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WHISKY OR NOT WHISKY #14 / BARON NOIR (AVEC SPOILERS)

lundi 29 janvier 2018 - Commentaire : 1

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Produite par Canal +, la série Baron Noir nous replonge dans les élections présidentielles et législatives de 2017. Bien qu’étant considérée comme une fiction politique, cette deuxième saison émet de nombreux parallèles avec le climat sociétal et géopolitique récent de notre pays. Mais à force d’être vraisemblable de la réalité française – et du contexte actuel des attentats qui frappent l’Europe – Baron Noir devient rapidement une pâle caricature et une vaste parodie des luttes et des enjeux politiques que la série prétend mettre en scène.

Tout commence alors que la candidate du PS Amélie Dorendeu (Anna Mouglalis) affronte un candidat FN au second tour des présidentielles. La droite LR a été battue, tout comme le parti Debout Le Peuple de Michel Vidal (François Morel) qui représente la gauche de la rupture. A l’issue du scrutin, Amélie Dorendeu est élue avec 53% des voix tandis que 25% des électeurs se sont abstenus. Il va falloir maintenant constituer une majorité socialiste à l’Assemblée Nationale.

baron noir

Afin de remporter les législatives, Amélie Dorendeu s’entoure de Philippe Rickwaert (Kad Merad) qui vient de sortir de prison. Dans la première saison, Philippe Rickwaert – issu du milieu ouvrier – était le député-maire PS de Dunkerque. Conseiller de l’ancien président socialiste Francis Logier (Niels Arestup), Philippe Rickwaert est surnommé le “Baron Noir” par ses pairs, éléphants du PS comme jeunes militants du parti. Il s’est notamment distingué par son mandat de Ministre du Travail où il s’est peu à peu positionné comme frondeur socialiste dans le gouvernement de Logier.

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L’objectif de Rickwaert est clair : il veut être la pièce maîtresse dans la refondation de l’union de la gauche, en amenant notamment Vidal à Dorendeu. Mais en coulisses, la nouvelle présidente socialiste joue double-jeu en se rapprochant de l’ex candidat centriste Thorigny. Elle a officieusement l’intention de conclure un accord avec le centre afin de faire barrage à l’extrême droite, et cela en nommant Thorigny comme Premier Ministre de son gouvernement.

Stratégies politiques, frondeurs socialistes, jeux d’alliance, “sociale-démocratie” libérale, progressisme, danger des extrêmes… Il s’agit là d’une liste exhaustive des thématiques et des idéologies que Baron Noir aborde. Les huit épisodes de la deuxième saison mettent également en scène de nombreux personnages secondaires qui sont députés, militants ou ministres. Parmi eux, il y a notamment les fidèles alliés de Rickwaert : Véronique Bosso (Astrid Whettnall), ancienne membre de son conseil municipal, ou encore Cyril Balsan (Hugo Becker), nouvellement élu député du Val de Marne et représentant des quartiers populaires. Sous fond de débats sur la laïcité, sur la mixité sociale et de lois sur la santé, Baron Noir porte à l’écran les trahisons des uns, les changements de parti des autres. La série n’oublie pas non plus l’importance des médias publiques et privés ; et les liens que ces mêmes médias entretiennent avec la vie politique…

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Je n’ai pas besoin d’aller plus loin dans l’explication du pitch pour que vous saisissiez les couleurs et la lecture de Baron Noir : la série met littéralement en scène la débâcle du PS, la politique de la France Insoumise et l’avènement de En Marche à travers ses personnages qui ne sont pas franchement fictionnels. Didactique, cette seconde saison dresse une synthèse sans intérêt des mois de Mai et de Juin 2017. Nul besoin de spoilers : Baron Noir ne fait que rejouer de manière médiocre nos dernières élections derrière de pâles caricatures de nos figures politiques.

Le spectateur averti tente vainement de ressentir la volonté de “sérieux” que les acteurs accordent aux personnages qu’ils incarnent. Malheureusement pour eux, ils ne sont que pastiches et la ressemblance est évidente : Mouglalis joue une mièvre copie d’Emmanuel Macron (en version féministe) alors que Morel s’inspire de Mélenchon sans grand talent.

Etrangement, c’est Kad Merad – pourtant habitué au registre comique – qui s’en sort le mieux dans l’interprétation d’un militant engagé et convaincu par les valeurs socialistes. Les huit épisodes qui composent cette seconde saison sont également traversés par des “ersatz” fictifs de Aubry, Hamon ou encore Castaner/Philippe (derrière le personnage de Thorigny interprété par Pascal Elbé).

De la même manière, Baron Noir est très loin des grands standings en la matière tels que House Of Cards ou encore Borgen. La série française ne se démarque que par son côté “franchouillard” (justement), et cela malgré les citations et les clins d’œil propres à la culture socialiste : de nombreuses références sont faites à Jaurès, Mendes France, Mittérand ou encore Léon Blum.

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Entre autre, quid du message politique (ou idéologique) de Eric Benzekri et de Jean-Baptiste Delafon, les créateurs de Baron Noir ? Les deux hommes ne semblent pas prendre parti dans la mise en scène qu’ils nous proposent de la vie politique française (ce qui est fortement dommageable).

Sincèrement, cette série se prend beaucoup trop au sérieux alors qu’elle ne représente qu’une vaste supercherie produite par Bolloré. Ni plus, ni moins. J’accorderais tout juste une mention spéciale aux dialogues qui sont relativement réussis et aux punch line qui sont bien trouvées. Je vous conseille d’ailleurs de regarder cette seconde saison avec un regard détaché et un air amusé.

Au final, Baron Noir est une vulgaire comédie politique dont la crédibilité s’estompe très vite de par l’illustration bien trop voyante de personnages existant. Une bizarre impression de Guignols de l’Info s’en dégage alors que la série relève pourtant du genre dramatique. Trop rapidement, la narration vire à la dérision de nos personnages politiques.

En fait, c’est un peu comme si vous mélangiez une dose de Jack Daniel’s avec deux doses de Cola : ça s’appelle du gâchis pour un sujet toutefois brûlant. Un sujet qui mérite une bien meilleure réflexion sur les notions de démocratie, de République et de citoyenneté dans notre société divisée.

J. M

Celui qui n’accepte pas la rupture (…) Celui qui ne consent pas à la rupture avec l’ordre établi (…) avec la société capitaliste, celui-là, je le dis, il ne peut pas être adhérent du Parti Socialiste” (François Mitterand, Congrès de l’Unité des Socialistes d’Epinay, Juin 1971)

Baron Noir (série actuellement diffusée sur Canal +)

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