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Chroniques à brac par

Je déteste le web d’aujourd’hui

samedi 24 février 2018 - Commentaires : 26

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Je déteste le web d’aujourd’hui parce que c’est devenu une énorme market place où plus rien n’est gratuit. Je déteste le web d’aujourd’hui parce qu’on n’arrive plus à créer des sites qui ne soient pas pensés comme un moyen de faire du fric. Quand je regarde le web d’aujourd’hui, j’ai l’impression de faire mes courses dans un mall et je déteste les mall.

Je déteste le web d’aujourd’hui parce que j’ai connu le web d’hier. Celui du début. Je suis biologiquement né en 1974 mais je suis né une deuxième fois en 1993 quand j’ai découvert le web à ses balbutiements. A une époque où naviguer sur la toile évoquait plus Vasco de Gama contournant le cap de Bonne Espérance que la rivière enchantée du Jardin d’Acclimatation. Le web d’hier était un peu bordélique, un peu moche, mais il reposait essentiellement sur l’envie de partager des idées ou des passions. Il y avait déjà quelques marques commerciales, mais elle n’avaient pas autant de place. Si vous n’avez pas connu le web d’hier, essayez au moins de vous souvenir du Facebook d’avant 2010, quand on se pokait, qu’on inventait des groupes aux noms débiles et qu’on créait un profil pour son chat. Tout ça, c’est terminé. Le web n’est plus guidé que par le profit et même si tu es un hacker-activiste de la liberté, tu dois te plier aux règles édictées par les GAFAM pour apparaître sur la toile et trouver ton public.

Je ne suis pas réac d’habitude mais je craque.

Je craque parce que la gratuité du web est en train de disparaitre : Il n’y a plus un site dont l’accès ne soit pas bloqué par un formulaire d’inscription, plus un blog qui ne t’agresse pas en te collant un putain de pop up pour s’inscrire à sa newsletter, plus un annuaire qui ne facture un abonnement mensuel pour accéder à une liste de gens, la seule valeur ajoutée de l’annuaire étant de les réunir dans une base de donnée.

Je craque parce qu’il ne se crée plus de grands projets d’envergure avec le partage pour seul mot d’ordre : chacun bricole son petit truc dans son coin en espérant gratter des parts de marché ou trouver la micro-niche dans laquelle il pourra devenir le site de référence, site qu’il monétisera ensuite avec de la pub et de l’affiliation. Rien que dans l’univers merveilleux du blog culturel, il se crée tous les jours des petits sites de niche alors qu’il serait si simple pour les chroniqueurs culturels de talent de venir faire des merveilles sur ton blog culturel préféré, contribuant ainsi à améliorer un projet désintéressé qui a su se faire une place depuis sept ans et qui n’a jamais vendu son âme.

Je craque parce que Mark Zuckerberg ne sera jamais Aaron Swartz : ce dernier était un génie visionnaire qui s’est battu pour la neutralité du net, a contribué à la création de Reddit, du flux RSS, des licences Creative Common a été un immense contributeur de Wikipédia et a écrit tellement d’essais brillants durant sa courte vie (il s’est suicidé à 26 ans) qu’on en a fait un livre. Aaron Swartz était un idéaliste du net, un ambassadeur d’un réseau qui pourrait améliorer la vie des gens, que tout le monde pourrait enrichir (il parait d’ailleurs que les fondateurs du net public imaginaient que tous les sites soient modifiables par tout le monde, afin que les contenus s’enrichissent naturellement et vertueusement, comme Wikipédia). Malheureusement, la cause défendue par Aaron Swartz manque de paladins et les forces du mal incarnées par les GAFAM gagnent inexorablement du terrain. Je ne leur en veux pas de ne pas payer d’impôts en France, ni de chercher à faire du profit, j’en veux plutôt aux autres de se laisser faire. Pour moi, les GAFAM, c’est l’anneau de Sauron. Ils sont devenus tellement indispensables au web qu’on ne peut vraiment plus se passer d’eux et tout ce qu’on fait sur un site affilié rebondit inexorablement dans les immenses bases de données qui fondent leur pouvoir. Tout comme le seigneur des anneaux, les GAFAM ont perverti la façon dont on pratique le web : l’individualisme, la mise en avant égoïste de ses contenus, les selfie, les youtubeurs, les bloggueuses mode, les instagrameuses, la recherche systématique du profit, les market place de tout, la pub à outrance et la visibilité payante (parce qu’il faut payer pour être bien ranké sur Google, Twitter ou Facebook).

