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Rétro Ciné : Sorcerer, l’autre chef d’œuvre de William Friedkin

lundi 20 juillet 2015 - Commentaire : 0

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S’il y a bien une chose qui me défrise à mort dans le Septième art, c’est cette abominable manie de faire des remake à tout bout de champs. Vous l’aurez certainement constaté – et un magnifique billet de l’ami Hank s’étend largement sur ce parasite culturel. Vous aurez aussi remarqué que depuis une dizaine d’années, tout y passe, et le plus souvent de la plus honteuse façon. Mais de temps en temps, disons une fois sur dix, certains remakes parviennent à sortir du lot et d’autres parviennent même – c’est assez rare – à dépasser leurs modèles.

The Thing de John Carpenter est un remake nettement supérieur à son modèle, La Chose d’un autre monde. Le Dawn of the Dead de Zack Snyder, s’il n’égale nullement le chef d’oeuvre de George Romero du même nom, parvient néanmoins à être un film d’une efficacité redoutable qui se suffit à lui même. Citons aussi le Scarface de De Palma qui était loin de faire rougir celui de Howard Hawks. Mais ici ce ne sera pas le remake d’un film fantastique dont je traiterai, mais celui d’un très grand classique du film d’aventure qui plus est hexagonal. Je voulais vous parler d’un des rares remake à quasiment surpasser le film d’origine et à créer sa propre essence magique. Et quand ce film est réalisé par l’un des plus grands réalisateurs de l’histoire du cinéma, autant dire qu’il y a de quoi rester pantois. Basé du film Le Salaire de la peur de Henri-Georges Clouzot avec Yves Montand et Charles Vanel, le remake au centre du sujet aujourd’hui est le démentiel Sorcerer réalisé par le non moins dément William Friedkin qui marqua le monde entier avec L’Exorciste ou encore plus récemment le génial Killer Joe.

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Sorcerer ressort en ce moment dans les salles et en fin d’année dans un superbe coffret avec une copie entièrement restaurée, et autant vous dire que ce film est une claque cinéphile monumentale. Le sujet est le même que celui du film de Clouzot et que celui du livre de Georges Arnaud qui en signa d’ailleurs l’adaptation d’origine. L’histoire : un petit groupe d’hommes de nationalités différentes, chacun recherché dans son pays, est engagé afin de conduire un chargement de nitroglycérine à travers la jungle sud-américaine… un voyage vers l’enfer et les ténèbres commence.

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William Friedkin signe ici l’un de ses chefs d’œuvre en s’appropriant complètement et de manière métaphysique et viscérale le récit de George Arnaud. Interprété par des acteurs au sommet de leur talent, l’immense et regretté Roy Scheider et le monolithique Bruno Cremer, Sorcerer est loin d’être un film facile et standard. C’est un film d’aventure dont les péripéties sont réalistes et empruntes d’une lenteur enivrante et immersive. Je ne dis pas qu’on s’y ennuie. Non ! Pas à un seul instant. Mais c’est un film qui, comme ses protagonistes, sort des sentiers battus. Atmosphérique, moite, violent, et putride; voilà les mots qui me viennent a l’esprit lorsque je pense à ses gros plans sur les autochtones au visage ravinés par le temps et la chaleur, à ces baroudeurs alcoolisés et bouffés par l’ennui et le ras-le-bol de cet exil dans ces forêts suintantes d’humidité équatoriale, où ils attendent une seconde chance qui ne viendra jamais.

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Friedkin, qui, ici, revient à ses débuts de jeune documentariste, sait parfaitement filmer ses antihéros, mais surtout ses figurants, qui sont d’une importance capitale dans la richesse visuelle et la pesante atmosphère de mort imminente qui guette chacun et chacune dans cet enfer vert aussi beau que fatal. Ici pas de beau héros propre sur lui, pas d’exotisme exacerbé, juste la lourde réalité de gueules cassées à jamais sans attaches qui attendent le salut ou la mort dans ce purgatoire infernal et nauséabond. Toute cette danse macabre est orchestrée avec une maestria sans égale par le groupe Tangerine Dream qui s’illustre par la suite sur diverses BO mémorables. Le groupe précurseur de l’électro ambiante allemand n’a pas son pareil pour prolonger l’atmosphère de lourdeur et de tension que subissent les quatre infortunés héros du film. Car ici les embûches sont réalistes et terrifiantes, on tremble lorsqu’un poids lourd, chargé de nitroglycérine pouvant expédier ad patres ses vaillants chauffeurs de l’extrême jusqu’à la gueule, passe d’un vieux pont. Dans ce voyage cauchemardesque entre rêve et réalité, Friedkin n’épargne ni le spectateur, ni ses héros et encore moins son équipe technique, qui, dans la jungle mexicaine, a du subir des conditions tout aussi ardues que les protagonistes du film. Friedkin lui-même est tombé à plusieurs reprises malade sur le set. Mais tous ces efforts filmiques et ce tournage homérique n’ont pas suffi à convaincre le box office et Sorcerer, à sa sortie en 1978, fut un véritable four.

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Boudé par le spectateur et la critique, le film fut balancé aux oubliettes en moins d’une semaine. Mais presque 40 années plus tard, ce chef d’œuvre halluciné ressort en DVD et Blu-Ray dans une copie magnifiquement restaurée qui vaut le détour. On a rarement vu un film de cet acabit. Certes, Friedkin est un habitué des films à poigne – et l’a prouvé avec French Connection ou Police Fédérale Los Angeles – mais ici il s’est surpassé et offre un film unique et qui reste ultra contemporain, des films comme le cinéma actuel ne sait plus en faire, avec de vrais acteurs à l’ancienne comme on n’en fait plus non plus. Heureusement, Friedkin, à l’aube de ses 80 ans, est toujours là, et ces derniers films comme l’excellent Bug ou le sordide Killer Joe le prouvent. Il fait partie des vrais cinéastes indépendants ayant survécu aux glorieuses Seventies. Un bonhomme sans concession et franc du collier qui, lorsqu’on le rencontre, reste bien loin de l’intransigeante image de Billy le Barge, qui lui a toujours collé à la peau. Il faisait ce qu’il fallait pour obtenir de ses acteurs ce qu’il voulait, allant même jusqu’à    tirer des coups de feu (à blanc) sur son plateau durant certaines prises de l’Exorciste, afin de surprendre l’acteur Jason Miller et de capturer son expression. Ou encore à baffer un acteur juste avant une prise afin de le mettre en condition pour l’intensité nécessaire de la scène désirée. Non, le père Friedkin est, en définitif, lorsqu’on le rencontre et qu’on l’écoute, loin de cette image qui a été tout de même bénéfique à ses films. Bourré d’humour et d’anecdotes, ce vieux briscard du Septième art a donné une véritable leçon de cinéma aux spectateurs de la première de Sorcerer en juin dernier. En tout cas, une chose est sûre, procurez-vous un exemplaire de ce film dès que possible, et pénétrez dans les insondables ténèbres de ce voyage au bout de l’enfer vert.

En bonus, une photo que je ne suis pas prêt d’oublier en bon geek que je suis. William Friedkin et votre serviteur qui s’est fait piquer son chapeau par le grand homme.

Willy and I

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