morale et sexuelle) font qu’on l’assimile à une espèce de gourou. Bien entendu, tout le monde s’en rend compte, sauf Jocelyn.

the idol

Parmi les reproches les plus répandus sur la série, il y a le jeu d’acteur de The Weeknd. OK il est pas ouf, mais pas non plus ce qu’on a vu de plus mauvais sur le petit écran. Mais surtout, on reproche les nombreuses scènes érotico-chic-sado-masochistes jugées racoleuses et putassières. J’ai entendu parler de “porno-chic” alors qu’on n’en voit pas plus que dans une pub Tahiti-Douche, ceux qui viendront pour ça seront déçus.

Nous voyons bien là toutes les contradictions d’une Amérique profondément hypocrite et pudibonde, la même qui sexualise à outrance ses jeunes stars au sortir de l’adolescence pour les jeter en pâture au grand public, aux paparazzis et autres requins-producteurs sur l’autel du fric. Comment cette Amérique peut-elle s’offusquer, jouer les vierges effarouchées en regardant sa propre image dans le miroir ?

On n’est pourtant pas davantage choqué par The Idol que n’importe quel clip de Rihanna, Britney Spears, Nicky Minaj, Lady Gaga ou même Madonna il y a déjà plus de trente cinq ans. Certes, la caméra est par trop collante et ausculte le corps de Lily-Rose Depp sous tous les angles cependant l’actrice qui s’est pleinement investie dans ce rôle assume totalement et certaines scènes sont l’expression de sa volonté : “C’était vraiment important pour moi et j’avais hâte de le faire. Je n’avais pas peur. Je pense que nous vivons dans un monde hautement sexualisé. Je pense que c’est une chose intéressante à explorer”.

Mais surtout, s’arrêter à ces critiques (qui pour l’essentiel se sont cantonnées à deux épisodes) c’est passer complètement à côté de ce qui fait le sel de la série, son propos même qui est le jeu des dominations et manipulations. Qui manipule qui ? Qui pense manipuler l’autre alors qu’il se fait manipuler ? En cela la série est assez passionnante et bien foutue, les personnages évoluent et le dernier épisode vient rabattre les cartes en beauté. Le modèle revendiqué est du grand Paul Verhoeven et sans doute aussi

Ajoutez que The Weeknd n’est pas venu les mains dans les poches et signe brillamment la B.O. et les chansons, comme par exemple le magnifique thème principal très badalamentien  qui donne au show une patine très mélancolique;

Ou encore ce morceau dépouillé au piano co-écrit et interprété par Suzanna Son ;

HBO ne s’est pas encore prononcée sur l’annulation ou la reconduction de la série mais j’aimerais vraiment voir la suite même si elle pourrait très bien se terminer ainsi.

La série est disponible sur Amazon prime, faîtes-vous votre idée.<

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