Die Jungen – At Breath’s End : le garage 60’s sur cassette

Die Jungen – At Breath's End : le garage 60's sur cassette

Il y a des disques qui débarquent avec un dossier de presse de douze pages, un plan marketing et un teaser en haute définition. Et puis il y a At Breath’s End de Die Jungen, sorti le 5 mars 2012 sur Bandcamp, qui arrive comme un colis sans expéditeur. Pas de chichis, pas de discours : douze titres, un bouton play, et hop, on est quelque part en 1966.

Je préfère être honnête d’entrée : je ne suis pas objectif. Le rock garage des sixties, c’est mon talon d’Achille, ma madeleine, ma kryptonite, choisissez la métaphore qui vous plaît, j’ai de toute façon déjà perdu le contrôle de la phrase. Alors quand un disque sonne comme si quelqu’un avait retrouvé une vieille cassette au fond d’un carton, avec « NE PAS EFFACER » écrit au feutre dessus, je suis cuit. Complètement cuit. Bien à point, même.

Le son : le lecteur cassette a fait le reste

Parlons de ce son, parce que c’est lui la vedette. Ça a le grain, la chaleur et le petit côté de travers d’un enregistrement bricolé, comme si le groupe avait posé un magnéto au milieu de la pièce et appuyé sur rec en croisant les doigts. À l’heure où tout le monde lisse, corrige et calibre ses prises jusqu’à la stérilisation, ça fait un bien fou. Die Jungen ne s’excusent pas pour les aspérités. Les aspérités sont le principe.

Et c’est là le tour de force : on pourrait croire à un pastiche, à un exercice de style pour collectionneurs de 45 tours. Mais non. Ça ne sent pas le musée, ça sent le garage mal isolé. Ça ne joue pas aux sixties, ça en revient avec le bronzage.

Douze titres et des titres qui ont de la gueule

Je ne vais pas vous faire les douze morceaux un par un, je n’ai que six cents mots et un reste de dignité. Mais regardez juste la tracklist. Ça s’ouvre avec I Pray To You, et on se dit qu’on va à la messe. Plus loin, This Loneliness (Isn’t Your Friend), avec sa parenthèse comme on n’en fait plus depuis que les groupes ont découvert la concision. Puis The Way Down, Every Day, I Surrender, Hard To Take… Rien que les titres, on dirait le journal intime d’un type qui a beaucoup écouté les Kinks et pas assez dormi.

Au milieu de tout ça, en neuvième position, il y a Just a Dream. Et je ne peux pas m’empêcher d’y voir un clin d’œil involontaire : le disque entier pourrait porter ce titre. Un rêve de 1966 fait en 2012, par des gens qui ont visiblement refusé de se réveiller. Je ne leur en veux pas, je ferais pareil.

Faut-il écouter ? Oui, et tout de suite

Le disque se referme sur The Sun Is Coming Up puis In The End, comme s’il fallait bien se résoudre à rouvrir les volets. Le soleil se lève, la cassette s’arrête, et on a déjà envie de la retourner pour écouter la face B.

At Breath’s End ne révolutionne rien, et c’est tout à son honneur : il a mieux à faire que révolutionner, il est là pour nous faire passer un bon moment, guitares en avant. Si vous aimez les sons qui ont du grain, les enregistrements qui ont du vécu et les voyages dans le temps sans DeLorean, allez traîner du côté de diejungen.bandcamp.com. Vous ne reviendrez peut-être pas tout à fait de 1966. Tant pis pour vous, tant mieux pour moi.

 

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