En 2013, j’avais jeté ce morceau ici comme on pose une relique sur un autel avec deux ou trois explications. Aujourd’hui, il est temps de poser de vrais mots sur l’un des plus grands mystères et gâchis de la scène indie-pop des années 2000 : The Unicorns et leur hymne lo-fi addictif « I Was Born a Unicorn ». Si tu n’as jamais écouté ça, prépare-toi à prendre une claque de rock foldingue et totalement géniale.
Quand Arcade Fire faisait ta première partie (et que le destin se trompe)
L’histoire de The Unicorns, c’est celle d’une comète comme Patrick Hernandez mais en mieux. Formé au début des années 2000 à Montréal par le duo Nicholas Thorburn (alias Nick Diamonds) et Alden Penner, le groupe sort en 2003 son premier et unique album : Who Will Cut Our Hair When We’re Gone? (ET C’EST TRISTE).
À l’époque, le disque reçoit un accueil dithyrambique de la critique (Pitchfork et consorts et moi). Petite anecdote qui fait grincer les dents aujourd’hui : sur la route, leur première partie était assurée par un petit groupe local nommé… Arcade Fire. Sauf que l’histoire est ironique : Arcade Fire a explosé jusqu’à remplir des stades (et très très mal finir), tandis que The Unicorns est resté dans l’ombre des initiés. Le groupe implose en plein vol en 2005, juste après une tournée américaine chaotique.
« I Was Born a Unicorn » : Un track flamboyant et fêlé
Alors, ça sonne comment ? « I Was Born a Unicorn », c’est le résumé parfait de leur génie bordélique. C’est du rock faite avec des bouts de ficelle, des claviers vintage cheap, une batterie qui s’emballe et des voix qui s’égosillent.
C’est à la fois enfantin et hyper agressif. Le duo s’amuse à s’affronter au micro pour savoir si les licornes existent vraiment (« I was born a unicorn / No you’re not, you’re a goat !« ). Derrière l’absurdité des paroles se cache une science de la mélodie indé absolument folle. C’est accrocheur, c’est noisy, et ça n’a absolument pas pris une ride en 2026.
La vie après la mort des licornes : Islands et Clues
Dans les années 2010, le groupe a tenté un ou deux concerts de reformation pour voir si la magie prenait encore, mais le soufflé est vite retombé. Les licornes étaient bel et bien mortes.
Heureusement, le talent ne s’est pas évaporé. Après la rupture, Nicholas Thorburn a fondé le très cool projet Islands (avec l’autre membre de tournée Jamie Thompson). De son côté, Alden Penner a monté l’excellent groupe Clues et si vous ne connaissez pas, je ne peux que vous conseiller de vous jeter dessus urgemment, ça envoie du bois.
Mais s’il ne faut retenir qu’une chose, c’est ce foutu album de 2003. Foncez réécouter Who Will Cut Our Hair When We’re Gone?. C’est flamboyant, c’est fou, c’est imprévisible. Tout ce que la musique indé actuelle n’ose plus faire.


