Mister Lies – Hidden Neighbors (Ep and clip)

Mister Lies pose la première pierre avec l’anonyme et discret « Hidden Neighbors »

Y’a des débuts fracassants, et y’a des débuts qui se glissent par la porte de service sans prévenir personne. « Hidden Neighbors » appartient clairement à la deuxième catégorie. En février 2012, un certain Nick Zanca balance ce EP sur Bandcamp, sans nom dessus, sans photo, sans biographie — juste un pseudo, Mister Lies, emprunté à un personnage mineur d’Angels in America de Tony Kushner. Le genre de clin d’œil littéraire qui en dit déjà long sur le type derrière le projet : plus intéressé par l’ambiance et le sous-texte que par le coup de com.

Le contexte a son importance. Zanca vient tout juste de débarquer en Illinois pour étudier l’écriture dramatique à la Columbia College Chicago, et c’est depuis sa chambre d’étudiant, avec Ableton comme seul complice, qu’il bricole ce premier jet. Pas de studio, pas de moyens, pas d’ambition affichée de faire carrière — juste un mec qui pose des sons électroniques en attendant de comprendre ce qu’il veut vraiment raconter. Et c’est précisément ce qui rend « Hidden Neighbors » intéressant a posteriori : c’est un EP qui ne sait pas encore qu’il est le premier chapitre d’une histoire plus longue.

Musicalement, on est clairement du côté électronique expérimental, avec cette veine ambient qui deviendra la marque de fabrique du projet. Pas de tubes calibrés, pas de refrains qui s’accrochent — plutôt des textures, des nappes, une matière sonore qui se construit par accumulation plutôt que par démonstration. C’est feutré, c’est un peu flou sur les bords, et ça assume complètement cette esthétique de bedroom production qui a fait les beaux jours du label Orchid Tapes et de toute une scène DIY américaine du début des années 2010.

Rétrospectivement, « Hidden Neighbors » prend une saveur particulière : c’est le brouillon avant l’œuvre. Un an plus tard, en 2013, Zanca sort Mowgli, son premier album complet chez Lefse Records, inspiré par Kipling et enregistré dans la maison de ses parents au bord d’un lac dans le Vermont — un vrai disque, avec une vraie identité, des featurings et une ambition assumée. Mais avant tout ça, il y a eu ce petit EP anonyme, posé discrètement sur internet par un étudiant qui ne se doutait pas encore qu’il allait construire un projet reconnu. C’est souvent comme ça que les bonnes histoires commencent : pas par un feu d’artifice, mais par un fichier discret qu’on glisse sur le web sans trop y croire.

 

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