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WHISKY COCA / LES ANNEES 90 (EDITO)

lundi 8 octobre 2018 - Commentaire : 0

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120 BPM par minute, Mektoub My Love et maintenant Plaire, aimer et courir vite de Christophe Honoré… Depuis quelques années, le cinéma français met en scène une fascination nostalgique des années 90. Pourquoi ? Cette décennie marque la bascule irréversible vers un monde nouveau et reste à la jonction d’un vrai clivage entre les partisans du “c’était mieux avant” et ceux du “il y a une appli pour ça“.

En Novembre 1989, le Mur de Berlin tombe. Avec lui, c’est toute une vision politique du monde qui vient de changer. Désormais, nous vivrons dans une société où les idéaux, et la lutte pour des concepts, passeront au second plan. La frontière radicale entre capitalisme et communisme n’est plus. C’est la fin de la Guerre Froide, l’échec de Gorbatchev, la continuité de la crise économique due aux chocs pétroliers. La chute du Mur de Berlin, c’est la fin des idéologies pour une génération Y qui se voudra bien plus pragmatique.

Mais c’est quoi la génération Y ? Et bien, c’est celle des actuels trentenaires qui ont été élevés par une génération parfois “Peace And Love”. On nous recommandait de lire les dystopies d’Orwell ou bien les expériences de vie de Charles Duchaussois. Nos parents nous recommandaient eux-mêmes des disques majeurs ; ceux des Doors, de Pink Floyd ou bien de Serge Gainsbourg. Au mieux, il nous fallait saisir le sens de la New Wave d’Eurythmics ou bien de Depeche Mode.

C’est cette même génération qui a été biberonnée par Terminator, Rambo, Rocky, Gremlins et Ghostbusters. John Carpenter, David Cronenberg ou Dario Argento passaient d’ailleurs pour des avant-gardistes. De même, nous fantasmions sur la Beat Generation de Kerouac et sur le road movie d’Easy Rider. Parmi nos livres de chevet trônaient fièrement Romain Gary ou encore Boris Vian.

Cependant, le moment de construire nos propres repères et nos propres codes culturels finirait par arriver. Perte des convictions pour des idéaux à l’appui, nous sommes cette génération Y qui ne voterait plus au sein de démocraties qui ont montré leurs limites. Progressisme social, centre réformiste, social-démocratie… Tous ces sujets ne nous passionnent plus, car nous demeurons déçus par des schémas politiques qui gouvernent l’Europe. Alors que le populisme frappe à nos portes, l’avenir ne nous intéresse pas. Les actuels trentenaires veulent des changements concrets et ne s’engagent plus. Nous sommes la génération désabusée du CDD qui se fiche du lendemain et n’hésite pas à démissionner.

Comment en-sommes nous arrivés là ? Nous avons grandi dans les années 90, la décennie qui a suivi la chute du Mur. Nous avons tous et toutes été des adolescent(e)s durant les 90’s. A la télévision, nous étions martelés par le Club Dorothée et les premiers animés japonais très mal traduits par AB. Nous étions pré-fabriqués par Hélène et les garçons, Beverly Hills ou encore Friends. Nous attendions avec impatience la Trilogie du Samedi avec Buffy ou bien Les Contes de la Crypte.

Nous écoutions de la Dance Music sur nos postes CD et découvrions les sitcom aux rires enregistrés, X Files, Code Quantum et Urgences. Pendant ce temps, il y avait la Guerre du Golfe, le conflit des Balkans, l’opération “Du Riz pour la Somalie” de Bernard Kouchner. Cette décennie, c’est aussi celle du SIDA et du scandale du sang contaminé. Chirac qui succède à Mittérand.

C’est l’époque des Reebok Pump et des Air Jordan. Les dix plus belles années de la culture populaire des jeux vidéos avec la guerre entre Nintendo et Sega. Être Mario ou Sonic, c’était comme adhérer à un parti politique quand nous étions gamins.

