Des chaines et du piquant pour « Bruxism », le second volet des Grandma’s Ashes !

Le trio 100 % féminin Grandma’s Ashes a sorti le 24 octobre dernier « Bruxism« , leur second album.
Deux ans après « This too shall pass » et un paquet de concerts à leurs actifs dont le Hellfest et le Motocultor, elles nous présentent cette nouvelle oeuvre qui plonge dans les profondeurs de la psyché humaine.
On a rencontré Edith Séguier, la batteuse de ce groupe d’alternative goth rock.

 Grandma's Ashes

// Salut Edith, « Bruxism » est sorti il y a quelques semaines comment ça va ?
Comment se sont passées ces premières semaines post sortie de disque ? 

Edith: Ça se passe super bien merci !
On a commencé la tournée un peu avant la sortie de l’album.
Au moment de la sortie nous revenions de Séoul, on a fêté ça avec nos potes de Moundrag en Bretagne.
On est très contentes de l’accueil.
Beaucoup de médias en parle et le public a l’air ravi.
On savait pas trop à quoi s’attendre puisque on a prit un petit tournant pour ce disque.
Le premier sonnait plus prog, plus mélancolique.
Là on est dans des sonorités plus métal.
Notre palette a évolué et les gens nous suivent, on est très heureuse.

 

// Pour revenir un peu sur vos débuts, c’est Eva et Myriam qui se sont rencontrées en premier et ça s’est fait via un site de rencontre pour musiciens.
Tu peux nous raconter ? 

Edith: Oui les filles se sont rencontrées via Easyzik.
Myriam vient de Rabat au Maroc, elle est venue après son bac sur Paris pour se faire un réseau de musiciens.
Elles ont joué ensemble pendant un certains temps avec plusieurs batteurs et batteuses.
Eva vient du milieu Rockab, punk, le « Eva Hagen Band« .
Elle a joué dans plusieurs formations dans le Val d’Oise.
Myriam est arrivée direct avec son énorme pedal board et sa patte.
Forcément ça a transformé un peu les compos d’Eva.
Elles ont prit le nom de Grandma’s Ashes pour acter le fait qu’elles voulaient avancer dans ce projet, pas faire ça pour rigoler (Rires).
Puis je crois, une ou deux semaines après elles ont répondu à une annonce que j’avais posté où je recherchais un groupe de punk.
Elles m’ont dit: « Voilà on vient de trouver le nom du groupe, on s’appelle Grandma’s Ashes ».
J’ai trouvé le nom super, ça m’a fait un peu marrer. Je me suis dit qu’il fallait que je sois à tout prix dans ce groupe.
On a fait une première jam ensemble et depuis on ne se quitte plus.

 

// On rappelle que tu es à la batterie, Myriam est à la guitare et Eva à la basse et au chant. 

Edith: Oui c’est tout à fait ça !

 

// J’ai lu au travers de votre bio qu’il y a une certaine violence et une souffrance quotidienne marquées par cette ambiance parisienne.
Est ce que c’est quelque chose qui vous suit depuis le début mais aussi et surtout pour ce nouvel album ?
 

Edith: Totalement ! On compose souvent à partir de petits rendez vous qu’on se fait toutes les 3. On va boire un thé, on discute de nos vies, nos impressions.
On parle de thèmes qu’on aimerait aborder.
Et puis là on arrive à la trentaine on sortait d’une tournée qui nous a bien fait suer.
On a remarqué qu’autour de nous, tout le monde se faisait broyer par son taf.
On a des potes qui étaient dans la désillusion la plus totale.
Une sorte d’apathie générale, une insensibilité accrue marquée par une instabilité géopolitique pas très fun.
On avait envie de parler de ce manque de lien, du fait que parfois nos vies ne nous appartiennent plus.
Voilà, quelques questions existentielles qui nous ont traversées à toutes les 3.
Faut savoir aussi que le premier morceau qu’on a sorti « Sufferer« , il a émergé un soir de répète ou Eva est arrivée en nous parlant de toutes les interactions passives/agressives que tu peux avoir avec des gens anxieux.
Le fait de te faire renverser quand tu prends ton vélo à paris, dans le métro tu n’as pas d’espace pour respirer, les gens sont désagréables, ce trop plein horrible.
On en a eu marre de se faire rouler dessus, chaque chanson nous permet de reprendre le pouvoir sur nos existences.

 

// Est ce que la vie parisienne et son coté anxiogène a marqué votre musique ?
Je crois savoir que tu es originaire de Toulouse. 

