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Chroniques à brac par

Lonely boy

samedi 29 octobre 2011 - Commentaire : 0

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Le vent. Sensation cinglante sur mes joues. Chouette. Avoir mal un peu. Une douleur plaisante. Si la vitesse me le permettait, je sourirai. J’aime pas les casques intégraux et je file sur cette route à toute allure. Comme le vent. Le col de ma veste relevé, le cuir chaud contre mon cou.
La fille. Je l’ai laissée là, sur la banquette rouge. Ses cuisses nues quand elle s’est levée pour me suivre ont fait un drôle de bruit. Une sorte d’aspiration comique. Elle transpirait, sans doute. Le skaï ça pardonne pas. Même aux gonzesses les mieux roulées. J’ai pas ri, juste dans ma tête, j’imaginais d’autres bruits de succions. Si je lui avait dit elle aurait taclé “t’es dégueulasse”. La nana qui te laisse faire tout ce que tu veux, tant que tu dis rien.

On a commandé un burger, elle a à peine touché ses frites. Ses doigts trituraient la salière, pendant qu’elle regardait loin par dessus mon épaule. Standby. J’ai cru qu’elle s’ennuyait, alors je lui ai raconté des trucs. Un peu n’importe quoi. Ce qui venait. L’élevage de porcs en Caroline, puis comment j’étais passé à un boulot de livreur dans le Montana. Distributeur de journaux  dans le Maine. Jamais pu me fixer quelque part. Je suis pas un de ces putain de bestiaux qu’on parque. Ses yeux quasi transparents continuaient de fixer un point. Loin. De temps en temps, ses lèvres bougeaient un peu, comme si elle allait dire quelque chose. Et puis, finalement, ça donnait un sourire pâle. Standby. De quelque chose, de quelqu’un.

Pour voir, je l’ai fermé. J’ai planté les dents dans les buns tous chauds, sentant dégouliner le jus de la viande mêlée de sauce sur ma langue. J’ai fini le burger, elle était toujours silencieuse. Impassible.

Puis j’ai balancé comme ça, pour voir: “tu viens?” et elle s’est levée -c’est là que j’ai entendu le bruit- je l’ai précédée sortant du dinner, me dirigeant vers le parking. Je savais où était garée sa caisse. Une vieille dodge, pas rutilante, mais aux sièges larges.

Pour voir, je lui ai dit “ouvre” et elle a poussé la clé dans la portière. J’ai dit “monte, à l’arrière” et elle l’a fait. En enjambant, sa jupe s’est relevée bien haut, montrant un bout du tissu de sa culotte. Dans la pénombre, j’aurai pas su dire de quelle couleur elle était. Mais c’était pas le plus important: je lui ai emboité le pas, ou plutôt filé le train, et puis on s’est retrouvé à l’arrière de sa bagnole. Elle disait toujours pas un mot, mais j’ai vu briller ses dents humides à l ’éclat de la lune. Je suis sûr qu’elle voulait.

Pour voir, je lui ai direct collé la main au panier, elle a juste soupiré, s’est laissée faire. C’était dur de la prendre comme ça, mais je l’étais tout autant- incluez ici les jeux de mots les plus crasses.

Muette, elle s’ouvrait, de plus en plus.

Y a que quand j’ai senti que j’allais venir, qu’elle a dit “merci”. Juste ça, “merci”.

Puis on s’est rhabillés. Ça a pas été long. Faut dire qu’on avait joué la facilité. Baiser dans une bagnole est déjà épique en soi, pas besoin d’en rajouter. Ou plutôt d’en enlever.
Je suis sorti. J’aurai bien voulu m’en griller une. Genre cinéma.  Mais j’ai jamais supporté l’odeur des clopes. Tant pis. Le macadam fumait légerement. Typique des soirées d’été trop chaud, où l’humidité suinte comme elle vient.  Ca vous mouille par où ça peut, ca se colle à vous comme un baiser d’adolescente, ça se mêle à votre propre sueur. Ses talons ont claqué, derrière moi. Je me suis retourné, ai attrapé sa taille, elle m’a repoussé.
“C’est pas parce que tu m’as baisée que t’es mon mec” elle a jeté.
En poussant la porte du dinner, je savais déjà. Le bout de mes tiags un peu usés: elle arrêtait pas de les fixer.
Je l’ai fait se rasseoir. Je lui ai commandé un coke. Diet. J’ai insisté auprès de la serveuse sur le diet.  Je voulais qu’elle se trouve un peu grasse, un peu grosse. Un peu honteuse.
J’ai pris une bière, que j’ai vidée en deux gorgées. Puis, j’ai posé les billets et l’addition sur le formica. J’avais noté mon numéro dessus. Pour la serveuse. En vérifiant qu’elle aie bien vu.
Je me suis levé, et j’ai dit “m’appelle pas”. Elle a pas bougé, sur la banquette rouge.

Et maintenant, alors que mes cuisses ressentent la moindre vibration de la moto poussée au max, qu’à mes oreilles ça siffle et mord, je suis salement content:  je sais.

Elle va rappeler.

Et vite.

La garce.

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