C’est une règle de physique qui ne s’apprend pas dans les bouquins, mais dans le fond d’une salle de concert moite ou sur un trottoir à refaire le monde. La relativité du temps, c’est pas Einstein qui l’a inventée, c’est le type qui a compris que dix secondes de pur bonheur valent mieux qu’une éternité à bouffer de la merde devant un écran.
Dans la musique, c’est pareil. Pourquoi on s’inflige des albums de prog-rock de 74 minutes alors qu’un morceau de punk de 1 minute 20 nous laisse déjà en nage et le cœur en vrac ? Parce que l’intensité n’a pas besoin de durée. C’est l’urgence, ce moment de bascule où tout s’aligne : le riff, le regard, le sourire. On fait des bornes, on dépense du fric qu’on n’a pas, on dort sur des banquettes arrières pour ces quelques secondes de connexion.
C’est peut-être ça, le vrai luxe. Pas le whisky hors de prix ou les fauteuils en cuir, mais le temps qu’on sacrifie volontairement pour l’autre. Une forme de don de soi totalement irrationnel, mais vital. C’est ce que je cherche dans chaque disque que je pose sur la platine, dans chaque live où je traîne mes guêtres : cette fraction de seconde où tu sais pourquoi tu es là.
Alors ouais, perdre une journée pour dix secondes, c’est le meilleur investissement que tu feras cette année



