Ave, César ! / La critique

ave cesar                                                                        Veni,vidi, vici

Attendre un film des Coen , c’est un peu comme attendre un cadeau de Noël, on sait d’avance que l’emballage sera élégant et parfait, que l’intérieur nous touchera intimement ou nous fera particulièrement rire, comme si le présent nous était personnellement adressé. Les deux génies du cinéma moderne , du jouissif The Big Lebowski au cynique The Barber en passant par le magnifique True Grit ou l’hilarant Burn After Reading , ont toujours su entre légèreté et profondeur, nous démontrer avec grâce l’absurdité de la vie. Un casting épatant dirigé d’une main de maître incarne à chaque film une galerie de personnages aussi loufoques que vraisemblables qui subit les aléas d’un destin absurde et ironique. Après leur merveilleux et désenchanté Inside Lewinn Davis , les Coen reviennent donc à la comédie avec un thème plus que prometteur : la crise du cinéma à Hollywood au début des années 50.

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C’est en suivant la rude journée d’Eddie Manix, « fixer » chargé de veiller sur les stars sous contrat, véritables produits publicitaires sur pattes, que nous pénétrons dans les coulisses d’un mythique studio hollywoodien.Incarné impeccablement par Josh Brolin, ce catholique pratiquant va devoir gérer moult soucis, entre le kidnapping de la grande star ( George Clooney) , la grossesse d’une actrice ( Scarlett Johansson), la colère d’un réalisateur ( Ralph Fiennes)….Eh bien, soyons honnêtes si l’ambiance du vieil Hollywood et le casting fait fantasmer, l’on est pourtant assez vite déçus…Loin d’être une comédie de groupe franche et savoureuse, ou une errance existentielle et désabusée, le métrage oscille entre des gags plus ou moins ratés, et des discussions intellos certes plaisantes sur la place du cinéma mais au final un peu vaines. En voulant s’interroger sur la machine à rêves capitaliste qu’est Hollywood, le film perd un peu ses spectateurs en route et s’enlise dans l’illusion narrative. Le personnage principal dans ses déambulations fait face à des caméos souvent un peu inutiles ( Christophe Lambert, Jonah Hill, et Dolph Lundgren figurant silhouette (!)) et ne parvient pas à susciter la curiosité du spectateur sur ses déboires personnels.

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Alors oui, bien sûr comme dans tous les Coen, le film est très beau et parfaitement mise en scène . Les reproductions des films d’époque, qui semblent être un peu la raison d’être du film, peuvent être très sympathiques. Mention spéciale à la scène de comédie musicale avec les matelots (merci à Channing Tatum qui sait toujours aussi bien utilisé ses muscles….) et aux séquences de western ( avec un Alden Ehrenreich parfait en jeune premier un peu bêta) . Le casting principal s’avère aussi impeccable, Clooney brille d’autodérision en superstar intéressée par les problèmes du monde
et Fiennes excelle en réalisateur démagogique. Les différents microcosmes intellectuels présentés , celui des pontes religieux ou des communistes, donnent lieu à des sketchs agréables. Mais le problème du film est un peu là : on a l’impression sans cesse d’assister à une suite de scènes de second plan , sans jamais vraiment pénétrer dans une intrigue stimulante.

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Bilan :Le cadeau des Coen est cette année , il faut bien le dire, un peu décevant et eux aussi prouvent ici qu’ils ne sont pas infaillibles…

2 commentaires

  • Emma
    Emma

    Je l’ai vu hier et je suis en tout point d’accord avec toi. L’enchaînement des scènes s’essouffle un peu, et surtout, beaucoup de dialogues semblent assez vains comme tu le dis. C’était peut être l’intention mais ça m’a laissée frustrée

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  • Hank
    Hank

    Peut-être qu’on serait moins déçus si on arrêtait de considérer les Cohen comme des faiseurs de miracles dont tous les films bénéficient d’un capital crédibilité énorme. Ils ne sont pas les seuls, on peut dire la même chose de Sofia Coppola ou (pour un certain public du moins) pour Woody Allen. Du coup, quand ils sortent un film qui est un peu moins bon que leurs chefs d’oeuvre, on juge le petit dernier à l’aune du grand frère et forcément on est déçus, parce que les chefs d’oeuvre sont, par essence, des pièces rares. Même Kubrick n’a pas fait que des chefs d’oeuvre!

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