Edith: Oui je suis de Toulouse et clairement la vie parisienne a touché le disque.
C’est pour ça aussi qu’on est allées vers des sonorités plus industrielles, des synthés 80’s. On s’est replongées dans des films de SF dystopiques comme Blade Runner, Brazil
On a eu l’impression d’arriver dans cette ville immense avec plein de gens mais de se sentir seule tout le temps.
J’ai grandi dans le Gers et en arrivant à Paris il y a ce sentiment de solitude absolue alors que tu voudrais créer plein de connexions. J’suis passée de, champs et grande maison, à 14 mètres carré.
Tout est fait pour que ce soit pénible. Le bruit est présent sans arrêt dans les rues.
Que ce soit par des travaux, dans les transports en commun…
C’est une ville d’agressions permanentes. 

 

// Une ville robotisée un peu ?

Edith: Oui c’est ça, quelque chose de machinal. C’est lié aussi à la vie contemporaine.
Ça nous a beaucoup impacté.
« Flesh cage » parle de ce sentiment d’être enfermé dans un corps qui est broyé au quotidien.

 

// La partie « growl » dans le morceau est là pour ça j’imagine. 

Edith: Oui Eva a ramené ce truc métal. On a eu envie de se rebeller.
C’est sur qu’on ne vit pas au bord de l’océan avec du soleil.
Notre musique est pleines de tensions.

 Grandma's Ashes

// Le nom du disque « Bruxism » est un terme médical qui signifie grincement de dents. Souvent lié au stress, aux agressions quotidiennes de la société.
Le nom du disque est finalement un condensé des sentiments qu’on peut retrouver à l’intérieur ? 

Edith: Depuis qu’on a sorti le disque on s’est rendu compte que tout le monde fait du bruxisme (Rires).
Souvent le bruxisme arrive pendant le sommeil. Il y a quelque chose d’inconscient.
C’est le corps qui parle et qui continu de subir les agressions de la journée.
Ce symptôme touche même l’intime.
C’était très symptomatique de nos conditions de vie aujourd’hui.

 

// Qu’est ce qui vous a décidé de rester focus sur le projet « Grandma’s Ashes » après vos études ? 

Edith: Je pense qu’artistiquement ça nous a épanoui. On a créé une bulle d’expressions où chacune a pu ramener son histoire etc etc
On a une réelle alchimie. Nous sommes parties de rien.
Notre première tournée s’est faite en indé, ensuite on a rencontré les personnes de notre premier label, puis on s’est rendu compte que notre musique suscitait de l’engouement.
On prend un plaisir immense à jouer sur scène.
Bien sur la question purement matériel, de gagner de l’argent s’est posée.
Mais on a une grande détermination.
Ça fait 8 ans maintenant et nous sommes toujours dans cette belle dynamique.

 

// Revenons au son directement. Vous avez un coté stoner mais pas que.
Le coté très aérien par la voix d’Eva. Je trouve que c’est un son rock très moderne que vous proposez.
Est ce que tu peux nous parler de ce qui vous a animé musicalement parlant pour ce disque et de manière générale ? 

Edith: Je pense qu’on a toujours écouté les mêmes choses mais nous sommes un peu revenues sur nos coups de coeurs d’adolescentes. Déjà on avait envie de s’amuser avec l’esthétique.
Visuellement aussi quelque chose de plus 90’s, grunge.
Nous nous sommes replongées dans les clips qu’on regardait ados.
Eva, et Myriam ont beaucoup écouté Alice in Chains. Moi j’ai pas mal écouté Nirvana. Ensemble on aime Deftones, Korn, la scène Nu Metal.
Nous nous sommes dit qu’on voulait mettre de la baston et des gros riffs. Ce nouvel album, on voulait le rendre un peu plus énergique.

 

// Sans dénoter le terme il y a des passages qui sonnent pop aussi.
Vous vouliez apporter une certaine respiration dans le disque ? 

Edith: Je pense que cet éclectisme là vient du fait qu’on vient d’horizons différents.
Moi j’adore la scène metal prog, math rock, brit rock. Myriam lorgne plus du coté de Led Zep, QOTSA… Eva, de la scène punk des années 70.
On s’interdit rien et on compose toujours à l’instinct. On se fait confiance.
Eva s’est sentie très inspirée par des femmes de groupes ultra badass comme Ginger, Spirit box. Elle voulait se mettre au chant saturé et on s’est dit: « Trop bien ça fait partie aussi de nos influences ».
On peut très bien écouter Ginger que Britney Spears. Tout ça peut cohabiter.
Parfois ça peut faire peur aussi du style: « Est ce qu’on peut faire ça ? » (Rires).
Au final dans ce disque, il y a deux morceaux avec du growl, un qui a un rythme disco, un avec des riffs plutôt pop.
Tout notre entourage nous a rassuré en nous disant que c’était ça notre force, qu’on pouvait créer des morceaux très lyriques, très mélodieux et à la fois rajouter des riffs black métal qu’on kiffe.

