Cinéma d’antan / Freaks

J’aime le noir et blanc, j’aime les vieilleries, ce n’est pas un état des lieux de mes recherches sentimentales, grand fou ! Il s’agit de mon attrait pour le cinéma d’un autre temps, du temps d’avant même le cinémascope.
Je vais vous parler d’une petite perle sur laquelle je suis tombée, datant de 1932. Un film d’à peine plus d’une heure, classé dans la catégorie épouvante. « Freaks, la monstrueuse parade » de Tod Browning. Le film a choqué à sa sortie et fut censuré 30 ans en Angleterre puis devenu culte dans les années 60. Non mais !
J’ai été scotchée, tant par l’ambiance que par les acteurs. Des acteurs dont nous ne verrions plus les corps sur nos écrans, des corps amputés, étranges, différents. La plupart étaient artistes de cirque, phénomènes de foire, attractions pour bonnes gens en mal de frissons.
Le film traduit ce paradoxe, la vie du cirque qui donnait un semblant de famille à ces personnes souvent délaissées, abandonnées et l’exploitation, l’horreur que l’on ressent dans la déshumanisation que le public permet par son excitation malsaine.
Évidemment on voit ça du haut de notre XXIe siècle, avec je l’espère, quelques progrès sur la vision de la différence. Quelle qu’elle soit.

Le synopsis ? Tout doux bijou, j’y viens !

freaks
Un cirque exhibe de vrais monstres : l’homme-tronc, la femme à barbe, les soeurs siamoises. Hans, le nain, tombe amoureux de la belle acrobate, Cléopâtre. Cette dernière ayant appris que Hans a fait un riche héritage, elle accepte de l’épouser tout en prévoyant de s’en débarrasser quand elle aura mis la main sur ses biens, mais les créatures du cirque découvrent sa vraie nature et son mépris. Leur vengeance sera terrifiante.

Google mon ami, j’aurais mis « vrais monstres » entre guillemets dans ta présentation du film…)

Terrifiante. Et belle. La vengeance de ces délaissés sur les moqueurs, les profiteurs, j’ai trouvé ça beau ! En mettant de côté le voyeurisme qui reste présent, ne nous cachons pas derrière notre bien-pensance. On s’étonne des corps, des différences, quelques minutes, et on oublie, on voit des acteurs, bons, mauvais, on s’en fiche, on est pris.
Je vais vous parler des acteurs, pas tous, les plus marquants pour moi (et c’est moi qui décide de toute façon ! ).

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Schlitizie d’abord, né en 1901 et atteint de microcéphalie, il se produit au cinéma et dans les plus grands cirques américains, son handicap faisait de lui un adulte avec les capacités mentales d’un enfant de 3 ans. Exploité sous le nom de la « femme à tête d’épingle » ou « pinheads » en bon français, il est pourtant né homme. Ce grand enfant sera toute sa vie vu comme un phénomène de foire, le film Freaks le fera connaître. Si vous regardez le film (vous le ferez !) vous ne pourrez pas ne pas sourire avec Schlitizie, il est communicatif malgré l’ambiance horrifique du film.
Mort en 1971, il se produit presque jusqu’à la fin. Disons qu’on le poussera à se produire…

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Les sœurs siamoises Daisy et Violet Hilton ensuite, n’ont pas eu non plus une vie douce. Abandonnées à la naissance en 1908 par une mère qui voyait en elles une punition divine, elles furent adoptées par Mary Hilton, sage-femme, qui n’a vu en Daisy et Violet que des phénomènes à montrer et de quoi se faire de l’argent, quelle sainte cette Mary ! Mises au chant, à la danse, et dans un isolement forcé puisqu’il fallait bien sûr payer pour voir les sœurs. Une vie de rêve.

Elles auront quelques succès en Amérique dans les années 20, rencontreront Houdini, qui leur apprendra semble-t-il, à se dissocier mentalement pour l’intimité tout ça, vous voyez…Mais le succès ne durera pas et je vous épargne la descente aux oubliettes, elles mourront à deux jours d’intervalle en 1969, toujours siamoises.
Elles n’ont pas un grand rôle dans Freaks mais c’est leur histoire personnelle qui m’a touchée et intriguée.
Et quand je suis touchée et intriguée, je cherche à en savoir plus !

Il y a beaucoup d’autres acteurs, actrices, personnages dans ce film qui interrogent, étonnent, je vous laisse les découvrir, faire vos propres recherches, une sorte de devoir de vacances, le cul sur le transat (feignants !)

« Freaks, la monstrueuse parade » choquerait-il encore aujourd’hui ? Je n’ai pas la réponse, question ouverte, entrez-y.
Ni grands effets spéciaux, en 1932 on excusera, ni de grands dialogues mais un film marquant si on aime le noir et blanc, les vieilleries et la VO sous-titrée, que d’obstacles pour vous Ô lecteurs ! Allez faites un effort, lâchez Twitter, Instagram ou tic tac toc une heure et trouvez Freaks sur internet !
Ceci est un ordre.
Enfin si vous voulez bien hein…
Et si vous n’aimez pas, je ne rembourse pas, politique de la maison.

Tod Browning a également commis « Les poupées du diable » en 1936, si le cœur vous en dit, effets spéciaux datés mais un intéressant sujet de miniaturisation de l’humain bien avant « Chérie, j’ai rétréci les gosses » de 1990.

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