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Les Cénobites tranquilles – Hellraiser

mercredi 30 mars 2011 - Commentaires : 3

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HELLRAISER – Clive Barker – Angleterre – 1987

S’il y a une figurine qui trône en bonne place sur les étagères de tous les adeptes du cinéma d’horreur, c’est celle de Pinhead. Dépassant même souvent Jason ou Freddy, le leader des Cénobites jouit d’une popularité qui me surprend encore.Peau laiteuse, tout de cuir vêtu et tête cloutée, il est vrai que le personnage est visuellement une réussite. Mais ce n’est pas parce qu’on est victime d’un séjour traumatisant chez Casto’ qu’on développe pour autant une psychologie intéressante, et Freddy restera toujours pour moi un symbole de la perversité bien plus fascinant.

La franchise culte “Hellraiser” débute en 1987 avec, à la réalisation, son créateur littéraire Clive Barker. Dans le premier opus, Frank Cotton, beau gosse amateur de femmes, se retrouve balancé du grenier de la maison familiale aux Enfers après avoir joué avec un Rubik’s Cube diabolique. Alors que son frère Larry et sa nouvelle femme Julia emménagent dans ladite baraque quelques temps plus tard, Frank en profite pour revenir. Mais même avec l’aide de Julia, sa maîtresse, on n’échappe pas à l’Enfer aussi facilement et encore moins à ses gardiens sado-masochistes : les Cénobites.

Avec son premier film, Clive Barker souhaite se démarquer de certaines productions de l’époque en revendiquant une ambiance adulte, qui jouera sur les codes du cinéma d’horreur à tendance gore en y ajoutant une dimension sexuelle. Mais si celle-ci est effectivement palpable tout au long du film, sa représentation reste drôlement sage.

Les Cénobites sont en effet censées être des créatures sadiques, torturant jusqu’à la jouissance. Revisitant l’univers démoniaque sous une forme contemporaine, mix entre influences steampunk et gothique, le bestiaire du film possède des qualités esthétiques indéniables. Cependant, le fond ne suit pas. Les Cénobites sont d’une part peu présents à l’écran, et d’autre part manquent cruellement d’imagination pour des démons dépravés.

Une scène de dépeçage en guise d’explication aux sévices subit par Frank, qui sera d’ailleurs reprise à la fin, et c’est à peu près tout ce dont nous gratifie Cliver Barker. La manipulation psychologique dont on suppose les créatures expertes n’est pas non plus des plus probantes. Alors que Kristie, la fille de Larry, les confronte pour sauver son père, elle n’aura aucun mal à les convaincre de passer un pacte un peu débile. Ajoutons à cela des répliques parfois franchement grotesques (« Pas de larmes, je vous prie, c’est un gâchis de bonne souffrance ! ») et on se retrouve au final avec une succession de séquences consensuelles et politiquement correctes.

Clive Barker n’exploite pas plus finement le trio classique de la femme, le mari et l’amant, mettant en scène de façon très manichéenne le gentil mais impuissant Larry face au charismatique Frank. Il y avait pourtant réellement matière à développer cette thématique d’un point de vue cynique, pâte de l’auteur, mais le film passe à côté.

Pour autant, on ne peut nier que le personnage de Frank est une réussite. Amoral et vicieux au possible, il est le seul à insuffler à “Hellraiser” l’aspect malsain recherché. Fumant sa clope d’un air désinvolte sans avoir encore recouvré forme humaine, il arrive même à rendre crédible son pouvoir de séduction. Et ce n’était pas gagné puisqu’il passe tout de même les trois-quarts du film à se balader la chair à vif.

Si le sous-texte du film ne révolutionne donc pas grand-chose, le rendu visuel n’est également pas à la hauteur de ses ambitions. On a le sentiment que tout le budget, certes pas mirifique, est passé dans la conception des Cénobites, bâclant au passage le reste.

Les effets spéciaux tout comme le maquillage sont grossiers et ont terriblement mal vieillis. Là où un Carpenter ou un Cronenberg, aussi ultra datés 80’s font encore leur effet, on lève à peine un sourcil devant les meurtres successifs commis par Julia, meurtres extrêmement répétitifs de surcroît. Idem pour la transformation de Frank. C’est un euphémisme de dire que la surenchère d’effets combinée à un montage à la hache dessert le film. Pourvu d’une esthétique surannée, voire carrément kitchissisme, l’immersion ne fonctionne pas, ou du moins plus, et on frôle le grand-guignolesque téléfilmique.

J’ai donc bien du mal à comprendre cette aura qui accompagne encore “Hellraiser” aujourd’hui, devenue œuvre intouchable alors que “Cabal” (“Nightbreed” pour le titre orginal) du même Clive Barker, moins axé gore, est largement plus intelligent et efficace.

NB : “Michel Druckerisante” jusqu’au bout des ongles, j’en profite pour remercier un ami qui se reconnaitra de m’avoir évité le triturage de cerveau à cette heure tardive en me donnant un jeu de mots tout prêt et une image qui m’a fait beaucoup rire.

Cénobites

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  • J’ai pas eu l’occasion de regarder HellRaiser avant des années. J’avais déjà rattrapé mon retard avec la série des Freddy, Evil Dead et autres Brain Dead (j’en ai encore des guilis de plaisir pour celui là). J’étais fasciné par Pinhead et ses potes Cénobites et.. Déception. Malgré le fait que je sache qu’il y en avait déjà 4 au moment du visionnage, malgré les comics éponymes, je n’ai jamais vu le pourquoi du comment du mythe bâti autour de ces films. Cet article est une vérité rétablie et pour ça Miho je dis Merci.

    PS: j’approuve la note sur Cabal en revanche et la remarque sur la perversité de l’homme Krueger!

  • Curieux, pour moi c’est exactement l’inverse. Autant je trouve que Cabal tient davantage de l’empilement hétéroclite de créatures certes esthétiques, mais sans grand lien les unes avec les autres, avec en prime une mythologie bradée (voila voila, c’est une cité secrète, il y a des monstres dedans…), autant Hellraiser, qui accuse certes son âge et son budget, me parait travailler sur ce qui constitue l’essence même du cinéma d’horreur/fantastique, à savoir des créatures peu présentes, aux motivations obscures et aux origines mal définies (Barker en abusera un peu dans les suites, d’ailleurs). J’ai eu la chance de voir Hellraiser à sa sortie (j’avais 15 ou 16 ans), et pour ma part le sentiment de franc malaise est toujours présent lorsque je le revois.

  • Concernant Cabal, c’est surtout un autre exemple de film charcuté par les producteurs.
    et un rôle très ambigu de David Cronenberg que l’on voit trop peu en tant qu’acteur.
    J’avoue en garder un bon souvenir.
    Et que dire d’Hellraiser que j’avais trouvé très dérangeant lorsque je l’ai vu, ado.

    J’imagine que ce sont deux films qui ont vieilli, et je préfère rester sur la sensation qu’ils m’ont procuré plutôt que de les revoir.

    Et je t’avoue avoir plus de facilité à comprendre le côté culte d’un Hellraiser que d’un Vendredi 13, premier du nom.

    Par contre, le coup du rubik cube, chapeau !

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