 

// Vous avez travaillé avec Jesse Gander qui lui, a travaillé avec Brutus, comment s’est faite la rencontre ? 

Edith: On cherchait avec qui bosser pour ce disque. On avait fait une « Wish list ».
Brutus c’est un de mes groupes préférés. Ils ont une puissance dans leur son alors qu’ils ne sont que trois. Je trouve qu’il n’y a pas de groupe post rock qui sonne comme eux aujourd’hui.
On s’est dit qu’on allait écrire à Jesse et voir ce que ça donne.
On l’a rencontré par visio et ça a été un gros coup de coeur humainement parlant.
Pendant plus d’une heure il nous a parlé de sa façon de travailler, comment il voit les choses etc etc
On a tout de suite accroché, c’est quelqu’un qui a une grande sensibilité en plus d’avoir des références en commun.
Il est venu de Vancouver jusqu’au studio ICP de Bruxelles. On a passé deux semaines la bas dans cet endroit immense.
Un petit paradis 15 jours.

 

// On retrouve un aspect mythique dans votre musique voir même mythologique.
Est ce que c’est quelque chose que vous cultivez ? 

Edith: C’était surtout présent sur le premier disque, où par exemple on abordait le mythe de Cassandre etc etc Je pense que c’est toujours présent chez nous.
Pour « Bruxism » nous nous sommes d’avantage tournées vers une écriture moins métaphorique. Des choses plus crues.
On avait envie de parler de choses telles quelles étaient. Ne plus se cacher.
Nous nous sommes détachées un petit peu.

 

// Coté vestimentaire, il y a beaucoup plus de piquants, un coté BDSM. On se croirait dans Hellraiser.

Edith: C’est une super référence. On en parle tout le temps (Rires).
Ça colle aussi à l’esthétique indus. On cherchait quelque chose d’un peu plus violent.
Il y a eu une collaboration avec une styliste pour nos clips notamment, qui travaille avec des matériaux upcyclés. Elle déchire les vêtements, les passe dans du thé noir. Elle va même jusqu’à les enterrer pour avoir des effets de rouille tout ça…
On voulait tendre vers ce coté usé et parfois un peu dérangeant.

 

// Il y a quelques semaines vous avez participé à la première cérémonie des Foudres au Bataclan. Comment vous avez vécu l’expérience ?

Edith: Sacrée expérience. C’était nouveau pour nous.
C’est la première fois qu’on faisait une télé. On avait 10 minutes pour faire deux morceaux.
C’était super intense, la salle était en ébullition. Il y avait pleins de groupes qu’on adore comme Last Train. On a croisé le bassiste et le guitariste de Gojira. A coté on rougissait (Rires).

C’était une sacré chance d’être invitées. Ça nous a fait une très belle exposition.
On a remis le prix de l’environnement et de l’engagement sociétal à « More Woman on stage« .
Pour nous c’était symbolique, on les connait bien, on a participé à la première de leur festival.
Puis on a reçu pleins de messages de nos proches qui nous ont vu à la télé.
C’était drôle.
On a aussi pensé aux évènements du 13 novembre. C’était une grosse émotion.

 Grandma's Ashes 

// Vous êtes 3 femmes qui font du rock. Est ce qu’il y a encore ce coté paternaliste qui est présent ? Où est ce que ça commence à bien changer ? 

Edith: Oui bien sur que c’est toujours présent. Quand on rencontre des personnes qui te demandent si tu as bien réglé ta batterie tout ça…
On trouve encore des personnes qui doutent de nos capacités.
Mais maintenant avec Grandma’s ashes on commence à connaitre le milieu donc on s’en sort pas mal.
Mais c’est entrain de bouger. En tout cas on prend notre rôle au sérieux.
Ça fait partie de notre coté artiste de prendre la parole.
Il y a encore des choses à faire.

 

// Est ce qu’il y a pas un peu de jalousie de la part des hommes. Quand on regarde votre parcours scénique c’est assez impressionnant (Motocultor, Hellfest…)

Edith: C’est possible.
C’est marrant ce que tu dis parce qu’il n’y a pas longtemps on a eu un « reel » qui a percé aux Etats-Unis et on a reçu un florilège de haine.
Certains de mecs qui disaient: « Regardez bien c’est des hommes ! » ou alors « Ce sont des iels ».
Pour eux c’était pas possible qu’on soit des femmes qui jouent bien.
Voir des mecs qui sont piqués dans leur égo, qui vont pas faire des commentaires juste parce qu’ils sont vexés, ça nous fait rire maintenant.
Je sais qu’il y a certaines filles que ça découragent totalement.
Certains mecs sont incapables de parler musique sans mettre leur égo en avant.
C’est dommage mais tant pis pour eux.

bruxism

« Bruxism »
2ème album de Grandma’s Ashes
Toujours disponible 

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