Menu & News

Anotherwhiskyformisterbukowski Le blog musical qui ne prend pas les enfants du bon dieu pour des canards sauvages

Art par

Ma Geekothèque idéale / Wang de Pierre Bordage

lundi 11 mai 2015 - Commentaire : 0

Accueil » Ma Geekothèque idéale / Wang de Pierre Bordage

Tu trouves que Koh Lanta c’est dur. Tu devrais tenter les jeux du cirque à la mode Wang. Ce roman de Pierre Bordage a un côté prémonitoire.

Dans un futur proche, les pays de l’Ouest (en gros l’Europe, l’Australie, le Japon et l’Amérique du Nord) ont trouvé un moyen imparable pour ne plus être emmerdés par les problèmes des pays pauvres (guerres à la con, génocides, mafias, drogue, aide humanitaire, crises, maladies, terrorisme, immigration clandestine). Ils ont édifié un rideau électromagnétique, le REM, pour couper le monde en deux. En haut les riches, en bas, les pauvres. Ce que font les pauvres de leur côté du mur, les riches s’en lavent les mains. Sauf que bien sûr, on peut difficilement se passer de sa soubrette philippine qui fait le ménage sans regimber et taille une petite pipe au patron le samedi soir…donc à échéances régulières, les riches ouvrent une porte dans le REM pour importer une dose maîtrisée d’esclaves du sud. Les femmes font domestiques ou putes, les hommes servent de chair à canon dans le Koh Lanta des temps modernes, les jeux uchroniques.

wang (et moundir)

Une uchronie, c’est une réécriture de l’histoire à partir de la modification d’un événement du passé. Comme Fatherland de Robert Harris ou Le Maître du Haut Chateau de Philip K Dick qui partent du principe que les allemands ont gagné la deuxième guerre mondiale.

Donc, les jeux uchroniques consistent à rejouer les grandes batailles historiques. On fait une uchronie quand le perdant historique remporte la bataille. Napoléon gagne à Waterloo, les français à Dien Bien Phu…Un général (occidental) dirige une armée de figurants (issus des pays pauvres) qui doivent gagner pour espérer rester en vie jusqu’à la suivante. Sauf que bien sûr, comme dans les vraies batailles, c’est pas vraiment eux qui décident, c’est le général qui les envoie au casse-pipe, bien tranquillou, depuis son poste de commandement duquel il ne risque pas de prendre une balle ou une flèche perdue. C’est un peu comme le jeu télé “La chasse au trésor” que tu ne connais pas si tu as moins de 40 ans (désolé hein). Dans ce jeu, trois français comme toi et moi devaient deviner où se trouvait un trésor enfoui dans un pays lointain. Eux ils étaient peinard dans les studios de la SFP à éplucher des brochures touristiques et des cartes IGN pour déchiffrer une énigme digne du père Fourras. Et ils donnaient leurs consignes à Philippe de Dieuleveu qui se cassait le cul sur le terrain, sautant de son hélico et courant à s’en faire péter la rate pour valider in situ les hypothèses des trois glands.

Ben là c’est pareil. Les généraux, le cul au chaud, tentent des stratégies exécutées par la chair à canon d’en-dessous…et l’armée victorieuse a le droit de se reposer pendant six mois jusqu’à la prochaine saison.
Bien sûr, le point commun avec Koh Lanta, c’est que çà passe à la télé et que tout le monde le regarde. Et c’est encore plus fort que Koh Lanta (je te jure, c’est possible) parce que tu peux te brancher sur n’importe quel combattant et ressentir ce qu’il ressent, voir à travers ses yeux, vivre sa mort….toussa…bref le grand frisson. En plus, comme l’homme est viscéralement belliqueux et que le REM a supprimé toute cause de conflit, les jeux uchroniques sont devenus le moyen que les nations modernes ont trouvé pour se défier ou marquer leur suprématie…

Parce qu’il faut bien que tu comprennes qu’une société dont on a supprimé les contraintes (c’est les esclaves qui font le sale boulot) et les menaces (because le REM) est une société oisive. Elle peut se réfugier dans la religion, la recherche ou la quête de l’absolu, mais en général, elle se réfugie surtout dans la télé, la malbouffe et PornHub…

Tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes jusqu’à ce que le REM s’ouvre et laisse passer WANG. Il est chinois, il fuit la triade locale qui a mis sa tête à prix et porte en lui la sagesse ancestrale transmise par sa grand-mère et matérialisée par un pendentif en forme d’éléphant…

Et bien sûr, WANG se retrouve enrôlé dans les jeux et il arrive à créer une uchronie à lui tout seul en écrasant les légions romaines avec une escouades de gaulois dans une reconstitution de la bataille de Gergovie (celle où Vercingétorix s’est fait battre).

SONY DSC

Grâce à ce coup d’éclat, il devient, tel un Moundir du futur, un héros de la télé-réalité. Il se fait repérer par un groupe de super geek qui ont constitué un réseau neural mondial et organisent la résistance. Ils vont utiliser Wang et d’autres personnages influençables et intéressés pour fomenter une révolution et renverser le système qui n’est pas si beau que çà en fait.

C’est là que je devrais conclure, te dire si c’est original ou pas, sympa ou pas…mais j’ai pas très envie en fait. Certes le roman a des défauts, mais il occupe une place de choix dans ma Geekothèque et je n’arrive pas à lui reprocher ces petits travers. Wang et L’Ange de l’abîme sont à mon sens les deux romans les plus prémonitoires de Bordage. C’est justement cette impression que “çà pourrait se passer comme çà” qui fait la force de ces bouquins. Et bien sûr le talent de conteur de Pierre Bordage, le découpage, la narration à plusieurs antagonistes, l’usage maîtrisé des clifhangers font qu’il est difficile de lâcher le bouquin une fois qu’on s’est lancé dedans.

wang1wang2

Vous avez aimé ? Vous aimerez aussi

«

»

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.