le web d'aujourd'hui

Je déteste le web mais je ne peux pas m’en passer

Non, depuis 1993, le web fait partie de mon ADN et j’y passe le plus clair de mon temps. Je ne serai jamais Aaron Swartz mais je suis profondément influencé par sa pensée et je milite pour un accès libre à l’information. A mon petit niveau, je ne participe qu’à des projets qui donnent libre accès à l’information. Que ça soit ton blog culturel préféré, les deux webzine Metal auxquels j’ai contribué, Metal-Impact et Thrashocore, ainsi que mon dernier projet, Sweet Home, qui se rêve comme le site de référence du maintien à domicile des seniors, je ne ferai jamais de l’info payante.

Et si tu montes une communauté de l’anneau, je veux bien y participer…

le web d'aujourd'hui

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  • Je déteste le web d’aujourd’hui parce qu’il a évolué et qu’il faut que ça évolue. Merci pour cet article qui me fait comprendre que je ne suis pas le seul a avoir un blog au lieu de publier sur d’autres grosses plateformes, avec peu de visites mais au moins je contrôle tout. Tant pis pour la gloire.

  • salut,
    ton article est fort paradoxal par rapport à ton site web.
    une fois lu, j’ai ouvert uMatrix, et paf je remarque quoi ? pas mal d’appel vers Google.
    Alors c’est bien joli de craquer et se plaindre, mais avant de balancer ton article, tu aurais mieux faire de virer tous les gafam qui traine dessus.

  • Merde, j’ai l’impression de me lire… ça fait du bien de répéter ces vérités essentielles qui font notre quotidien, celle des travailleurs du web, à notre humble échelle. Pour 30 euros par mois, un compte Google, un CMS open-source, un peu de jugeote, et surtout du temps, on peut encore faire un peu de bruit sur le net… mais pour combien de temps encore ? J’ai quand même finalement découvert un truc essentiel : je bosse pour des clients qui ont encore des entreprises qui existent bel et bien et qui s’en foutent d’internet, j’ai des amis dans des assos qui font leurs trucs sans avoir besoin de communiquer en permanence sur le net, j’ai des passions que je partage sans avoir besoin de leur vendre de la came en contrebande… Bref, je me sers du net car je sais à peu près comment il fonctionne, et que pour l’instant, même si c’est de plus en plus difficile, j’y crois encore… L’essentiel étant de s’en servir, avant d’en être un simple consommateur ! On en reparle dans 2 ans !

  • « I know that feel, bro »

    Mais une piste de solution serait peut être de revoir la place que prend le numérique en général (et internet en particulier) dans nos vies et de chercher de restreindre son emprise. En bref : quitte à passer (un peu) de temps devant un PC, autant que ce temps soit consacré à des sites/projets qui valent le coup et pas à générer de la donnée pour les GAFAM.

    En 2017, j’ai (enfin) lâché mon compte Google et aussi Facebook et je me rend compte que j’aurais dû faire ça depuis des années. Au risque de casser l’ambiance : on est que de passage sur cette planète et on a rien d’autre que le temps de vie. Et du temps de vie, Facebook en capte une têtra-chiée. Aujourd’hui, je donnerais cher pour récupérer ne serait-ce que 10% du temps que j’ai passé devant ce réseau-social car, en grande partie, c’était du temps de perdu. Point.

    Bref. En très peu de temps, je suis passé de la case « techno-fan » persuadé qu’internet change radicalement le monde à la case « techno-critique » qui interroge l’impacte de ces technologies sur les sociétés. Néanmoins, je reste profondément attaché à internet (merci mon paternel, webmaster, qui a fait que je n’ai jamais connu un monde sans internet) mais j’y passe beaucoup moins de temps.

    En guise de conclusion, je souhaite évoquer un livre : L’Emprise Numérique (Cédric Biagini, aux éditions L’Echappée) et « Regardez la lumière mes jolis » (VOST-FR) – https://www.youtube.com/watch?v=8OlWPY5v9mk

    Sur ce, bonne journée.

    PS : il va de soi que, n’étant pas fan de Phil Collins, je m’en vais partager ce billet autour du moi.

  • J’adhère totalement au discours.
    Mais il faut vraiment, mais alors vraiment, virer les 5 trackers gafamnesques qui trainent sur ton blog !

    par exemple, pour avoir plus d’infos sur ces trackers qui nourissent les GAFAM, cf. https://exodus-privacy.eu.org/ ou le plugin « Ghostery » de Firefox.

