Sur les toits

J’aime cette sensation moite, quand la nuit colle à mon corps et que seul le soupir de la ville me rappelle que je ne suis pas seule. Les jambes repliées dans mon pull en mailles large, assise sur le toit de l’immeuble, je regarde les lumières de la ville à mes pieds.

La paix. A l’intérieur.

Un espace-temps fragile qui m’appartient, loin de la folie de la vie.

Juste moi et mes souvenirs, ceux qu’on ne pourra jamais me voler. Ceux qui sont gravés au fer dans mes chairs, qui forment la femme que je suis.

Une bulle mélancolique où je fais exister mes rêves, galerie brumeuse où je retrouve les fantômes que j’ai enfoui au fond de mon esprit, pour ne pas les salir ou pour ne pas les rendre réel, je ne sais plus.

Je pense à ces hommes que j’ai aimés, qui ont traversé ma vie, qui y sont restés, qui en sont sortis.

Ceux à qui j’avais promis l’éternité.

Ceux qui l’ont refusée, par simplicité.

Les sourires et les larmes des gens que j’ai croisés, ceux qui ont existé pour moi.

Un jour, j’ai essayé de compter à combien de personne j’avais parlé dans ma vie. Je me suis arrêtée à 2213. Comme ça. Parce qu’il faut bien s’arrêter quand le but à atteindre est inaccessible. Comment quantifier une rencontre ? Comment la qualifier ?

J’ai passé des années à porter le poids de mon angoisse, solidement logé au fond de mon ventre. Ce soir, je suis légère.

Heureuse.

Pourquoi ce soir ? La vue ? Le thé qui refroidi entre mes doigts ? La musique ?

Ce soir, je me sens bien, enfin.

On sonne à ma porte, comme pour me rappeler que le monde est là, juste là.

Je me lève et je saute.

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