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Elysium : la SF selon Karl Marx

samedi 21 septembre 2013 - Commentaire : 0

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Août 2013, film de Neill Blomkamp avec Jodie Foster, Matt Damon, Alice Braga…

Si vous n’êtes pas né sur une autre planète – on le saurait – vous aurez constaté à coup sûr  que la manière la plus efficace de transmettre un message à visée universelle, c’est de l’exprimer par une parabole. Lao Tseu l’a dit, Jésus aussi. Philip K. Dick serait probablement d’accord, de même que pas mal de ses confrères qui ont fait de la science-fiction un vivier d’hypothèses et de simulations des comportements humains dans un futur proche ou plus lointain. Il y a un petit côté prophète dans chaque auteur de SF qui se respecte ; un côté prêcheur parfois aussi. Il y en a même qui ont fondé des religions là-dessus. Bref ; Elysium, c’est un film à classer dans la catégorie SF/anticipation, avec un scénario qui se cale au 22ième siècle et qui se veut l’extension extrême d’un modèle de société globalisé, bipolarisé, type favela vs banlieue résidentielle friquée. Le monde est devenu une vaste mégapole débordant de miasmes et de surpopulation, manière de bidonville technologique envahissant l’espace laissé vacant par les zones industrielles. La banlieue chic au contraire, lassée de s’entourer de murs, s’est exportée dans l’espace, sur une colonie élyséenne de magazine où la division ‘sécurité’ s’ennuie à mourir, se bornant à repousser les importuns qui auraient le mauvais goût d’immigrer clandestinement au paradis…

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A partir de là, si tu n’as pas vu le film, gaffe, je vais te spoiler pas mal de choses. Dans ce modèle outré, la répression est automatique, automatisée même. Les logiciels des forces de l’ordre et du Pôle Emploi mondial sont délicieusement calqués sur la charte Hugolienne d’un Javert débarrassé de ses faiblesses humaines. Face à cette machinerie cruelle, Matt Damon/Max sera l’ultime recours, oui, vous vous en doutiez et vous aviez bien raison.

C’est peut-être ça, la faiblesse d’Elysium : depuis le début, on s’en doutait. Non que le schéma de la lutte des classes soit voué au même éternel dénouement ; mais il y a la manière de faire pour enrober le propos, rendre finaud le procédé de retournement de situation et précipiter la rupture d’équilibre. Ici, non, c’est très simple : notre héros naît affligé d’une tare/rêve, il ne peut s’empêcher de voler ce qui, dans un monde juste, devrait être offert à tous : des ressources. Une richesse symbolique, tracée en forme de cercle dans le ciel. Une terre nourricière de forme parfaite, dont les ‘riches’ ont volé l’image et la substance pour s’en repaître comme d’infâmes pourceaux capitalo-jouisseurs. Or non, dans un monde idéal, la richesse produite se partage entre tous, bien évidemment. Devinez ce qui s’ensuit ? Robin des Bois n’a plus de collants au cinéma, il est tatoué et travaille à l’usine mais l’histoire reste la même.

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Des bonnes choses il y en a, et à revendre ; des personnages, des situations qui te rappellent les vrais bons univers rétro-futuristes hérités des classiques immortels. Du maître geek, techno-mafieux un peu ambidextre question idéaux, au mercenaire sans foi ni loi et complètement déjanté qui se coltine le travail de police inaccessible aux robots flics de base ; le doublage français de ce mec à barbe, grand style légion étrangère, vaut son pesant de cacahuètes aussi (c’est l’un des seuls). L’idée de faire travailler Max dans une usine qui reconditionne les androïdes reste également en tête, comme un supplice de Sisyphe moderne où l’humanité ne trouverait plus son salut qu’en monnayant sa participation au système qui la broie et le vide de toute forme de dignité. Paradoxalement, c’est le côté humanitaire du film qui le plombe un peu ; parce que Blomkamp se sent obligé d’en faire des tonnes dans le genre. Il est vrai que l’accès aux soins médicaux est au cœur de la problématique de l’œuvre : on est cependant sur une étape étrange où l’humanité touche à la perfection et à l’immortalité d’un futur fantasmé tout en restant sur le seuil de la science-fiction pure, retenue par le poids des luttes sociales qui sont l’héritage douloureux de l’Ancien Monde. Passage de la dure réalité au rêve d’une société idéale coupée des contraintes et des différences. Dis, toi, t’y crois ?

Jodie Foster s'interroge...
Jodie Foster s’interroge…

La bande-annonce (parce que !) :

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