Ces années-là, elles représentent la fin d’un monde bipolaire et manichéen où les nouvelles technologies vont émerger. A la VHS va succéder le DVD. Les tatoos deviendront des téléphones portables. Les premiers modems verront le jour avec Liberty Surf ou les chats caramail (“ASV”).

caramail

La fin du XXème Siècle marquera une vraie rupture entre deux manières d’évoluer dans la société : rester dans le “c’était mieux avant” d’un côté, basculer dans le “il y a une appli pour tout” de l’autre. C’est le début des grandes privatisations de nos services publics, à commencer par France Télécom.

Cette nouvelle chronique traitera des produits TV, cinéma, musicaux et littéraires de cette période. Nous y analyserons la manière qu’ont eu les 90’s de façonner les individus que nous sommes devenus. Une génération schizophrène, désabusée et parfois impersonnelle.

Car les 90’s, ce sont aussi des mythes majeurs de notre culture mainstream qui restent néanmoins contestataires. Tarantino et Pulp Fiction, La Haine de Kassovitz, Trainspotting de Danny Boyle marqueront le cinéma. Dans un autre style, c’est également la fin du rêve américain, du personnage bigger than life qui provoque la reconversion méta-filmique d’acteurs comme Schwarzenneger ou bien Stallone (Last Action Hero, Demolition Man). C’est également la décennie des blockbusters qui véhiculent des messages pseudo-humanistes, comme Jurassic Park ou encore Titanic. On tentait vainement de nous faire croire que le libéralisme pouvait être bien-pensant.

Au cinéma toujours, le traitement du personnage féminin avait de quoi interroger. C’était le renouveau d’une vision masculine des femmes fatales, avec Pretty Woman, Basic Instinct ou encore Harcèlement. Sharon Stone et Demi Moore manipulaient Michael Douglas en le tenant littéralement par la queue.

Un phénomène que la génération meetoo trouverait puant à souhait. Vrai-faux débat, nous nous demandons s’il est encore possible de regarder ces films avec notre regard féministe d’aujourd’hui.

Les 90’s, c’est aussi l’émergence des musiques électroniques et d’une nouvelle culture, la culture techno. Daft Punk, The Chemical Brothers, Prodigy, Underworld, Laurent Garnier, Jeff Mills ou bien Carl Cox tournent sur nos platines.

Musicalement, et au-delà de la Dance Music, les 90’s sont très loin d’être un désert. Le CD est un véritable instrument culturel de lutte qui appelle à la Révolution avec Nirvana, Radiohead, le rap conscient de IAM et NTM et Noir Désir (pour ne citer qu’eux). Dans un autre registre, les années 90 sont aussi la décennie du succès incontestable de la Brit Pop, des Spice Girls à Oasis en passant par les Smashing Pumpkins, The Cardigans, Garbage, The Cranberries et puis The Verve.

Et nous lisions de vraies critiques de la société de consommation grâce au Fight Club de Chuck Palanhiuk ou bien par le biais de Tom Wolfe et de Bret Easton Ellis avec American Psycho. En France, c’est le début du succès littéraire d’Amélie Nothomb. Ce sont des romans moins bons comme ceux de Beigbeder et son (facile) 99 Francs.

Alors bienvenue dans cette nouvelle chronique. Vous pouvez vous servir un Whisky Coca et grignoter quelques chips. Nous parlerons 90’s et premières boums, premières baisers et premières fois. Nous évoquerons les rave party, la drogue et le sexe. Nous parlerons du VIH et des banlieues. D’homosexualité. De films à gros budget. Du mouvement cyber-punk. Des vidéos-clubs qui étaient bien mieux que Tinder ou bien Facebook pour se créer un réseau social.

De l’envers du décor. De la marge et du trash. De l’importance politique dans l’évolution d’une société bientôt transgenre, hybride et robotique.

J.M.

 

 

 

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