Dimanche soir avait lieu la grande messe du cinéma annuelle à Los Angeles à l’ancien Kodak Theater. Et les grands perdants de la soirée s’appellent Marty Supreme, Timothée Chalamet et Josh Safdie. On est colère.
Zéro. C’est le nombre de statuette glanée pour Marty Supreme aux Oscars du cinéma hier. Et c’est chaud. Tout bonnement parce que c’est le meilleur film sorti en 2025. (Oui, 2026 en France. Même sur ça on est en retard).
Marty qui?
Marty Supreme, c’est l’histoire du pongiste Marty Mauser (Timothée Chalamet), qui veut devenir le meilleur de son sport, par tous les moyens. Et c’est pas toujours jojo. Le tout se passe dans les années 50, avec un casting 5 étoiles. La bande son signée Daniel Lopatin est exceptionnelle. (Lopatin, c’est aussi Oneohtrix Point Never. Au dela de ses collabs avec les frères Safdie il est aussi connu pour son travail avec The Weeknd). Une soundtrack 80s à souhait qui transpire les synthés. Tears For Fears, New Order, Peter Gabriel ou encore Alphaville. Anachronique? Peut-être un peu. Mais ça marche divinement.
On ajoute à ça une photographie signée Darius Khondji. Mais si, le franco-iranien qui vous a livré Seven, Mickey 17, la Cité des Enfants Perdus, ou Uncut Gems, déjà avec les Sadfie. Une photographie électrisante le tout porté sur pellicule, qui est encore bien trop rare ces dernières années.
A24 attendait beaucoup de son film. Dur de leur donner tort tant les 2h30 sont bien rythmées. La prod New-Yorkaise avait mis les plats dans les grands pour la promo d’ailleurs. Un merchandising intelligent, qui a créer une hype phénoménale. Tables et balles de ping-pong, casquettes, veste Nahmias vendue à 300 balles et qui se revend déjà à 2000… Tout était fait pour que le film soit un giga succès. Et les chiffres sont plutôt bons. A l’heure où on écrit, il a rapporté plus de 180 Millions à travers le monde pour un budget d’environ 70. A titre de comparaison, Everything Everywhere All At Once, l’autre bébé A24 qui avait tout dézingué aux Oscars 2023 avec 7 statuettes, avait rapporté près de 140 Millions au box office pour un budget de 25M. Pas dégueulasse du tout vous me direz. Mais le problème n’est pas là.
Une débâcle ?
C’est la campagne des oscars où le bât blesse. Malgré l’ultra présence de Chalamet dans tous les late show et autre podcast, le franco-américain s’est fait coiffé au poteau par Michael B. Jordan, pour Sinners. Vous savez, le film moyen sur qui ressemble vaguement à Une Nuit en Enfer pour les afro-americains, et qu’on nous a vendu comme le film de toute une génération. (16 nominations, c’est un peu beaucoup là non?)
Pourtant il y avait du lourd cette année. Outre Chalamet et Jordan, concourraient pour le meilleur acteur cette année Wagner Moura, Ethan Hawke, ou encore le génial DiCaprio pour One Battle After Another.
Le problème, c’est que la surexposition du petit Timothée lui a joué des tours, et il a enchainé les boulettes. A l’image de son rôle d’antagoniste égoïste et détestable de Marty. Il a taclé le ballet et l’opéra dans une récente interview, et tout le monde s’accorde pour dire que c’était la sortie de piste de trop. Mais du coup, vaut-il mieux un acteur lisse au sourire forcé dont Hollywood a le secret ? Ou bien un acteur aux choix tranchés, dont la jeunesse et l’insouciance bousculent un peu les codes ? Sans oublier que Timmy est le plus jeune acteur all time nommé pour la catégorie du meilleur acteur.
C’est décevant, un peu, de se dire que l’acteur qui incarne un film, ne soit pas récompensé. Surtout au profit de la performance yaourt nature que nous a donné Michael B. Jordan dans son Sinners. Jouer deux rôles ne signifie pas deux fois plus méritant. Sinon, Jack Nicholson dans Mars Attacks pourrait toquer à la porte, ou même Tom Hardy grimé en frère Kray dans Legend. (le film hein, pas le podcast mou du genou de Guillaume Pley).
Puis même au-delà de l’acting, le père Darius Kondji peut se sentir léser à la photo. Prix remporté par Autumn Durald Arkapaw, également pour Sinners. L’image est cool, mais le changement de rapport d’image quand l’histoire se corse un peu nous a totalement sorti du film. (Vouloir regarder Sinners le soir d’Halloween alors qu’il y avait une séance de Midsommar en même temps… Les calculs ne sont pas bons Kévin).
L’oscar de la meilleure musique de film aussi, parlons-en. Lopatin a perdu au profit de Ludwig Göransson, encore pour Sinners. On ne va pas faire les américains. On adore le mec. On lui doit toute la discographie de Childish Gambino, ou encore le premier EP du trio Haim. Mais faut pas oublier que le gars a déjà glané deux statuettes pour Black Panther (déjà avec Ryan Coogler, réalisateur de Sinners), mais aussi pour le Oppenheimer de Nolan. Trois Academy Awards à 41 ans. C’est déjà un de plus que Hans Zimmer ou Trent Reznor à titre de comparaison… Sans parler du fait que le suédois s’occupe de la musique de l’Odyssée, le prochain bébé de Christopher Nolan qui sort cet été, mais également The Mandalorian & Grogu (Oui oui, c’est aussi lui qui a fait l’entêtant thème principal de la série)
L’addition est salée pour Marty Supreme qui repart bredouille. Le meilleur film, et meilleur réalisateur allant à Paul Thomas Anderson pour One Battle After Another (autre très grand film de 2025), et le meilleur scénario original revenant à Ryan Coogler, toujours pour Sinners.
Même le très joli Frankenstein de Guillermo Del Toro, pourtant sorti au cinéma de manière ultra limitée, n’est pas reparti les mains vides.
Et après?
Il est triste de se dire que le film n’est peut-être pas considéré à sa juste valeur, mais il n’en demeure pas moins un film génial, dont on se rappellera dans les années à venir. En se disant que Chalamet méritait peut être mieux lors de cette cérémonie, mais que sa promo restera aussi dans les esprits tant elle était originale et percutante. Et sinon on ne peut que vous conseillez le très grand cru des films nominés, en passant de Sentimental Value, en allant jusqu’à Train Dreams (sorti directement sur Netflix).
Allez voir des films et écoutez des soundtracks.