    Merci pour le lien vers Sweet Home !

  • J’ai commencé sur les BBS, puis Internet en 1998. Franchement, ce que nous vivons est merveilleux. Nous avons l’information sous la main d’un claquement de doigts.

    Le Web est resté un espace non-marchand. Quant aux réseaux sociaux, quant aux GAFAM, nous avons les outils pour nous protéger de la collecte d’informations qu’ils tentent de nous infliger.

    J’adore la conclusion. J’ai 54 ans et je suis né sans Internet. ton billet est un celui d’un enfant gâté. ;+)

  • Une vidéo-réaction à cet article :

    Le vidéaste est d’accord sur certains points et ouvert à la discussion.
    Perso, je suis pour une vidéo-débat…

  • J’ai aussi connu le web à partir des années 1997, et c’était moche mais assez communautaire, anarchique, j’adorais ! On pouvait aller sur n’importe quel site sans à avoir à donner son identité… Dès que les cookies sont apparus et ça a été le début du pistage des internautes et aujourd’hui on est pistés partout !

    Aujourd’hui, je pense que les gens ne font plus l’effort de réfléchir : Ils veulent une boite mail ou un compte sur un réseau social, ils vont se contenter de prendre les plus célèbres pour faire comme leur pote, plutôt de remettre en question ce choix et chercher un service qui respecte la vie privée.

    Pour la vidéo réactionnaire de “Guillaume Slash”, il ne peut pas comprendre, il ne l’a pas vécu, sa vidéo est pour moi bourrée de lacunes, il est en grande partie hors-sujet. Confondre le net d’avant et les projets libres est une erreur : Avant tout était presque libre ! Aujourd’hui tout est propriétaire et il faut se tourner volontairement vers du libre, ce que la majorité des gens ne font pas, par méconnaissance de cette possibilité.

    Très bon article !

  • Le web a évolué comme vous avez voulu qu’il évolue…c’est le néo-libéralisme qui provoque cela…la première chose aurait de ne pas voter Macron…Maintenant vous et vos enfants vous vous démerderez dans un monde de fric, sans retraite, sans allocation chômage, un monde où le cynisme sera roi…Ça fait 30 ans que vous désirez ce monde, vous l’avez désormais…Maintenant, assumez et arrêtez de faire les pleureuses !

    Arrêtez le web et la télévision, lisez, vous verrez dans 3 générations on pourra peut être sans sortir…sans cela il n’y a plus d’espoir et cela finira dans une grande guerre (elle a déjà commencé).

    Le web, c’est comme les politiques, on n’obtient que ce que l’on mérite ! Si vous cherchez des responsables…adressez-vous aux partis socialistes…c’est leur projet de société.

    À se comporter comme des moutons, on se fait tondre…la tonte a commencé 😉

  • salutations amicales,
    beaucoup ( trop ? ) de vérités,…
    > il en va de même dans d’autres domaines comme les archives municipales, départementales, nationales,… qui deviennent de moins en moins consultables par le quidam, les accès sont de plus en plus payant et les interdictions d’usage autre que personnel aussi !
    > mon expérience sur le sujet et mon site sur l’histoire de Dunkerque au début du 20° siècle où tout est gratuit ( donc utilisable par les enseignants ) : http://www.dunkerque.historique.fr
    cordialement, G.

  • Rien n’est gratuit ! La gratuité n’est que l’utilisation détournée de l’argent des autres.

    Les hébergeurs, les serveurs, les canaux… tout est payant car ce monde a besoin de vivre.

    Les contenus des sites web ne sont que des copies résumées du travail des autres, ce travail qui lui a été payé.

    Je ne connais pas de blog qui parte de rien ou alors le contenu est négligeable.

    Les contenus ou outils pédagogiques fournis par les universités sont tout sauf gratuits. Les contribuables font vivre ces structures.

    Comme tout le monde, je trouve que le web ressemble à un supermarché. Et ça m’est pénible.

    Mais la solution n’est pas de faire référence à une gratuité imaginaire qui, hypocritement, pompe l’argent d’autrui, mais de faire payer les contenus que l’on utilise et seulement ceux que l’on consomme effectivement.

    L’immoralité la plus totale n’est pas le site gavé de popups, collectant et revendant l’information. C’est celui qui n’existe qu’en détournant subtilement l’argent et le travail des autres.

    C’est aussi risible que la personne qui veut un métro « gratuit » car, comme chacun le sait, toute la logistique est le fruit du travail de bénévoles…

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