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Dooz Kawa / Bohemian Rap Story, les belles lettres du hip hop français

mercredi 17 août 2016 - Commentaires : 2

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« Poète analphabète, je suis qu’un mâle alpha bête
J’ai besoin d’un nuage rose et puis d’une pluie de paillettes
Je suis pas net, erreur 404 sur internet
Comme le Petit Prince, je suis si seul sur ma planète »
Dooz Kawa, Soirée Noire, Bohemian Rap Story.

Dooz Kawa fait partie de ces artistes qui renouvellent le rap, pour un hip-hop qui résonne comme un retour à l’ancienne, aux racines d’IAM ou d’Assassin. Il se place dans la veine des rappeurs à texte, à l’image de Fayçal, Oxmo Puccino, Kery James ou Demi Portion.
Son nouvel album, Bohemian Rap Story, coup de cœur de la Fnac, dont les premiers exemplaires se sont trop vite vendus, laissant des centaines de fans dans l’attente, est un nouveau diamant pur du hip hop français scintillant de gloire, amoureux des mots, franc comme un uppercut.
Monte sur le ring, qu’on se la joue freestyle ou pas, en tous cas, t’auras droit à du full contact.

Dooz Kawa

 

Des mots qui s’enchaînent, des mots de la rue, des mots de la haute, des maux de la vie, qui se mélangent autour d’un beat hypnotique pour former une poésie épique. Des images, des impressions floues, un univers qui se forme et qui grandit dans les tripes, qui cherche dans les recoins de l’âme à réveiller les sens, avec des mélodies de génie et la folie de l’intelligence. Une musique qui te fait réfléchir, sur leur enfance, et notre avenir. Un face à face avec le présent, un regard cru et vif, mais passionné, un brin naïf, sur la société. Sur ton quotidien.
Dooz Kawa, rappeur de talent, à la voix unique, au style qui fascine et parfois dérange, fait la fierté de tout Strasbourg. Dooz Kawa, qui a fréquenté les bancs de l’ENS, avant d’y retourner plus récemment le temps d’une conférence, est acclamé par toutes les critiques. Et son dernier album, Bohemian Rap Story, après une attente qui nous a fait languir, donne une fois de plus raison à tous ceux qui l’encensent. Les morceaux s’enchaînent, des langoureuses caresses de Me faire la belle aux punchlines de Guillotine, sans oublier la vérité et les espoirs de Maison citrouille.
Son flow est plus net que jamais. Agressif et rentre-dedans, il enchaîne les droites, coups de poing métaphoriques, high-kick lyrique, tu t’en prends dans les dents, mais il s’en met aussi. Parce qu’il n’est pas sur le rang des spectateurs, à donner des leçons, il est là, avec toi, combattant, sur le ring des égotrips.
Il t’emmène en voyage, avec ses sonorités qui évoquent un ailleurs, et ses mots qui t’emmènent dans son univers, si proche et si loin de la réalité. Tu te retrouves à errer dans les rues d’un paysage urbain qu’il a lui-même conçu, contemplant les graffitis de sa vie, comme les tatouages sur sa peau. C’est une course magnifique, cet album, ces chansons, c’est triste, joyeux, amoureux, colérique, sublime, et tu n’as pas le temps de reprendre ton souffle, dans cet entrelacs de phrases, de pensées, de références. Il va trop vite pour toi. Tu dois écouter chaque morceau plusieurs fois, et c’est comme ça que tu prends ton pied.
Chaque titre est différent, évoquant un autre thème, mais toutes ces mélodies complètent un même tableau, unifié par l’harmonie de son style bien à lui, indéfinissable, indétrônable.
Dans Soirée Noire, il se place face à toi, il te parle, yeux dans les yeux. Il fait milles clin d’œil, à Tim Burton, au Petit Prince ou aux X-Men, il évoque sa vie, entre Strasbourg et Paris, la presse, les chroniques, et il critique les dîners mondains. Il crache son venin. Avec un talent de malade, et des phrases qui font pâlir d’envie les meilleurs écrivains. Dans le clip, très stylisé, comme toujours avec lui, il montre le tatouage qui prend forme dans son dos, image de la différence, de l’encre qui coule, des écritures qu’on inscrit sur sa peau, des passages de sa vie, des petits bouts de soi qu’on ne révèle que par bride, par des images que les autres regardent sans vraiment vouloir les comprendre.

 

Ce n’est que depuis peu que le rap à texte regagne la place qu’il mérite, sur le devant de la scène. Si les grandes chaînes le boycottent encore, sous les feux des projecteurs il sait briller mieux que quiconque. Cette poésie des rues, les belles lettres du hip-hop français, sont portés par des génies et imités un peu partout par des petits jeunes bourrés de talent, qui surfent avec délice sur cette vague de rimes et d’envies, toute cette rythmique qui de notre langue sublime les plus vaillants délices.
Rien qu’à Strasbourg, on en trouve pas mal, depuis Hexpir et Harbor, Rêve Errant, Lapez, L’Ecole de l’Est, …
Pour Bohemian Rap Story, Dooz Kawa a d’ailleurs convié ses potes, ces fameux grands noms qui t’envoient du rêve plein les oreilles et plein le coeur, comme Lucio Bukowski, Anton Serra, Dah Connectah ou Hippocampe Fou. C’est rythmé, frappant, énervé, troublant, vrai d’émotion. C’est brillant.

 

Son album, tu l’écoutes avec tes amis, à l’ombre d’une terrasse fleurie, sa musique venant agrémenter ton après-midi sucré, ton vin vermeille, et la douceur confortable des conversations qui refont le monde, à comparer à notre profit notre jolie démocratie à celle de la Turquie. Son album, ouais, tu peux clairement l’écouter comme ça, juste pour profiter du son, parce que c’est bon, vraiment très bon.
Et puis tu peux t’arrêter sur une parole, qui va te faire réfléchir. Ton regard va se promener sous le soleil éreintant, dans ces barricades de béton, et, tout à coup, tu vas repenser, à tes souvenirs d’enfance, à tes mômes, à ton cœur lourd. Les images de Dooz Kawa vont t’accompagner, t’aider à t’exprimer, contre l’hypocrisie, l’indifférence, le temps perdu, l’alcool. Et Dooz Kawa va t’aider à trouver la volonté de lever les sept voiles, la force de combattre le spleen, et la chance de voir le bonheur et l’espoir qui font la beauté de nos vies.
Dooz Kawa, en fait, si tu l’écoutes, il fera battre ton cœur.

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